Le fils

De vos enfants, êtes vous fiers ?

Elle a la tête dans la Manif.

Le corps et la peau dans la Manif, l’âme et la chair dans la Manif, le cerveau et la moelle dans la Manif.

Et tout autour, elle ne voit rien.

C’est l’histoire d’une femme de nos jours, issue d’une petite-bourgeoisie provinciale, pharmacienne, qui par l’intermédiaire de son mari, est amenée à fréquenter des catholiques traditionalistes, dont le discours radical semble l’attirer. Par souci d’intégration et l’élévation sociale, elle en vient à se rendre plus assidument à la messe, à lutter contre des spectacles blasphématoires, à s’engager dans des groupes anti-avortement ou anti-mariage homo. Elle s’épanouira dans ce militantisme, tentera d’embrigader ses proches et ses enfants dans ce qu’elle considère comme l’aventure la plus excitante de sa vie. C’est l’histoire de son glissement idéologique, de son aveuglement.

Texte

Marine Bachelot Nguyen

Idée originale, mise en scène et scénographie

David Gauchard

Avec

Emmanuelle Hiron

Collaboration Artistique Nicolas Petisoff 

Création lumière Christophe Rouffy

Régie lumière Alice Gill-Kahn

Création sonore Denis Malard 

Musique Olivier Mellano 

Enregistrement clavecin Bertrand Cuiller

Voix Benjamin Grenat-Labonne

Réalisation du décor  Ateliers du Théâtre de l’Union

Photos Thierry Laporte

Production > L’unijambiste

Coproduction > Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin 

Soutiens – Théâtre Expression 7, Limoges – Théâtre de Poche, scène de territoire Bretagne Romantique & Val d’Ille, Hédé – Centres culturels municipaux de Limoges – L’Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande – CCM Jean Gagnant, Limoges

Avec le soutien du Fonds SACD Musique de Scène 

 

Merci aux jeunes clavecinistes Séraphim Ruiz, Melchior Mourlon-Caffin, Zacharie Brunel, Mathis Dusserre et Andréas Fabre

Revue de presse
Télérama / 21 juillet 2017 / Emmanuelle Bouchez

Avignon 2017 : nos dix coups de coeur du Off

« Mille spectacles, mille émotions » résume le slogan du Off 2017… 1 480 chemins possibles pour arriver au bonheur, devrait-on même préciser. Voici la liste de nos coups de cœur livrée pile avant la dernière semaine de Festival. Le fruit de nos pérégrinations échevelées, de nos fouilles minutieuses, dans ce programme si débordant qu’on aura toujours l’impression de n’avoir rien vu ! Les actrices auront été de formidables ambassadrices cette année : de Lina El Arabi, campant une résistante kurde dans la bataille de Kobané (Mon Ange) au Chêne Noir à Emmanuelle Hiron, dans le rôle d’une mère au bord du gouffre qu’elle s’est elle-même creusé (Le Fils, à La Manufacture)… Mais on a surtout le sentiment que le théâtre, dans le Off comme dans le In, bruisse des malheurs du monde… Migrants, crise économique, dialogue « jeunes-vieux ». De sacrés performeurs, québécois notamment (Dave Saint-Pierre ou la bande du NoShow), viennent aussi à Avignon pour nous secouer les puces…

[…]

Numéro 5 – « Le Fils », amour, famille, tradi

Portée par le texte percutant de Marine Bachelot NGuyen, la pièce de David Gauchard ausculte les mécanismes du glissement vers la radicalisation religieuse d’une femme, pharmacienne de province subtilement incarnée par Emmanuelle Hiron, que ses nouvelles convictions vont peu à peu éloigner de ses propres enfants.

Après sa création par le metteur en scène David Gauchard au Centre Dramatique de Limoges, en février dernier, Le Fils intéresse les pros comme les amateurs d’Avignon. Car il met les pieds dans le plat d’une question douloureuse – la radicalisation des points de vue sur l’évolution des mœurs, renforts religieux à l’appui – en la traitant du côté catholique. Le spectacle frappe fort parce que le texte, complexe et pas d’un « noir ou blanc » qui empêcherait toute nuance, voire toute identification, peut parler à un large public… aux plus ardents défenseurs de la loi Taubira sur le mariage homosexuel comme aux autres, sympathisants occasionnels de la Manif pour tous. Bien joué : à quoi pourrait servir de ne s’adresser qu’aux convaincus ?

Le projet de l’auteure Marine Bachelot NGuyen, à qui le metteur en scène a passé commande, est certes de dénoncer les mécanismes de l’embrigadement dans le traditionalisme, mais elle y dépeint aussi une femme en souffrance ne laissant indemne ni le public ni… l’actrice elle-même. Seule en scène – un jeune claveciniste amateur la rejoignant à l’occasion –, la comédienne Emmanuelle Hiron est ainsi la subtile interprète d’une descente aux enfers de l’amour maternel. En chemisier ceinturé dans le jean, elle incarne, pile en bord de scène, la pharmacienne d’un petit bourg des alentours de Rennes. D’une notabilité relative en comparaison avec le chirurgien que son mari « rêverait » de fréquenter…

Le traditionalisme catholique, une nouvelle direction sociale pour celle qui voit ses enfants grandir

Tout commence avec les manifestations très agressives d’associations extrémistes catholiques parties en guerre, à l’automne 2011, contre un spectacle qu’elles n’avaient même pas vu (Sur le concept du visage du Fils de Dieu de Romeo Castellucci, d’abord présenté avec succès dans le In d’Avignon, d’une grande intensité spirituelle). Pratiquante par habitude, voilà la pharmacienne bientôt happée par la ferveur de ces militants et invitée par « la femme du chirurgien » à rejoindre des associations anti-avortement. Une nouvelle direction de sa vie sociale en somme, pour celle qui voit ses enfants grandir… Ses deux fils adolescents, justement, s’opposent de A à Z… C’est par eux que le drame arrive. Etape après étape, le récit raconte l’aveuglement puis la révélation d’une altérité dans la famille. La mère se débat entre convictions et amour immense. Le portrait de son jeune fils dessiné en creux, dont on aperçoit la silhouette fugace en musicien, est poignant. Pas de happy end ici, mais l’espoir d’une conscience nouvelle ? Peut-être…

 

Le masque et la plume – France Inter / 23 juillet 2017

Le conseil de Charlotte Lipinska

J’ai découvert un texte très fort d’une jeune auteure Marine Bachelot Nguyen, c’est Le Fils à La Manufacture. Il s’agit d’une pharmacienne de province en Bretagne qui va à la messe tous les dimanches par tradition ou pour entretenir un rapport social et qui va peu à peu se retrouver sur la pente très dangereuse de l’intégrisme jusqu’à grossir les rangs de la Manif pour Tous. Le texte est incroyable, il démonte les mécanismes psychologiques et sociaux qui font pencher vers l’intégrisme. Alors évidemment comprendre ce n’est pas acquiescer mais le texte donne vraiment aussi de quoi affûter ses armes pour le combat. 
C’est porté par une comédienne merveilleuse Emmanuelle Hiron et c’est à La Manufacture.

