Le fils

De vos enfants, êtes vous fiers ?

Elle a la tête dans la Manif.

Le corps et la peau dans la Manif, l’âme et la chair dans la Manif, le cerveau et la moelle dans la Manif.

Et tout autour, elle ne voit rien.

C’est l’histoire d’une femme de nos jours, issue d’une petite-bourgeoisie provinciale, pharmacienne, qui par l’intermédiaire de son mari, est amenée à fréquenter des catholiques traditionalistes, dont le discours radical semble l’attirer. Par souci d’intégration et l’élévation sociale, elle en vient à se rendre plus assidument à la messe, à lutter contre des spectacles blasphématoires, à s’engager dans des groupes anti-avortement ou anti-mariage homo. Elle s’épanouira dans ce militantisme, tentera d’embrigader ses proches et ses enfants dans ce qu’elle considère comme l’aventure la plus excitante de sa vie. C’est l’histoire de son glissement idéologique, de son aveuglement.

Le Fils

Texte

Marine Bachelot Nguyen

Idée originale, mise en scène et scénographie

David Gauchard

Avec

Emmanuelle Hiron accompagnée d’un enfant claveciniste

Collaboration Artistique Nicolas Petisoff 

Création lumière Christophe Rouffy

Régie lumière Alice Gill-Kahn

Création sonore Denis Malard 

Musique Olivier Mellano 

Enregistrement clavecin Bertrand Cuiller

Voix Benjamin Grenat-Labonne

Réalisation du décor  Ateliers du Théâtre de l’Union

Photos Thierry Laporte

Merci aux jeunes clavecinistes Séraphim Ruiz, Melchior Mourlon-Caffin, Zacharie Brunel, Mathis Dusserre et Andréas Fabre

Production > L’unijambiste

Coproduction > Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin 

Soutiens – Théâtre Expression 7, Limoges – Théâtre de Poche, scène de territoire Bretagne Romantique & Val d’Ille, Hédé – Centres culturels municipaux de Limoges – L’Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande – CCM Jean Gagnant, Limoges

Avec le soutien du Fonds SACD Musique de Scène 

Revue de presse

Théâtre(s) / n°10 – été 2017 / Jean-Pierre Han

David Gauchard a été bien inspiré de demander à Marine Bachelot Nguyen de lui écrire un texte qui mettrait au jour les mécanismes d’aliénation d’une personne au coeur de notre société d’aujourd’hui. Belle commande semée d’embûches dont la jeune auteure qui d’ordinaire s’occupe elle-même de ses propres textes s’acquitte avec efficacité. Il faut dire que l’entente entre elle et son commanditaire a été parfaite, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre d’alliance. Marine Bachelot Nguyen s’est attachée à la vie d’une femme, non pas décrite de l’extérieur mais saisie dans son mouvement intime, et qui est sans nul doute son exact opposé. C’est à dire une personne qui va devenir une militante active de la Manif pour tous. Il lui a fallu faire un travail de recherche et de documentation important, mêlant le tout à ses propres souvenirs vécus de l’autre côté de la barrière. Voilà donc le portrait d’une pharmacienne d’une petite ville de l’Ouest, de ses études au cours desquelles elle rencontre son mari, lui aussi pharmacien, de la naissance de leurs deux garçons aux caractères diamétralement opposés l’un de l’autre, de sa vie quotidienne d’un vide qui se comblera progressivement avec son activité au sein de la Manif pour tous, jusqu’au drame final, à savoir la découverte longtemps refoulée de l’homosexualité de son fils, Le Fils, celui qui sera acculé à la mort. L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à décrire la vie de son personnage sans jugement, de manière quasiment clinique, et en lui donnant la parole : c’est elle qui se raconte, parlant d’elle-même à certains moments à la troisième personne du singulier avec quelques questions posées au public : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? « .

David Gauchard nous restitue le texte dans sa simplicité, épousant à la perfection le rythme de l’écriture avec ses différents tempo. Sur un petit plateau circulaire Emmanuelle Hiron, superbe de tension intérieure, raide de la raideur de ceux qui s’acharnent à refuser ce qui est de l’ordre de la vie réalise une performance de première grandeur seulement ponctuée de quelques brèves interventions musicales au clavecin.

