Le fils

De vos enfants, êtes vous fiers ?

Elle a la tête dans la Manif.

Le corps et la peau dans la Manif, l’âme et la chair dans la Manif, le cerveau et la moelle dans la Manif.

Et tout autour, elle ne voit rien.

C’est l’histoire d’une femme de nos jours, issue d’une petite-bourgeoisie provinciale, pharmacienne, qui par l’intermédiaire de son mari, est amenée à fréquenter des catholiques traditionalistes, dont le discours radical semble l’attirer. Par souci d’intégration et d’élévation sociale, elle en vient à se rendre plus assidument à la messe, à lutter contre des spectacles blasphématoires, à s’engager dans des groupes anti-avortement ou anti-mariage homo. Elle s’épanouira dans ce militantisme, tentera d’embrigader ses proches et ses enfants dans ce qu’elle considère comme l’aventure la plus excitante de sa vie. C’est l’histoire de son glissement idéologique, de son aveuglement.

Texte

Marine Bachelot Nguyen

Idée originale, mise en scène et scénographie

David Gauchard

Avec

Emmanuelle Hiron

Collaboration Artistique Nicolas Petisoff 

Création lumière Christophe Rouffy

Régie lumière Alice Gill-Kahn

Son Denis Malard 

Musique Olivier Mellano 

Enregistrement clavecin Bertrand Cuiller

Voix Benjamin Grenat-Labonne

Réalisation du décor  Ateliers du Théâtre de l’Union

Photos spectacle Thierry Laporte

Photo affiche Léonid Andréiev

Graphisme Yann Black

Année de création > 2017

Durée > 1h10

Texte publié chez Lansman

 

Production > L’unijambiste

Coproduction > Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin 

Soutiens > Théâtre Expression 7, Limoges – Théâtre de Poche, scène de territoire Bretagne Romantique & Val d’Ille, Hédé – L’Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande – Fonds SACD Musique de Scène 

 

Merci aux jeunes clavecinistes Séraphim Ruiz, Melchior Mourlon-Caffin, Zacharie Brunel, Mathis Dusserre et Andréas Fabre

Revue de presse

Théâtral Magazine / Avril 2019 / Hélène Chevrier

Un fils pour tous

Une femme vient nous raconter comment elle s’est retrouvée enrôlée dans les mouvements cathos proches de l’extrême droite qui luttent contre les avancées de la société telles que l’avènement du mariage pour tous et ses conséquences sur sa famille. Au départ, c’est un mélange d’ennui, de manque d’amies et de besoin de reconnaissance pour cette jeune pharmacienne qui élève ses deux fils avec amour tout en travaillant dur. Une invitation par des notables de la ville la flatte, elle sympathise, adopte leurs idées et se retrouve dans la rue à militer. Et quand elle découvre que son propre fils est homosexuel elle ne réalise pas son désarroi et le mal qu’elle peut lui faire… 
Entre confession et récit, Emmanuelle Hiron interprète cette femme avec beaucoup de douceur, presque de la candeur de sorte qu’on l’écoute sans s’arcbouter contre ses engagements. Seule en scène, elle s’interrompt de temps en temps pour jouer comme son fils de l’épinette. La compassion qui nous envahit force l’écoute mais aussi la réflexion. C’est tout l’intérêt de ce texte contemporain de Marine Bachelot Nguyen qui a su traiter d’un phénomène de société toujours très épidermique avec beaucoup d’intelligence.

 

La Croix / 5 avril 2019 / Jeanne Ferney

Une foi aveugle

L’intégrisme catholique s’invite sur scène avec Le fils, monologue d’une mère en guerre contre le « péril homosexuel », sourde à la détresse de son enfant.