 

Théâtre(s) / n°10 – été 2017 / Jean-Pierre Han

David Gauchard a été bien inspiré de demander à Marine Bachelot Nguyen de lui écrire un texte qui mettrait au jour les mécanismes d’aliénation d’une personne au coeur de notre société d’aujourd’hui. Belle commande semée d’embûches dont la jeune auteure qui d’ordinaire s’occupe elle-même de ses propres textes s’acquitte avec efficacité. Il faut dire que l’entente entre elle et son commanditaire a été parfaite, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre d’alliance. Marine Bachelot Nguyen s’est attachée à la vie d’une femme, non pas décrite de l’extérieur mais saisie dans son mouvement intime, et qui est sans nul doute son exact opposé. C’est à dire une personne qui va devenir une militante active de la Manif pour tous. Il lui a fallu faire un travail de recherche et de documentation important, mêlant le tout à ses propres souvenirs vécus de l’autre côté de la barrière. Voilà donc le portrait d’une pharmacienne d’une petite ville de l’Ouest, de ses études au cours desquelles elle rencontre son mari, lui aussi pharmacien, de la naissance de leurs deux garçons aux caractères diamétralement opposés l’un de l’autre, de sa vie quotidienne d’un vide qui se comblera progressivement avec son activité au sein de la Manif pour tous, jusqu’au drame final, à savoir la découverte longtemps refoulée de l’homosexualité de son fils, Le Fils, celui qui sera acculé à la mort. L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à décrire la vie de son personnage sans jugement, de manière quasiment clinique, et en lui donnant la parole : c’est elle qui se raconte, parlant d’elle-même à certains moments à la troisième personne du singulier avec quelques questions posées au public : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? « .

David Gauchard nous restitue le texte dans sa simplicité, épousant à la perfection le rythme de l’écriture avec ses différents tempo. Sur un petit plateau circulaire Emmanuelle Hiron, superbe de tension intérieure, raide de la raideur de ceux qui s’acharnent à refuser ce qui est de l’ordre de la vie réalise une performance de première grandeur seulement ponctuée de quelques brèves interventions musicales au clavecin.

 

Politis / n°1451 – du 27 avril au 3 mai 2017 / Anaïs Heluin

Dérapage catholique

Dans une mise en scène de David Gauchard, Emmanuelle Hiron interprète avec une belle sobriété Le Fils, de Marine Bachelot Nguyen. Un monologue remarquable sur une radicalisation religieuse.

Elle n’a pas vu le beau visage pâle du Christ installé en fond de scène sur une toile immense. Ni le vieil homme malade, diarrhéique et incontinent, qui souille le plateau aux allures d’appartement chic et design. Elle n’a même pas eu l’idée d’aller vérifer par elle-même la véracité des propos tenus par ses amis au sujet de la pièce de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage de Dieu. Épouse du propriétaire de la pharmacie où elle travaille, mère de deux garçons, l’unique personnage du Fils va pourtant manifester à Rennes sur le boulevard de la Liberté.

« Non au blasphème ! Christ caillassé, chrétiens insultés ! Touchez pas à Jésus ! » Au milieu de croix géantes et de crucifix, les slogans émeuvent l’apothicaire, qui se contentait jusque-là d’une pratique religieuse routinière héritée de ses parents. De messe en réunion, une ferveur nouvelle s’empare d’elle, qui débouchera sur un drame.

Alors que, sur scène comme ailleurs, l’islam cristallise tous les débats sur l’extrémisme religieux,

David Gauchard et sa compagnie L’Unijambiste osent s’intéresser à l’intégrisme catholique qui, il n’y a pas si longtemps, se donnait en spectacle pendant la Manif pour tous. Comme l’Allemand Marius Von Mayenburg dans Martyr (2012), une des rares pièces contemporaines consacrées au sujet, le metteur en scène opte pour le récit d’une dérive sectaire par la personne concernée elle- même. Non plus un lycéen mal dans sa peau, mais une femme de la moyenne bourgeoisie bretonne.

Commandé à l’auteure dramatique Marine Bachelot Nguyen, portée sur les questions féministes et postcoloniales, Le Fils offre à la comédienne Emmanuelle Hiron une passionnante partition. Seule sur une scène circulaire en bois clair où se dresse un clavecin de la même couleur, la comédienne commence par s’adresser au public. « Vous le savez, ce que c’est d’être mère ? […] On parle toujours du bonheur d’être mère, rarement des déchirures, ces cicatrices que gravent les enfants dans la chair. »

La folie religieuse s’ancre dans l’intime et se referme dessus. La protagoniste du Fils n’est pas pour autant un esprit avide de dogme, du moins pas de manière explicite. C’est là toute la force du spectacle de David Gauchard. À peine interrompue par quelques airs de clavecin joués par un jeune garçon aux manières fantomatiques, la parole tout en digressions du Fils donne à voir une femme dans ses faiblesses et ses contradictions. Dans sa difficile quête d’amour et d’ancrage social, décisive dans son basculement vers une idéologie fondée sur le rejet de l’Autre.

Emmanuelle Hiron excelle à rendre l’inquiétante banalité de son personnage. Elle oscille entre le«je»et le«elle»,passe de la gravité à l’humour sans changer de ton ou presque. La carrière, l’éducation des enfants, sa relation conjugale… Les inquiétudes qu’elle exprime sont celles de n’importe qui, de même que son jean et sa chemise. Le glissement du Fils est d’autant plus troublant qu’il loge dans les mots et les habits de tous les jours. Derrière les sourires les plus réconfortants.

 

Le Canard Enchaîné / 12 avril 2017 / Mathieu Perez

Comment Catherine, pharmacienne du côté de Rennes, catho, mère de deux garçons, a t-elle sombré dans le fanatisme ? Tout démarre avec la polémique déclenchée par la pièce  » Sur le concept du visage du fils de dieu », de Roméo Castellucci, jugée blasphématoire par les ultras-cathos. Sur les conseils d’un prêtre, Catherine manifeste et découvre alors le militantisme.

Touche pas à mon Christ !

Puis, avec la Manif pour tous, contre la loi Taubira, elle s’investit à fond. Cette femme, c’est Emmanuelle Hiron. Elle est la militante exaltée et narratrice. Calme, vite au bord des larmes, elle est plus vraie que nature, et l’histoire qu’elle nous raconte est rythmée durant 1h20, par des interludes joués au clavecin par un ado.