 

Politis / n°1451 – du 27 avril au 3 mai 2017 / Anaïs Heluin

Dérapage catholique

Dans une mise en scène de David Gauchard, Emmanuelle Hiron interprète avec une belle sobriété Le Fils, de Marine Bachelot Nguyen. Un monologue remarquable sur une radicalisation religieuse.

Elle n’a pas vu le beau visage pâle du Christ installé en fond de scène sur une toile immense. Ni le vieil homme malade, diarrhéique et incontinent, qui souille le plateau aux allures d’appartement chic et design. Elle n’a même pas eu l’idée d’aller vérifer par elle-même la véracité des propos tenus par ses amis au sujet de la pièce de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage de Dieu. Épouse du propriétaire de la pharmacie où elle travaille, mère de deux garçons, l’unique personnage du Fils va pourtant manifester à Rennes sur le boulevard de la Liberté.

« Non au blasphème ! Christ caillassé, chrétiens insultés ! Touchez pas à Jésus ! » Au milieu de croix géantes et de crucifix, les slogans émeuvent l’apothicaire, qui se contentait jusque-là d’une pratique religieuse routinière héritée de ses parents. De messe en réunion, une ferveur nouvelle s’empare d’elle, qui débouchera sur un drame.

Alors que, sur scène comme ailleurs, l’islam cristallise tous les débats sur l’extrémisme religieux,

David Gauchard et sa compagnie L’Unijambiste osent s’intéresser à l’intégrisme catholique qui, il n’y a pas si longtemps, se donnait en spectacle pendant la Manif pour tous. Comme l’Allemand Marius Von Mayenburg dans Martyr (2012), une des rares pièces contemporaines consacrées au sujet, le metteur en scène opte pour le récit d’une dérive sectaire par la personne concernée elle- même. Non plus un lycéen mal dans sa peau, mais une femme de la moyenne bourgeoisie bretonne.

Commandé à l’auteure dramatique Marine Bachelot Nguyen, portée sur les questions féministes et postcoloniales, Le Fils offre à la comédienne Emmanuelle Hiron une passionnante partition. Seule sur une scène circulaire en bois clair où se dresse un clavecin de la même couleur, la comédienne commence par s’adresser au public. « Vous le savez, ce que c’est d’être mère ? […] On parle toujours du bonheur d’être mère, rarement des déchirures, ces cicatrices que gravent les enfants dans la chair. »

La folie religieuse s’ancre dans l’intime et se referme dessus. La protagoniste du Fils n’est pas pour autant un esprit avide de dogme, du moins pas de manière explicite. C’est là toute la force du spectacle de David Gauchard. À peine interrompue par quelques airs de clavecin joués par un jeune garçon aux manières fantomatiques, la parole tout en digressions du Fils donne à voir une femme dans ses faiblesses et ses contradictions. Dans sa difficile quête d’amour et d’ancrage social, décisive dans son basculement vers une idéologie fondée sur le rejet de l’Autre.

Emmanuelle Hiron excelle à rendre l’inquiétante banalité de son personnage. Elle oscille entre le«je»et le«elle»,passe de la gravité à l’humour sans changer de ton ou presque. La carrière, l’éducation des enfants, sa relation conjugale… Les inquiétudes qu’elle exprime sont celles de n’importe qui, de même que son jean et sa chemise. Le glissement du Fils est d’autant plus troublant qu’il loge dans les mots et les habits de tous les jours. Derrière les sourires les plus réconfortants.

 

Le Canard Enchaîné / 12 avril 2017 / Mathieu Perez

Le Fils

Comment Catherine, pharmacienne du côté de Rennes, catho, mère de deux garçons, a t-elle sombré dans le fanatisme ? Tout démarre avec la polémique déclenchée par la pièce  » Sur le concept du visage du fils de dieu », de Roméo Castellucci, jugée blasphématoire par les ultras-cathos. Sur les conseils d’un prêtre, Catherine manifeste et découvre alors le militantisme.