Ce monologue écrit par Marine Bachelot Nguyen et mis en scène par David Gauchard pourrait être manichéen. Il ne l’est pas. Ce portrait de femme et de mère de famille est complexe. Si sa résurrection dans les bras de Jésus lui donne le sentiment d’y voir plus clair, elle reste aveugle face au virage vers le FN de son fils aîné et à l’homosexualité de son cadet. Elle lui sort, même à lui, tout un baratin pour le convertir à la cause de la Manif pour tous, anti-homos et pleine de FN ! Une fois n’est pas coutume.

 

L’Humanité / 10 avril 2017 / Gérald Rossi

Au nom de la mère, du fils et de l’intégrisme 

David Gauchard dirige Le fils, un texte de Marine Bachelot Nguyen sur une dérive dans les brumes de la droite extrême, avec Emmanuelle Hiron. Saisissant.

Froid comme une chapelle. Propre. Net. Sobre. Un cercle de bois clair, comme pavé, occupe le centre du plateau. Au bord, un clavecin. De bois clair aussi. Et un siège. Et des lumières jaune doré (de Christophe Rouffy) qui délimitent cet espace. Tour à tour, cette piste sera la rue, l’intérieur familial, la pharmacie, l’église, ailleurs. La neutralité est parfaite. Pour résonner de propos qui ne le sont pas.
David Gauchard, qui a commandé le texte à Marine Bachelot Nguyen, a conçu un décor minimal pour cet objet théâtral aux prises avec l’actualité récente et présente. Même si traitée par une microfacette. De celles qui aveuglent le plus, parfois. « Après des années à mettre en scène des oeuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ses haines qui deviennent ordinaires », explique David Gauchard. D’abord, la femme est jeune. Face au public, elle raconte simplement sa vie d’étudiante en pharmacie. La rencontre avec celui qui deviendra son époux. Ses émois sentimentaux, physiques. Pudique. Elle dit « je » et d’autres fois « elle » pour parler d’elle. Tout le temps. Puis la femme devient mère. Deux garçons surviennent. Très vite leurs caractères apparaissent opposés. L’un est doux rêveur, l’autre sportif et bagarreur. Pas de quoi fouetter un garçonnet.

Maintenant, la mère, diplôme en poche, exerce dans l’officine de son époux, dans cette petite ville de la Bretagne profonde. Les notables y forment comme une caste. Dans le milieu catholique. Pratiquant. Elle, la mère, parce que le père est assidu à la messe, l’y suit. Avec les garçons. Des relations se nouent. L’encens a des fragrances d’intégrisme. De plus en plus affirmé. L’heure est à la Manif pour tous. Avec ses nouvelles « copines » (on ne dit pas ainsi entre gens de ce monde), elle participe aux rassemblements « contre le mariage homo, contre la loi Taubira ». La pharmacienne hurle qu’il faut aux enfants « un papa et une maman ». Elle dit aussi que, l’homosexualité, ça doit se soigner. Remugles nauséabonds.

« Mon défi d’auteure, explique Marine Bachelot Nguyen, a été d’entrer dans la logique d’un tel personnage, sans diabolisation ou condamnation préalable, en m’intéressant au processus qui se joue à travers. » Et c’est réussi. Le portrait que défend avec brio Emmanuelle Hiron est crédible de bout en bout. La comédienne ne force jamais le trait, ne perd pas la crédibilité du personnage, et c’est troublant. Car effectivement, à travers elle, c’est tout un processus qui est interpellé. Comment une femme , au départ ordinaire, disons d’une droite quelconque, peut glisser, s’enliser jusqu’à ne plus voir qu’autour d’elle vacille tout un monde, et que ses deux ados sont dans la tourmente. Entre deux « prières de rue avec des veilleurs », le refus de vente de moyens contraceptifs « Oh ! Désolé je n’en ai plus » , les vitupérations répétées contre les pédés, l’avortement, et la banalisation des idées d’extrême droite – « Puisque les Machin votent Le Pen, des gens si bien, c’est que ce que ce doit pas être si mal que cela… » – , la pharmacienne perd pied. Sans en prendre conscience. A la fin, il sera trop tard. La démonstration est implacable. Et seule la mise en scène, ponctuée par de fugaces et jolies interventions au clavier du jeune Séraphim Ruiz, apporte un peu d’humanité et de couleurs d’espoir.

 

Sceneweb.fr / 31 mars 2017/ Stéphane Capron

La nouvelle pièce de Marine Bachelot Nguyen, Le fils, mise en scène par David Gauchard, tombe au bon moment dans cette période de campagne électorale. Elle dénonce la dérive moralisatrice de la France d’aujourd’hui. La pièce est incarnée avec force et finesse par Emmanuelle Hiron.

Plusieurs évènements dans l’actualité ont poussé David Gauchard à passer commande de cette pièce à l’auteure Marine Bachelot Nguyen. Les manifestations des catholiques intégristes contre les représentations de Sur le concept du visage du fils de Dieu de Roméo Castellucci devant le Théâtre National de Bretagne en 2011, la mort d’un jeune homosexuel abandonné par ses parents qui souhaitaient l’exorciser, et la Manif pour Tous contre la loi Taubira. Avec cette matière, Marine Bachelot Nguyen dresse le portrait d’une mère catholique pratiquante, pharmacienne, confrontée à la découverte de l’homosexualité de l’un de ses fils Cyril.

Sur le plateau circulaire tout en marqueterie, trône un clavecin sur lequel joue de temps en temps un jeune garçon. Emmanuelle Hiron incarne cette femme. Elle est à la fois le personnage et la narratrice de l’histoire – qui par moment s’avance vers public pour le questionner. « Vous y allez à la messe ? », « Vous parlez de sexualité avec vos enfants ? ». Elle est encore plus éblouissante que dans Les Résidents (la précédente création de la compagnie L’Unijambiste), car ici elle incarne la haine dissimulée du discours des pourfendeurs du retour de la morale en France.

Le texte engagé de Marine Bachelot Nguyen est une succession de faits accablants, glaçants, horribles. Les slogans haineux et racistes entendus pendant la Manif pour Tous précipitent le jeune fils vers l’inéluctable. « J’ai engendré un fils anormal » ose dire la mère lorsqu’elle découvre l’histoire d’amour entre Cyril et Thomas. La mise en scène en finesse de David Gauchard (avec des très beaux éclairages de Christophe Rouffy) laisse la plume de Marine Bachelot Nguyen appuyer là où ça fait mal, sans en rajouter. Une écriture nécessaire, éclairante et brillante.

 

Carnet d’art .com / 9 juillet 2017

Comme une empathie envers autrui.

David Gauchard prend en charge un sujet sensible, celui de l’interrogation sur l’autre dans ses différences et ses contradictions.

Ce spectacle actuellement programmé à La Manufacture dans le festival Off d’Avignon 2017 confronte les spectateurs à une expérience intime.

De quelle manière arrive-t-on à entrer en empathie avec autrui ? telle est une des questions soulevée… Comment une parole portée par une femme ayant des affinités avec La Manif pour tous arriverait-elle à nous toucher ?

En assistant à Le Fils, toutes les idées reçues sont mises à mal. Dans un premier temps, nous sommes embarqués dans l’histoire de cette femme. Elle n’a rien d’extraordinaire. Elle est tout simplement une femme qui a épousé un pharmacien et qui s’est retrouvée propulser dans la gestion d’une des pharmacies de la ville. Elle est comme dans un refuge, comme dans une chapelle à défendre qui lui appartient. Cette femme est d’une banalité ordinaire, faisant les choses bien, telles que l’on a pu lui inculquer, elle a des valeurs mais et se demande encore comment leur donner sens…

C’est lors d’un dîner avec des amis que tout bascule. Se joue alors à Rennes Sur le concept du fils de Dieu par Romeo Castellucci, une pièce qui fit scandale et l’objet de manifestations de la part d’intégristes chrétiens (car contre tout ce que l’on peut dessiner aujourd’hui l’intégrisme religieux n’est pas le fait d’une seule croyance). Cette pièce, au combien donc controversée, reflète un Christ magnifié selon les dires du fils de cette femme, protagoniste principale. Mais cette femme n’a jamais assisté aux représentations, elle se base seulement sur les dires de ses nouveaux amis et nouvelles idéologies auxquelles elle adhère. Dans la pensée chrétienne, un papa, une maman, c’est bien, c’est un reflet idéal des mœurs d’une société qui a évidemment évoluée avec son temps.

En France, nous avons un décalage par rapport à d’autres pays européens vis-à-vis du mariage homosexuel, nous avons encore du chemin à faire vis-à-vis de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes… toutes ses voies d’équité sont loin d’être évidentes et sont loin d’être gagnées d’avance… Cela nous renvoie au combat personnel de cette femme, à sa preuve d’existence que peut être le ralliement à Sens commun, prônant des idéologies complètement déconnectées de la réalité de familles homoparentales, par exemple.

Cela n’empêche – malgré toutes les contradictions personnelles envers de telles idéologies – que cette proposition théâtrale emmène vers un rapport plus profond, et qui arrive à nous surprendre nous-mêmes, d’empathie avec cette femme qui partage son intime. Comment arrive-t-on à remettre en cause ses convictions pour lesquelles on ressent un sentiment d’épanouissement ? Comment faire la part des choses quand en tant que mère, un sentiment d’échec jaillit alors qu’on a tout bien fait, comme on se le plaît croire ? Comment concilier le bonheur d’être mère et d’aimer dans un amour inconditionnel la chair de sa chair malgré le fait que son enfant apporte une certaine part de désillusion, de contradiction ?

À la question : « et vous, est-ce que si je vous invitais chez moi, est-ce que vous viendriez ? ». On répondrait oui, sans hésiter car les différents points de vue méritent nécessairement des échanges et des remises en question de part et d’autre d’une barrière qui est loin d’être infranchissable. Il nous appartient de créer des zones où le dialogue demeure possible même si chacun est emprunt d’idéologies différentes voire opposées. Et c’est en cela, la réelle force de cette proposition théâtrale où, l’on a une claire envie de crier au monde « et vous que feriez-vous de tout cela ? ». Notre société évolue mais les mentalités ont parfois du mal à suivre il nous faut donc faire preuve d’une vigilance critique et prendre part aux débats.

 

LEBRUITDUOFF.COM / 11 juillet 2017 / Pierre Salles

C’est sous l’impulsion du metteur en scène David Gauchard que Marine Bachelot Nguyen écrit ce texte au confluent de trois axes. Le premier axe est l’intolérance religieuse vis-à-vis de l’Art avec, comme point d’orgue en France, les manifestations suite au spectacle « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo Castelluci. Comme second axe le metteur en scène voulait mettre en avant cette ferveur jusqu’au boutiste révélée par le mouvement de la manif pour tous et enfin le dernier axe concerne le suicide des adolescents.

« Le fils » c’est l’histoire de cette femme de pharmacien, issue d’une petite bourgeoisie provinciale, qui va intégrer peu à peu des milieux catholiques intégristes et qui va trouver là une reconnaissance sociale et un nouveau but à sa vie. Au milieu de cette frénésie grandissante prônant un retour archaïque, la tragédie va casser toutes les certitudes de cette mère aveugle et pourtant aimante.

La comédienne Emmanuelle Hiron interprète avec une infinie délicatesse cette femme brisée par ses choix et ses certitudes et qui alterne la première et la troisième personne, comme pour mieux se distancier de son passé de mère intégriste et de l’abomination de ses actes. Les mots nous prennent à témoin comme pour nous impliquer dans ses décisions.

Qu’aurions nous fait à sa place? Serions-nous tellement meilleurs qu’elle dans de telles circonstances? Le récit est troublant et l’incarnation opérée par la comédienne ne l’est pas moins. Au milieu de la scène, juste un clavecin posé sobrement dans un cercle de moquette, une chambre d’enfant, lieu où la poésie de l’enfant et l’amour de sa mère peuvent peut-être reprendre vie. Le spectateur oscille entre la tragédie pure et ces petits riens gênants qui font rire dans l’immédiat mais qui mettent mal à l’aise l’instant d’après.

Ne passez pas à coté de cette pièce à la mise en scène délicate, sur des sujets si difficiles donc forcément essentiels et pour Emmanuelle Hiron cette formidable comédienne qui parvient à nous faire douter à chaque instant de nos propres certitudes en nous plaçant au centre du sujet mais en sachant nous épargner à temps de l’horreur de la situation pour nous permettre de mieux l’appréhender.

 

PLUSDEOFF / 21 juillet 2017 / Walter Géhin

Dans la sélection contemporaine de PLUSDEOFF

Une vie où le roboratif le dispute au rébarbatif. Épouse, mère de deux garçons, pharmacienne dans l’officine de son mari, le contentement s’est installé, et avec lui l’ennui. Dans sa petite ville de Bretagne, les notables vont à la messe. Elle y suit son mari, en devient assidue, lie connaissance. Des gens bien, puisque de son milieu, s’engagent contre l’avortement, contre le mariage homo, sont séduits par les idées d’extrême-droite. Elle les suit et trouve l’exaltation en vociférant des slogans lors de la Manif pour tous. Le rance et l’archaïque lui inspirent une nouvelle jeunesse, une forme de plénitude dont elle veut auréoler sa famille. C’est alors qu’elle découvre l’homosexualité de l’un de ses fils…

Le texte de Marine Bachelot Nguyen s’applique à examiner, avec patience, le processus de radicalisation. On ne se réveille pas un matin dans la peau d’un extrémiste. Il ne s’agit pas d’un brusque basculement. La conversion s’opère au fil d’un glissement progressif, une contamination lancinante, par petites touches. Chaque nouvelle marche, un peu plus basse, permet d’atteindre la suivante sans avoir l’impression de chuter. David Gauchard dirige, dans une sobriété indispensable au propos, Emmanuelle Hiron, brillante de bout en bout, jusqu’au dérèglement total de la logique et de l’humanité.