Touche pas à mon Christ !

Puis, avec la Manif pour tous, contre la loi Taubira, elle s’investit à fond. Cette femme, c’est Emmanuelle Hiron. Elle est la militante exaltée et narratrice. Calme, vite au bord des larmes, elle est plus vraie que nature, et l’histoire qu’elle nous raconte est rythmée durant 1h20, par des interludes joués au clavecin par un ado.

Ce monologue écrit par Marine Bachelot Nguyen et mis en scène par David Gauchard pourrait être manichéen. Il ne l’est pas. Ce portrait de femme et de mère de famille est complexe. Si sa résurrection dans les bras de Jésus lui donne le sentiment d’y voir plus clair, elle reste aveugle face au virage vers le FN de son fils aîné et à l’homosexualité de son cadet. Elle lui sort, même à lui, tout un baratin pour le convertir à la cause de la Manif pour tous, anti-homos et pleine de FN ! Une fois n’est pas coutume.

 

L’Humanité / 10 avril 2017 / Gérald Rossi

Au nom de la mère, du fils et de l’intégrisme

David Gauchard dirige Le fils, un texte de Marine Bachelot Nguyen sur une dérive dans les brumes de la droite extrême, avec Emmanuelle Hiron. Saisissant.

Froid comme une chapelle. Propre. Net. Sobre. Un cercle de bois clair, comme pavé, occupe le centre du plateau. Au bord, un clavecin. De bois clair aussi. Et un siège. Et des lumières jaune doré (de Christophe Rouffy) qui délimitent cet espace. Tour à tour, cette piste sera la rue, l’intérieur familial, la pharmacie, l’église, ailleurs. La neutralité est parfaite. Pour résonner de propos qui ne le sont pas.
David Gauchard, qui a commandé le texte à Marine Bachelot Nguyen, a conçu un décor minimal pour cet objet théâtral aux prises avec l’actualité récente et présente. Même si traitée par une microfacette. De celles qui aveuglent le plus, parfois. « Après des années à mettre en scène des oeuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ses haines qui deviennent ordinaires », explique David Gauchard. D’abord, la femme est jeune. Face au public, elle raconte simplement sa vie d’étudiante en pharmacie. La rencontre avec celui qui deviendra son époux. Ses émois sentimentaux, physiques. Pudique. Elle dit « je » et d’autres fois « elle » pour parler d’elle. Tout le temps. Puis la femme devient mère. Deux garçons surviennent. Très vite leurs caractères apparaissent opposés. L’un est doux rêveur, l’autre sportif et bagarreur. Pas de quoi fouetter un garçonnet.

Maintenant, la mère, diplôme en poche, exerce dans l’officine de son époux, dans cette petite ville de la Bretagne profonde. Les notables y forment comme une caste. Dans le milieu catholique. Pratiquant. Elle, la mère, parce que le père est assidu à la messe, l’y suit. Avec les garçons. Des relations se nouent. L’encens a des fragrances d’intégrisme. De plus en plus affirmé. L’heure est à la Manif pour tous. Avec ses nouvelles « copines » (on ne dit pas ainsi entre gens de ce monde), elle participe aux rassemblements « contre le mariage homo, contre la loi Taubira ». La pharmacienne hurle qu’il faut aux enfants « un papa et une maman ». Elle dit aussi que, l’homosexualité, ça doit se soigner. Remugles nauséabonds.