 

Témoignage Chrétien / 13 avril 2017 / Jean-Pierre Han

De sa conception à sa réalisation, ce spectacle signé David Gauchard sur un texte de Marine Bachelot Nguyen est sinon exemplaire du moins d’une grande justesse. Justesse de la réponse de l’auteure (qui est également en d’autres occasions metteure en scène, comme pour les Ombres et les lèvres, sa dernière création) à la commande très précise de David Gauchard lui demandant de décrire un phénomène d’aliénation s’emparant d’une personne au cœur de notre société. Ce qu’a très scrupuleusement respecté Marine Bachelot Nguyen dont la pièce, Le Fils, raconte l’histoire d’une femme prise au fil des jours et des nuits dans un engrenage infernal, celui que lui a imposé les circonstances, celui du militantisme des mouvements catholiques traditionalistes, des opposants au mariage pour tous, anti IVG, etc. Pour ce faire elle a effectué un travail documentaire considérable, revenant sur les manifestations qu’elle a connues à Rennes, la ville où elle réside, notamment contre les représentations du spectacle de Romeo Castellucci qui firent scandale, Sur le concept du visage du fils de Dieu. À partir de là, elle a écrit le parcours d’une pharmaciennes, de ses études au cours desquelles elle fait la connaissance de son mari, lui aussi pharmacien, de leur union, de la naissance des enfants (deux garçons qui s’avéreront être très différents l’un de l’autre), de la vie quotidienne au magasin dans une petite ville de province où tout son militantisme, dans un premier temps, consiste à refuser de vendre des contraceptifs, pour cause de rupture de stock, avant d’être littéralement happée par la machine de l’activisme pur et dur. Ainsi pense-t-elle être parfaitement intégrée à la société bien pensante de sa petite ville… L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à ne pas forcer le trait, à décrire de manière quasiment clinique la vie de son personnage qui se raconte et passe aussi parfois à un récit à la troisième personne du singulier, apostrophant parfois le public en lui posant des question du genre de : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? »… L’écriture de Marine Bachelot Nguyen est d’une belle clarté, apparemment simple, en tout cas d’une réelle efficacité. Présente lors des répétitions, elle a pu voir l’évolution de son personnage adhérant parfaitement à la vision qu’en donne la comédienne Emmanuelle Hiron, seule sur scène dans la belle scénographie conçue par le metteur en scène (un plateau en bois circulaire), superbe de retenue dans la tension dramatique qui monte petit à petit jusqu’au drame final. Corps droit et tendu jusqu’à son effondrement final. Un jeune claveciniste vient parfois ponctuer de quelques notes les propos de la femme nous offrant ainsi un temps de respiration. On admirera le travail de grande précision de David Gauchard orchestrant le texte de Marine Bachelot Nguyen comme une partition musicale avec ses différents tempo, tranquille, modéré, vif, rapide… Un spectacle qui en dit bien plus que les lourdes charges frontales si courantes de nos jours. Et avec une redoutable efficacité.

 

Qui veut le programme ? Pour une culture plus vivante à l’école ! / 27 juillet 2017 / Brigitte Gornet

# Avignon OFF 2017 : “Le Fils”, un drame familial sur fond d’actualité, dérangeant et nécessaire…

Joué à la Manufacture, Le fils est un drame familial. Spectacle dérangeant qui raconte comment une bourgeoise de province glisse vers un extrémisme catholique, homophobe et intégriste. Dans cette longue descente dans la conscience de ce personnage, David Gauchard met en scène un texte simple et poignant incarné superbement par Emmanuelle Hiron. De quoi nous faire réfléchir sur notre actualité. C’était joué à la Manufacture… Nous espérons que ce spectacle aura une belle tournée !

Récit d’un épisode de la vie d’une femme, petite bourgeoise de province, pharmacienne comme son mari. Cette mère de deux garçons a pour le plus jeune, Cyril (“le fils”), plus sensible, un amour fusionnel. Ce personnage éponyme est la cause du drame que vit cette femme. Manifestant contre le “mariage homo”, elle découvre qu’il est homosexuel. Ses réactions, d’abord violentes puis empathiques, ne parviennent pas à convaincre qu’elle l’accepte comme il est. Elles provoquent la fin tragique qui aura pour cadre ce petit coin de la pharmacie où, enfant, Cyril aimait venir jouer.

L’argument est très simple, très actuel. Ce récit aurait pu être ennuyeux s’il n’était porté par un texte magnifique. Et le spectateur, grâce au jeu tout en nuances d’Emmanuelle Hiron, entre dans la manière de penser de cette femme, comprend comment son passé, sa vie, ses relations avec son mari et ses fils peuvent expliquer qu’elle s’engage avec enthousiasme dans la résistance des catholiques intégristes contre l’avortement et la loi pour le mariage pour tous. Loin d’adhérer à son discours, nous plaignons ce personnage que nous parvenons à comprendre. Le drame qu’elle vit, et que l’actrice nous fait partager avec une grande pudeur et beaucoup d’émotion, nous laisse espérer qu’elle pourra comprendre où se situe la vérité des êtres.

Simple, la scénographie est d’une belle efficacité : un grand tapis rond de couleur crème sur lequel est posé un clavecin au bois blond. La lumière rythme le récit, avec une alternance de noirs et d’éclairages brutaux du personnage (comme des coups de tonnerre) qui marquent le passage d’une scène à l’autre.

Un enfant claveciniste, le fils musicien, vient jouer trois fois dans le spectacle et ces beaux moments où la mère écoute avec tendresse son fils jouer ajoutent à l’horreur de la situation.

La voix du fils se fait entendre lors de dialogues avec sa mère. Une voix posée, douce et grave qui traduit son sérieux, son amour pour elle mais aussi sa grande solitude.

Le très beau texte de Marine Bachelot-Nguyen est incarné par Emmanuelle Hiron tout en tension et en émotion. Elle s’exprime alternativement à la première et à la troisième personne : ce procédé crée une distance entre la subjectivité du personnage et son histoire jugée par un narrateur extérieur et très proche. Cette femme, seule, nous interpelle de temps en temps, nous  renvoyant à nos propres sentiments, nos propres croyances et contradictions. Ce qui est source de questionnements et ce qui rend ce spectacle dérangeant et nécessaire.

Un texte, une mise en scène, une scénographie et un jeu qui montrent une situation sans jamais juger et les larmes que nous versons sont la réponse à cet immense gâchis créé par toutes les intolérances.

 

L’envolée culturelle / 20 juillet 2017 /  Jérémy Engler

La déchéance d’une mère dans « Le Fils »

Du 6 au 26 juillet 2017, à 13h10, le festival Off d’Avignon et la Manufacture nous invitent à découvrir à quel point il est difficile d’être mère et femme lorsqu’on se découvre une nouvelle passion avec Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, de la compagnie L’Unijambiste, mis en scène par David Gauchard et interprété par Emmanuelle Hiron.

Un seul en scène poignant !

La pièce est construite autour de plusieurs récits de la vie d’une mère. On commence par l’accouchement, puis par l’enfance des deux fils, Anthony et Cyril pour s’arrêter sur l’adolescence. Bien que la pièce s’appelle Le Fils, c’est bien le point de vue de la mère qui est abordé et expliqué. Évidemment, elle analyse l’évolution de ses rapports avec son fils. Les récits sont assez traditionnels et racontent la vie d’une femme devenue mère, mais chacun se termine sur un sentiment de détresse et un coup de stroboscope pour effacer ce sentiment et reprendre le récit originel. La narration est très particulière, car la personne qui raconte ne semble pas être la mère et utilise le pronom personnel « elle » pour la désigner, mais parfois le pronom « je » revient, bouleversant nos repères ou semblant montrer qu’elle a des difficultés à assumer ce qu’il s’est passé. Pourtant, chaque fois qu’une décision ou qu’une réflexion un peu sérieuse est faite, la narratrice interpelle le public pour lui demander comment il aurait agi dans pareille situation. Cette adresse frontale inclut le public dans l’histoire et l’amène à réfléchir sur ses agissements et sur ce qu’elle a vécu et parfois la réponse est étonnante. Ce faisant, elle cherche à justifier des actes dont les remords sont saisissants.

Plus l’histoire avance et plus les indices affluent et nous font comprendre qu’un problème est survenu avec son plus jeune fils. La tension qui naît entre enfant et parent à l’adolescence est bien retranscrite dans ce texte qu’Emmanuelle Hiron interprète magistralement. Elle nous fait ressentir la complexité de ses émotions, partagées entre son devoir de mère, son amour maternel, son envie de vivre sa propre vie, son envie d’être femme et de conserver un lien avec ses enfants. Ce fils apparaît sur scène ponctuellement, il représente la nostalgie qu’elle éprouve vis-à-vis de l’enfance de ce dernier. Il apparaît très jeune et joue du clavecin comme pour évoquer avec mélancolie un temps révolu, un temps béni où le fils et sa mère était encore complice, ou ce dernier jouait encore de la musique pour sa mère.

Quand l’idéologie intégriste rythme et régit une vie…

Bien que chrétienne, elle n’était pas pratiquante, mais son mari un peu plus et ils allaient tous les dimanches à la messe. Petit à petit, elle se laisse séduire par ces moments de rassemblement et notamment lors d’une confession de foi où elle tombe en admiration devant cette communion des gens dans la rue. Cela lui permet de fréquenter la haute bourgeoisie rennaise, milieu qu’elle et son mari idolâtrent un peu. Petit à petit, sous l’impulsion de ses nouvelles amies, elle construit sa vie autour de la religion, participant à des groupes de discussion, à des manifestations et s’engageant notamment contre l’avortement et dans la manifestation contre le Mariage pour tous. Elle se sent importante, elle se sent vivre, car passionnée et animée par ce combat, mais en délaisse sa famille et, sans s’en rendre compte, elle commettra des choix aux conséquences dramatiques. Son combat passant avant tout, elle délaisse sa mission de mère et même si elle en a conscience, elle le fait sans sourciller, prétextant un manque de dialogue avec ses fils dû à l’adolescence… Elle raconte ses choix, faisant de nous les témoins de son drame et de son processus de radicalisation.

Cette pièce est très sobre dans sa mise en scène et repose essentiellement sur la capacité d’Emmanuelle Hiron à incarner la complexité et la puissance des sentiments d’une femme/mère habitée par une nouvelle passion.

 

 

Larevueduspectacle.fr / 6 avril 2017 / Jean Grapin

Parabole contemporaine d’un roman de l’incompréhension

Avec tous les éléments d’un drame de l’incompréhension, le texte est une étude de caractère précis et méthodique qui évite le mélodrame, la caricature ou la charge militante. Par ses silences, il trace en pointillé le cheminement d’une conscience oscillant entre désarroi refoulé et certitudes affichées. En creux se dessine une carte des manques qui tâtonne sans la recherche des causes. Le portrait d’une société refermée sur elle- même.

Le spectateur en entr’ouvre les portes et découvre la monotonie d’une vie mue par des idées simples. Le temps semble s’être figé dans un idéal tranquille réglé et harmonieux, dans la conformité à la religion jamais remise en cause. La quiétude d’une famille, le statut social, le rite.

Dans cette histoire, le miroir de la respectabilité et de la notabilité s’embue au fil des jours. Une forme d’ennui ne se dit pas. Les enfants ont grandi mais restent des enfants aux yeux des parents. Une vie de silences que l’on eût qualifié au dix-neuvième siècle de rêve bourgeois. Provincial.

Sur lequel tombe comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été, la nouvelle d’une proposition artistique jugée (préjugée) blasphématoire par des forces discrètes et puissantes. Des forces qui vont l’enrôler en toute douceur et persuasion dans l’opposition au projet de loi sur le mariage pour tous.

La mère qui ne soupçonnait pas que l’union civile, le mariage du code civil, n’était pas que le sacrement religieux du mariage, se découvre alors une vitalité inconnue. Battant le pavé, criant d’euphorie au sein de la foule. Métamorphosée.

Entre l’expression du « je » et du « elle », elle est étrangement distanciée. Dissociée même.

La comédienne, (Emmanuelle Hiron), qui monte à l’avant-scène avec toute sa jeunesse, se moule dans la voix très posée de son personnage. Et accroît du coup l’effet de distance. Tout se passe comme si cette femme était en recherche de porte-parole, en recherche d’écoute et de connivence. En plaidoirie. N’ayant à l’évidence rien compris du drame que vivait son fils, ni des enjeux politiques qui l’environnent.