« Mon défi d’auteure, explique Marine Bachelot Nguyen, a été d’entrer dans la logique d’un tel personnage, sans diabolisation ou condamnation préalable, en m’intéressant au processus qui se joue à travers. » Et c’est réussi. Le portrait que défend avec brio Emmanuelle Hiron est crédible de bout en bout. La comédienne ne force jamais le trait, ne perd pas la crédibilité du personnage, et c’est troublant. Car effectivement, à travers elle, c’est tout un processus qui est interpellé. Comment une femme , au départ ordinaire, disons d’une droite quelconque, peut glisser, s’enliser jusqu’à ne plus voir qu’autour d’elle vacille tout un monde, et que ses deux ados sont dans la tourmente. Entre deux « prières de rue avec des veilleurs », le refus de vente de moyens contraceptifs « Oh ! Désolé je n’en ai plus » , les vitupérations répétées contre les pédés, l’avortement, et la banalisation des idées d’extrême droite – « Puisque les Machin votent Le Pen, des gens si bien, c’est que ce que ce doit pas être si mal que cela… » – , la pharmacienne perd pied. Sans en prendre conscience. A la fin, il sera trop tard. La démonstration est implacable. Et seule la mise en scène, ponctuée par de fugaces et jolies interventions au clavier du jeune Séraphim Ruiz, apporte un peu d’humanité et de couleurs d’espoir.

 

Sceneweb.fr / 31 mars 2017/ Stéphane Capron

La nouvelle pièce de Marine Bachelot Nguyen, Le fils, mise en scène par David Gauchard, tombe au bon moment dans cette période de campagne électorale. Elle dénonce la dérive moralisatrice de la France d’aujourd’hui. La pièce est incarnée avec force et finesse par Emmanuelle Hiron.

Plusieurs évènements dans l’actualité ont poussé David Gauchard à passer commande de cette pièce à l’auteure Marine Bachelot Nguyen. Les manifestations des catholiques intégristes contre les représentations de Sur le concept du visage du fils de Dieu de Roméo Castellucci devant le Théâtre National de Bretagne en 2011, la mort d’un jeune homosexuel abandonné par ses parents qui souhaitaient l’exorciser, et la Manif pour Tous contre la loi Taubira. Avec cette matière, Marine Bachelot Nguyen dresse le portrait d’une mère catholique pratiquante, pharmacienne, confrontée à la découverte de l’homosexualité de l’un de ses fils Cyril.

Sur le plateau circulaire tout en marqueterie, trône un clavecin sur lequel joue de temps en temps un jeune garçon. Emmanuelle Hiron incarne cette femme. Elle est à la fois le personnage et la narratrice de l’histoire – qui par moment s’avance vers public pour le questionner. « Vous y allez à la messe ? », « Vous parlez de sexualité avec vos enfants ? ». Elle est encore plus éblouissante que dans Les Résidents (la précédente création de la compagnie L’Unijambiste), car ici elle incarne la haine dissimulée du discours des pourfendeurs du retour de la morale en France.

Le texte engagé de Marine Bachelot Nguyen est une succession de faits accablants, glaçants, horribles. Les slogans haineux et racistes entendus pendant la Manif pour Tous précipitent le jeune fils vers l’inéluctable. « J’ai engendré un fils anormal » ose dire la mère lorsqu’elle découvre l’histoire d’amour entre Cyril et Thomas. La mise en scène en finesse de David Gauchard (avec des très beaux éclairages de Christophe Rouffy) laisse la plume de Marine Bachelot Nguyen appuyer là où ça fait mal, sans en rajouter. Une écriture nécessaire, éclairante et brillante.

 

Yegg / 16 mars 2017 / Marine Combes

L’auteure ne tombe pas dans la caricature. Elle explore une partie de la vie de cette femme, la dévoile, creuse dans son intimité et son engagement, sa vision d’elle en tant que mère, commerçante, épouse, femme d’un milieu bourgeois, etc. Elle donne l’occasion à son personnage de se raconter et aux spectateurs de ressentir de l’empathie, sans toutefois la déresponsabiliser ou l’excuser de son glissement idéologique.

Elle nous prend aux tripes de notre humanité pour nous interroger les un-e-s et les autres. Montrer les rouages de la radicalisation. Et susciter le débat et l’échange.

 

Larevueduspectacle.fr / 6 avril 2017 / Jean Grapin

Parabole contemporaine d’un roman de l’incompréhension

Avec tous les éléments d’un drame de l’incompréhension, le texte est une étude de caractère précis et méthodique qui évite le mélodrame, la caricature ou la charge militante. Par ses silences, il trace en pointillé le cheminement d’une conscience oscillant entre désarroi refoulé et certitudes affichées. En creux se dessine une carte des manques qui tâtonne sans la recherche des causes. Le portrait d’une société refermée sur elle- même.