Le spectateur dont la conscience intime est sollicitée applaudit la qualité et le tact de ce travail. Face à ce spectacle qui apparaît bien comme une parabole contemporaine, il lui appartient de trouver du sens à la parole biblique. « Ils ont des yeux et ne voient pas ».

 

Ouest France / 10 avril 2017 /  Agnès Le Morvan

Mythos à Rennes : Nos coups de cœur au théâtre

(…) Le Fils, de David Gauchard, pour le sujet, le processus de radicalisation et le jeu de la comédienne Emmanuelle Hiron, tout en nuance.

 

Le Populaire du centre / 26 février 2017 /  Marie-Noëlle Robert

Le fils, ou la mortelle fêlure d’une fidèle embrigadée

Bon milieu tradi, deux enfants montés en graine sous son aile, Catherine la pharmacienne est l’épouse modèle d’un mari qui ne pense qu’à faire du chiffre entre deux messes du dimanche. Son morne horizon se colore graduellement de bleu marine et rose lorsqu’elle rejoint la manif pour tous, sous l’influence des autres douairières de la paroisse. Un papa et une maman, l’abomination de l’homosexualité, l’avortement, cette horreur… D’homélie en défilé, la jeune femme en arrive à prendre le porte-voix pour coasser à l’unisson. Tout semble sous contrôle, fistons compris, jusqu’au précipice. Seule en scène, Emmanuelle Hiron porte haut ce drame intime, tour à tour témoin de la lente glissade et incarnation subtile d’une femme figée au garde-à-vous d’un entrelacs de convictions, qui vacille comme au confessionnal et hasarde ses questionnements vers les spectateurs.
Sur une mise en scène sobrissime de David Gauchard, la comédienne donne du texte sans concessions de Marine Bachelot Nguyen une interprétation aux nuances dentelées, laissant tout deviner des béances de Catherine. Une femme dont la fragilité masquée fait une recrue de choix, une mère aveuglée. Qu’on n’a pas vraiment envie d’absoudre… »

 

Le théâtre du blog / 6 avril 2017 / Mireille Davidovici

Une femme s’adresse au public : « Vous savez ce que c’est d’être mère ? » Et de nous conter par le menu, la naissance de ses fils, son mariage, son métier de pharmacienne tenant boutique avec son époux. Une femme d’aujourd’hui, dans une ville de province, à la vie bien ordonnée entre famille et travail… allant à la messe le dimanche avec mari et enfants… Deux fils qui grandissent, si différents l’un de l’autre. Elle s’engage dans des mouvements catholiques traditionnalistes, et va aux manifestations contre le spectacle de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu puis ira aux marches contre le mariage pour tous. Avec le sentiment d’appartenir à une bonne société bien pensante…
Une adresse simple, factuelle. Tantôt la comédienne dit : je, tantôt elle prend du recul, avec un récit à la troisième personne. Mais banal, le personnage cerné par l’auteure s’avère complexe et cela, dès le début du récit : « Les enfants, elle était envahie par eux. Elle les aimait et les détestait. » Pétrie de contradictions et d’angoisses, elle apostrophe de temps à autre le public, en quête d’approbation : « Et vous vous allez à la messe ? » « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? » …
Au fil du récit, on sent, à la tension du jeu de la comédienne, monter le drame final. La jeune femme ne l’aura pas vu venir car, aveuglée par ses certitudes, elle est persuadée d’être dans le droit chemin, de lutter pour la bonne cause. Sa croisade contre le Mal, au nom de valeurs qui suintent la haine d’autrui, lui vaudra le pire des châtiments.
Rien de moraliste dans cette pièce, commande de la compagnie l’Unijambiste, en réponse à l’essor de l’intégrisme catholique. Une analyse froide et scrupuleuse des mécanismes à l’œuvre dans l’engrenage qui conduit à des engagements politiques nauséabonds, en toute inconscience. « Cette fiction a un fort ancrage documentaire (…) Un travail de recherche sur les mouvements catholiques intégristes en France et sur d’autres mouvements plus policés et ambigus, a accompagné et précédé l’écriture du texte, note l’auteure. »
A la précision et l’efficacité du texte, répond une mise en scène sobre et rigoureuse. Et Emmanuelle Hiron, au jeu d’une grande intensité, tient le public en haleine pendant une heure vingt. La présence d’un jeune claveciniste qui apparaît de temps à autre sur le plateau, apporte un contrechamp, une respiration dans le jeu serré et subtil de la comédienne qui, au plus près du personnage et de ses émotions, sait, en même temps, s’en tenir habilement à distance.
Cette mère de famille ordinaire, qui pourrait être notre sœur ou notre collègue, nous semble, à nous aussi, à la fois familière et lointaine. Du bel ouvrage, sans autre prétention que de nous révéler la face sombre et tragique de la bien-pensance.

 

Alter1fo.com / 5 avril 2017

Parfois, les points de départ à la création d’un spectacle émanent de nos quotidiens. C’est ce qui s’est passé pour David Gauchard, à Rennes justement. « Deux évènements ont déclenché en moi la nécessité de travailler sur ce sujet aujourd’hui : – le jour où il m’a fallu présenter une pièce d’identité pour aller récupérer ma fille à l’école maternelle en face du TNB car la rue était bloquée à cause des manifestations de Civitas à l’occasion des représentations du spectacle de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu. – le suicide en juin 2014 de Peter, jeune gay, membre de l’association Le Refuge. Après des années à mettre en scène des œuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ces haines qui deviennent ordinaires » confie ainsi le metteur en scène à la Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie.

Il opte donc pour un monologue féminin, qui mettra à jour une dérive, une pente, un penchant. Vers le rose layette glaçant de la Manif pour tous (et autres mouvements pro-life), bien loin des arcs-en-ciel à huit couleurs. Il en confie l’écriture à Marine Bachelot Nguyen, belle auteur de théâtre engagé, chargée de mettre en mots ce glissement idéologique d’une mère de famille, pharmacienne, issue de la petite bourgeoisie provinciale, qui par besoin d’inclusion/ascension sociale, trouve progressivement sa place auprès de catholiques traditionalistes et intégristes, glissant alors vers un militantisme de plus en plus exclusif. Excessif. Dans lequel elle s’épanouit. Avec aussi, peut-être un effondrement, un drame familial, qui tendent encore davantage ce monologue qu’on pressent aussi remuant qu’essentiel. Car le portrait dressé par les paroles de cette femme (apparemment) bien rangée (incarné donc par la si juste Emmanuelle Hiron) dérange. Questionne.