Le spectateur en entr’ouvre les portes et découvre la monotonie d’une vie mue par des idées simples. Le temps semble s’être figé dans un idéal tranquille réglé et harmonieux, dans la conformité à la religion jamais remise en cause. La quiétude d’une famille, le statut social, le rite.

Dans cette histoire, le miroir de la respectabilité et de la notabilité s’embue au fil des jours. Une forme d’ennui ne se dit pas. Les enfants ont grandi mais restent des enfants aux yeux des parents. Une vie de silences que l’on eût qualifié au dix-neuvième siècle de rêve bourgeois. Provincial.

Sur lequel tombe comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été, la nouvelle d’une proposition artistique jugée (préjugée) blasphématoire par des forces discrètes et puissantes. Des forces qui vont l’enrôler en toute douceur et persuasion dans l’opposition au projet de loi sur le mariage pour tous.

La mère qui ne soupçonnait pas que l’union civile, le mariage du code civil, n’était pas que le sacrement religieux du mariage, se découvre alors une vitalité inconnue. Battant le pavé, criant d’euphorie au sein de la foule. Métamorphosée.

Entre l’expression du « je » et du « elle », elle est étrangement distanciée. Dissociée même.

La comédienne, (Emmanuelle Hiron), qui monte à l’avant-scène avec toute sa jeunesse, se moule dans la voix très posée de son personnage. Et accroît du coup l’effet de distance. Tout se passe comme si cette femme était en recherche de porte-parole, en recherche d’écoute et de connivence. En plaidoirie. N’ayant à l’évidence rien compris du drame que vivait son fils, ni des enjeux politiques qui l’environnent.

Le spectateur dont la conscience intime est sollicitée applaudit la qualité et le tact de ce travail. Face à ce spectacle qui apparaît bien comme une parabole contemporaine, il lui appartient de trouver du sens à la parole biblique. « Ils ont des yeux et ne voient pas ».

 

Ouest France / 10 avril 2017 /  Agnès Le Morvan

Mythos à Rennes : Nos coups de cœur au théâtre

(…) Le Fils, de David Gauchard, pour le sujet, le processus de radicalisation et le jeu de la comédienne Emmanuelle Hiron, tout en nuance.

 

Le Populaire du centre / 26 février 2017 /  Marie-Noëlle Robert

Le fils, ou la mortelle fêlure d’une fidèle embrigadée

Bon milieu tradi, deux enfants montés en graine sous son aile, Catherine la pharmacienne est l’épouse modèle d’un mari qui ne pense qu’à faire du chiffre entre deux messes du dimanche. Son morne horizon se colore graduellement de bleu marine et rose lorsqu’elle rejoint la manif pour tous, sous l’influence des autres douairières de la paroisse. Un papa et une maman, l’abomination de l’homosexualité, l’avortement, cette horreur… D’homélie en défilé, la jeune femme en arrive à prendre le porte-voix pour coasser à l’unisson. Tout semble sous contrôle, fistons compris, jusqu’au précipice. Seule en scène, Emmanuelle Hiron porte haut ce drame intime, tour à tour témoin de la lente glissade et incarnation subtile d’une femme figée au garde-à-vous d’un entrelacs de convictions, qui vacille comme au confessionnal et hasarde ses questionnements vers les spectateurs.
Sur une mise en scène sobrissime de David Gauchard, la comédienne donne du texte sans concessions de Marine Bachelot Nguyen une interprétation aux nuances dentelées, laissant tout deviner des béances de Catherine. Une femme dont la fragilité masquée fait une recrue de choix, une mère aveuglée. Qu’on n’a pas vraiment envie d’absoudre… »

 