Comment est-ce qu’on bascule ? S’agit-il d’ailleurs d’un basculement ou plutôt d’un glissement ? Avec un texte, une mise en scène, qui montrent mais ne se posent pas en juges, David Gauchard et Marine Bachelot Nguyen essaient de mettre à jour les mécanismes de ce glissement idéologique, font confiance à la salle pour se saisir de ces questions. Volontairement d’ailleurs, en amont/en écho des futures élections. Avec, en plus, comme bien souvent, chez l’Unijambiste, une musique, ici au clavecin, dont la partition a été confiée à Olivier Mellano, qui vient se glisser entre les plis du texte. Rapprochant la pièce de l’actualité électorale, on laissera d’ailleurs les derniers mots au musicien qui concluait sa newsletter d’avril 2017 par ces mots : « Mais, même si l’on doute que ce soit entièrement à la hauteur de nos idéaux, nous essaierons de viser juste, à l’endroit du cœur, en espérant le miracle d’un retournement ou d’un rassemblement qui nous épargnerait le dégradé de haine, d’obscénité, de cynisme en embuscade. Et, plutôt que de se résigner, continuer d’envisager le miracle fût-ce un mirage. »

 

YAGG / 30 mars 2017 / Xavier Heraud

« Le Fils », ou le glissement idéologique d’une mère Manif pour tous

La pièce « Le Fils » donne la parole à une militante de la Manif pour tous. Dans un monologue puissant et empreint d’émotion, cette femme nous explique comment elle est devenue une militante passionnée de tous les combats réactionnaires de l’organisation anti-mariage pour tous. Et le prix qu’elle a payé pour cela.

Comment des gens « de bonne famille », qui n’avaient jamais manifesté de leur vie, sont-ils et elles devenu.e.s des acharné.e.s de la lutte contre le mariage pour tous ?

C’est ce « glissement idéologique » qu’a voulu décrire l’auteure Marine Bachelot Nguyen avec Le Fils, qui se joue à la Maison des Métallos à Paris jusqu’au 2 avril.3

La pièce, sous forme de monologue, donne la parole à Cathy (incarnée avec beaucoup de justesse et de force par Emmanuelle Hiron), mère de deux enfants et pharmacienne dans une petite bourgade près de Rennes. Elle n’est pas une catholique forcenée, mais s’est mariée à l’Eglise parce que c’était obligatoire pour la famille de son mari. Le dimanche, toute la famille va à la messe, un peu par automatisme, mais aussi parce que se montrer « est bon pour les affaires ». Et puis un beau jour, alors que ses enfants sont grands et qu’elle ne les comprend pas vraiment, elle entend le sermon du prêtre qui les incite à aller manifester contre la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, à Rennes, accusée de blasphème. Elle se rend à la manifestation. L’énergie de l’événement la subjugue. Puis, le mouvement catholique rennais se mobilise contre le mariage pour tous et elle s’engage corps et âme dans les protestations. C’est alors que son second fils, plus renfermé et discret que son aîné, s’éloigne de plus en plus d’elle. Elle va bientôt comprendre pourquoi…

« L’idée de la pièce vient de David Gauchard (metteur en scène et scénographe du Fils), explique l’autrice Marine Bachelot Nguyen. Il voulait faire parler une mère catholique et examiner le « glissement idéologique » qui la conduit à s’engager auprès de la Manif pour tous. Deux événements l’ont inspiré, les protestations contre la pièce de Romeo Castellucci et le suicide d’une jeune gay rejeté par sa famille, rapporté par la presse. »

Ce « glissement », Marine Bachelot Nguyen estime que c’est aux spectateurs/spectatrices de l’analyser. « Dans ce cas, le glissement est assez mince. On a choisi de ne pas la faire aller trop loin. Ce qui nous intéressait, c’était de voir comment cette catho modérée glisse parce qu’à ce moment-là il y a un vide dans sa vie. Avec cet engagement, elle réalise en quelque sorte son épanouissement de femme, presque féministe, et cela la fait bénéficier d’une ascension sociale, puisqu’elle croise désormais des femmes de chirurgiens ou d’autres notables. »

Dans la pièce, l’actrice passe constamment de la troisième à la première personne. « C’était instinctif, répond Marine Bachelot Nguyen. J’avais envie qu’elle dise parfois «je» et parfois qu’elle mette de la distance vis à vis d’elle-même.» Le personnage de Cathy brise également régulièrement le « quatrième mur » en apostrophant directement le public, comme pour dire à cette salle généralement plutôt pro-mariage pour tous, comme le note l’autrice, « êtes-vous si différents de moi? ».

Même si le portrait de cette manifestante anti-mariage pour tous se veut nuancé, il peut faire grincer des dents quelques directeurs de théâtre. L’un d’eux a en effet refusé de jouer la pièce de peur de froisser l’élue manif pour tous locale. « On a essayé de concevoir le spectacle pour qu’il s’adresse à tout le monde », plaide pourtant Marine Bachelot Nguyen, qui en dehors de son travail d’autrice, se définit comme une « militante sur les questions féministes, LGBT et décoloniales ».

Ce dernier aspect lui permet justement de mettre en perspective l’engagement des manifestants anti-mariage pour tous: «La pièce m’a permis de travailler sur la radicalisation côté catholique et côté blanc. Il faut avoir conscience qu’en France, il y a aussi des dérives du côté chrétien».

 

Spectatif.over-blog.com / 30 Mars 2017 / Frédéric Perez

Un temps de théâtre fort, un texte corrosif et digne, une interprétation impressionnante.

Dans une dignité pleine d’émotions, Catherine raconte son histoire, son déchirement irrémédiable, sa faille mortifère.

L’interprétation d’Emmanuelle Hiron est forte, puissante même, nous livrant ce texte comme une confession, un cri, un effondrement. L’émotion, la compassion et la rage nous submergent.

La mise en scène de David Gauchard sobre centre notre attention sur le texte adroit et efficace de Marine Bachelot Nguyen. Le jeu de la comédienne prévaut, accompagné par moments par la musique du jeune claveciniste Séraphin Ruiz présent sur le plateau. La musique d’Olivier Mellano nous fait penser à une forme d’élégance de la tradition, à d’autres temps que le présent, celui d’avant, celui de l’oubli.

Dates de tournées
37

représentations

CRÉATION

14, 15, 16, 17 février 2017 Théâtre de l’Union, CDN du Limousin & Théâtre Expression 7, Limoges


 

DIFFUSION

Saison 17-18

30 novembre 2017 Scène Nationale d’Aubusson

24 mai 2018 DSN, Dieppe Scène Nationale

 

Saison 16-17

28 mars-2 avril 2017 La Maison des Métallos, Paris

6 et 7 avril 2017 Festival Mythos, L’Aire Libre Rennes

3, 4, 10, 11, 12, 13 mai 2017 Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry

6-26 juillet 2017 La Manufacture, Avignon festival off

L'affiche
VIDEO - Avignon 2017 / "Le Fils" présenté par David Gauchard

Sul concetto di volto nel Figlio di Dio

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