Le théâtre du blog / 6 avril 2017 / Mireille Davidovici

Une femme s’adresse au public : « Vous savez ce que c’est d’être mère ? » Et de nous conter par le menu, la naissance de ses fils, son mariage, son métier de pharmacienne tenant boutique avec son époux. Une femme d’aujourd’hui, dans une ville de province, à la vie bien ordonnée entre famille et travail… allant à la messe le dimanche avec mari et enfants… Deux fils qui grandissent, si différents l’un de l’autre. Elle s’engage dans des mouvements catholiques traditionnalistes, et va aux manifestations contre le spectacle de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu puis ira aux marches contre le mariage pour tous. Avec le sentiment d’appartenir à une bonne société bien pensante…
Une adresse simple, factuelle. Tantôt la comédienne dit : je, tantôt elle prend du recul, avec un récit à la troisième personne. Mais banal, le personnage cerné par l’auteure s’avère complexe et cela, dès le début du récit : « Les enfants, elle était envahie par eux. Elle les aimait et les détestait. » Pétrie de contradictions et d’angoisses, elle apostrophe de temps à autre le public, en quête d’approbation : « Et vous vous allez à la messe ? » « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? » …
Au fil du récit, on sent, à la tension du jeu de la comédienne, monter le drame final. La jeune femme ne l’aura pas vu venir car, aveuglée par ses certitudes, elle est persuadée d’être dans le droit chemin, de lutter pour la bonne cause. Sa croisade contre le Mal, au nom de valeurs qui suintent la haine d’autrui, lui vaudra le pire des châtiments.
Rien de moraliste dans cette pièce, commande de la compagnie l’Unijambiste, en réponse à l’essor de l’intégrisme catholique. Une analyse froide et scrupuleuse des mécanismes à l’œuvre dans l’engrenage qui conduit à des engagements politiques nauséabonds, en toute inconscience. « Cette fiction a un fort ancrage documentaire (…) Un travail de recherche sur les mouvements catholiques intégristes en France et sur d’autres mouvements plus policés et ambigus, a accompagné et précédé l’écriture du texte, note l’auteure. »
A la précision et l’efficacité du texte, répond une mise en scène sobre et rigoureuse. Et Emmanuelle Hiron, au jeu d’une grande intensité, tient le public en haleine pendant une heure vingt. La présence d’un jeune claveciniste qui apparaît de temps à autre sur le plateau, apporte un contrechamp, une respiration dans le jeu serré et subtil de la comédienne qui, au plus près du personnage et de ses émotions, sait, en même temps, s’en tenir habilement à distance.
Cette mère de famille ordinaire, qui pourrait être notre sœur ou notre collègue, nous semble, à nous aussi, à la fois familière et lointaine. Du bel ouvrage, sans autre prétention que de nous révéler la face sombre et tragique de la bien-pensance.

 

Alter1fo.com / 5 avril 2017

Parfois, les points de départ à la création d’un spectacle émanent de nos quotidiens. C’est ce qui s’est passé pour David Gauchard, à Rennes justement. « Deux évènements ont déclenché en moi la nécessité de travailler sur ce sujet aujourd’hui : – le jour où il m’a fallu présenter une pièce d’identité pour aller récupérer ma fille à l’école maternelle en face du TNB car la rue était bloquée à cause des manifestations de Civitas à l’occasion des représentations du spectacle de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu. – le suicide en juin 2014 de Peter, jeune gay, membre de l’association Le Refuge. Après des années à mettre en scène des œuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ces haines qui deviennent ordinaires » confie ainsi le metteur en scène à la Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie.

Il opte donc pour un monologue féminin, qui mettra à jour une dérive, une pente, un penchant. Vers le rose layette glaçant de la Manif pour tous (et autres mouvements pro-life), bien loin des arcs-en-ciel à huit couleurs. Il en confie l’écriture à Marine Bachelot Nguyen, belle auteur de théâtre engagé, chargée de mettre en mots ce glissement idéologique d’une mère de famille, pharmacienne, issue de la petite bourgeoisie provinciale, qui par besoin d’inclusion/ascension sociale, trouve progressivement sa place auprès de catholiques traditionalistes et intégristes, glissant alors vers un militantisme de plus en plus exclusif. Excessif. Dans lequel elle s’épanouit. Avec aussi, peut-être un effondrement, un drame familial, qui tendent encore davantage ce monologue qu’on pressent aussi remuant qu’essentiel. Car le portrait dressé par les paroles de cette femme (apparemment) bien rangée (incarné donc par la si juste Emmanuelle Hiron) dérange. Questionne.

Comment est-ce qu’on bascule ? S’agit-il d’ailleurs d’un basculement ou plutôt d’un glissement ? Avec un texte, une mise en scène, qui montrent mais ne se posent pas en juges, David Gauchard et Marine Bachelot Nguyen essaient de mettre à jour les mécanismes de ce glissement idéologique, font confiance à la salle pour se saisir de ces questions. Volontairement d’ailleurs, en amont/en écho des futures élections. Avec, en plus, comme bien souvent, chez l’Unijambiste, une musique, ici au clavecin, dont la partition a été confiée à Olivier Mellano, qui vient se glisser entre les plis du texte. Rapprochant la pièce de l’actualité électorale, on laissera d’ailleurs les derniers mots au musicien qui concluait sa newsletter d’avril 2017 par ces mots : « Mais, même si l’on doute que ce soit entièrement à la hauteur de nos idéaux, nous essaierons de viser juste, à l’endroit du cœur, en espérant le miracle d’un retournement ou d’un rassemblement qui nous épargnerait le dégradé de haine, d’obscénité, de cynisme en embuscade. Et, plutôt que de se résigner, continuer d’envisager le miracle fût-ce un mirage. »

 

YAGG / 30 mars 2017 / Xavier Heraud

« Le Fils », ou le glissement idéologique d’une mère Manif pour tous

La pièce « Le Fils » donne la parole à une militante de la Manif pour tous. Dans un monologue puissant et empreint d’émotion, cette femme nous explique comment elle est devenue une militante passionnée de tous les combats réactionnaires de l’organisation anti-mariage pour tous. Et le prix qu’elle a payé pour cela.

Comment des gens « de bonne famille », qui n’avaient jamais manifesté de leur vie, sont-ils et elles devenu.e.s des acharné.e.s de la lutte contre le mariage pour tous ?

C’est ce « glissement idéologique » qu’a voulu décrire l’auteure Marine Bachelot Nguyen avec Le Fils, qui se joue à la Maison des Métallos à Paris jusqu’au 2 avril.3

La pièce, sous forme de monologue, donne la parole à Cathy (incarnée avec beaucoup de justesse et de force par Emmanuelle Hiron), mère de deux enfants et pharmacienne dans une petite bourgade près de Rennes. Elle n’est pas une catholique forcenée, mais s’est mariée à l’Eglise parce que c’était obligatoire pour la famille de son mari. Le dimanche, toute la famille va à la messe, un peu par automatisme, mais aussi parce que se montrer « est bon pour les affaires ». Et puis un beau jour, alors que ses enfants sont grands et qu’elle ne les comprend pas vraiment, elle entend le sermon du prêtre qui les incite à aller manifester contre la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, à Rennes, accusée de blasphème. Elle se rend à la manifestation. L’énergie de l’événement la subjugue. Puis, le mouvement catholique rennais se mobilise contre le mariage pour tous et elle s’engage corps et âme dans les protestations. C’est alors que son second fils, plus renfermé et discret que son aîné, s’éloigne de plus en plus d’elle. Elle va bientôt comprendre pourquoi…

« L’idée de la pièce vient de David Gauchard (metteur en scène et scénographe du Fils), explique l’autrice Marine Bachelot Nguyen. Il voulait faire parler une mère catholique et examiner le « glissement idéologique » qui la conduit à s’engager auprès de la Manif pour tous. Deux événements l’ont inspiré, les protestations contre la pièce de Romeo Castellucci et le suicide d’une jeune gay rejeté par sa famille, rapporté par la presse. »

Ce « glissement », Marine Bachelot Nguyen estime que c’est aux spectateurs/spectatrices de l’analyser. « Dans ce cas, le glissement est assez mince. On a choisi de ne pas la faire aller trop loin. Ce qui nous intéressait, c’était de voir comment cette catho modérée glisse parce qu’à ce moment-là il y a un vide dans sa vie. Avec cet engagement, elle réalise en quelque sorte son épanouissement de femme, presque féministe, et cela la fait bénéficier d’une ascension sociale, puisqu’elle croise désormais des femmes de chirurgiens ou d’autres notables. »

Dans la pièce, l’actrice passe constamment de la troisième à la première personne. « C’était instinctif, répond Marine Bachelot Nguyen. J’avais envie qu’elle dise parfois «je» et parfois qu’elle mette de la distance vis à vis d’elle-même.» Le personnage de Cathy brise également régulièrement le « quatrième mur » en apostrophant directement le public, comme pour dire à cette salle généralement plutôt pro-mariage pour tous, comme le note l’autrice, « êtes-vous si différents de moi? ».

Même si le portrait de cette manifestante anti-mariage pour tous se veut nuancé, il peut faire grincer des dents quelques directeurs de théâtre. L’un d’eux a en effet refusé de jouer la pièce de peur de froisser l’élue manif pour tous locale. « On a essayé de concevoir le spectacle pour qu’il s’adresse à tout le monde », plaide pourtant Marine Bachelot Nguyen, qui en dehors de son travail d’autrice, se définit comme une « militante sur les questions féministes, LGBT et décoloniales ».

Ce dernier aspect lui permet justement de mettre en perspective l’engagement des manifestants anti-mariage pour tous: «La pièce m’a permis de travailler sur la radicalisation côté catholique et côté blanc. Il faut avoir conscience qu’en France, il y a aussi des dérives du côté chrétien».

 

Spectatif.over-blog.com / 30 Mars 2017 / Frédéric Perez

Un temps de théâtre fort, un texte corrosif et digne, une interprétation impressionnante.

Dans une dignité pleine d’émotions, Catherine raconte son histoire, son déchirement irrémédiable, sa faille mortifère.

L’interprétation d’Emmanuelle Hiron est forte, puissante même, nous livrant ce texte comme une confession, un cri, un effondrement. L’émotion, la compassion et la rage nous submergent.

La mise en scène de David Gauchard sobre centre notre attention sur le texte adroit et efficace de Marine Bachelot Nguyen. Le jeu de la comédienne prévaut, accompagné par moments par la musique du jeune claveciniste Séraphin Ruiz présent sur le plateau. La musique d’Olivier Mellano nous fait penser à une forme d’élégance de la tradition, à d’autres temps que le présent, celui d’avant, celui de l’oubli.

Dates de tournées
37

représentations

CRÉATION

14, 15, 16, 17 février 2017 : Théâtre de l’Union, CDN du Limousin & Théâtre Expression 7, Limoges


 

DIFFUSION

Saison 17-18 :

30 novembre 2017 : Scène Nationale d’Aubusson

24 mai 2018 : DSN, Dieppe Scène Nationale

 

Saison 16-17 :

13-17 février 2017 : Théâtre Expression 7, Limoges

28 mars-2 avril 2017 : La Maison des Métallos, Paris

6 et 7 avril 2017 : Festival Mythos, L’Aire Libre Rennes

3 et 4 mai 2017 : Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry

9 mai 2017 : Le caveau des Augustins, St Pierre d’Albigny

11 mai 2017 : Salle Vauban, Barraux

12 mai 2017 : Théâtre G.Philipe, Saint Jean de Maurienne

13 mai 2017 : La Sal’tinbanque, Ruffieux

6-26 juillet 2017 : La Manufacture, Avignon festival off

L'affiche
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VIDEO - Avignon 2017 / "Le Fils" présenté par David Gauchard

Sul concetto di volto nel Figlio di Dio

LES ACTUALITÉS DU FILS

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    L’été de l’unijambiste – Le Fils à Avignon

    Venez découvrir Le Fils au Festival d’Avignon OFF du 6 au 26 juillet 2017 à 13h10 (relâche les 12 et 19 juillet) à La Manufacture 2 rue des écoles 84000 Avignon Réservation pro : 06 62 81 49 91...