Dur métier que celui de mère de famille. Bien plus exigeant aux yeux de Catherine que celui de pharmacienne. Derrière son comptoir, elle n’a pas vu les années défiler. Ses deux garçons sont devenus grands, moins disponibles. Son mari n’est pas très présent. Reste le « rituel partagé » de la messe en famille, où ils se retrouvent. Catherine catholique par tradition, se découvre une ferveur insoupçonnée lorsque des catholiques de son village, dénoncent une pièce jugée « blasphématoire » : Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Romeo Castellucci.

Catherine ne l’a pas vue mais se mobilise. Bientôt la loi Taubira se profile et galvanisée par son sentiment d’appartenance à un groupe, elle rejoint « La manif pour tous ».

De discours en réunions, les mots et le corps de Catherine se raidissent. Elle s’inquiète du « péril homosexuel », repousse moins fermement les thèses du Front national. Et ne voit rien de la détresse d’un de ses fils, étrangement silencieux.

Les dérives idéologiques inspirent le théâtre contemporain. Rares cependant sont les pièces sur la radicalisation catholique. Sans éviter certains clichés, Marine Bachelot Nguyen a composé un texte habile, sur ce sujet complexe. Seule sur scène, Emmanuelle Hiron – nommée aux Molières 2019 – s’empare avec aisance de ce personnage, moins porté par ses convictions qu’en panne de sens à l’existence. Le fils tient sur le fil de sa parole et plus encore de son corps, palimpseste de frustrations et de regrets.

 

Causette / avril 2019 / S.G

Perdue en mère.

Pour Catherine, pharmacienne bretonne, tout commence avec un rassemblement devant le théâtre de Rennes où se joue la pièce supposément blasphématoire de Romeo Castellucci. Agenouillée par terre, les bras en croix, elle vibre. Elle rencontre d’autres femmes comme elle. Motivées. Des catholiques, ferventes, qui comptent bien faire entendre leur voix. Catherine rejoint le mouvement. Très vite, elle arrête de vendre la pilule du lendemain dans son officine. Et quand vient la Manif pour tous, elle bat ardemment le pavé. Un papa, une maman. Jusqu’au jour où elle aperçoit Cyril, son fils chéri, en train d’embrasser Thomas. Son monde s’écroule. La honte la gagne. Comment concilier ses convictions et son amour maternel ? Elle est écartelée. Ce texte, écrit sur la base d’un travail documentaire par Marine Bachelot Nguyen à la demande du metteur en scène David Gauchard, est interprété avec une intense émotion par la comédienne Emmanuelle Hiron. Un jeu dense et resserré qui permet d’aller voir, pour une fois, de l’autre côté de la rive.

 

L’Oeil d’Olivier / 27 mars 2019 / Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Avec un détachement feint, presque une absence, Emmanuelle Hiron porte magistralement les mots de Marine Bachelot Nguyen, ceux d’une mère catholique en perdition, enfermée dans ses dogmes religieux et dans sa petite vie étriquée de bourgeoise de province, qui ne voit pas que sa radicalisation pousse son fils homosexuel à commettre l’irréparable. 

Une faible lumière éclaire, au centre de la scène, une sorte de clavecin en bois brut. Une silhouette se glisse non loin. C’est celle de Catherine. Tenue stricte, Chemisier bleu layette, cintré, chaussures plates, cette pharmacienne d’une quarantaine d’années se tient droite, hiératique. Visage affable, chignon sage, elle a tout pour être heureuse, un mari gentil, un commerce qui prospère, deux fils, Anthony l’ainé et Cyril le benjamin, qu’elle aime avec tendresse.

Catholique par tradition plus que par conviction, elle va à la messe en famille tout les dimanches. Ça se fait quand on est notable dans les petites villes de province. C’est important de se montrer, pour les clients, pour l’image. La vie glisse tranquille. Certes, son second accouchement a été plus difficile, il a fallu lui faire une césarienne, mais rien de bien grave. Cyril est moins expansif que son frère ainé, plus solitaire, pas de quoi s’inquiéter. C’est son enfant, elle le chérit.

Tout bascule par un beau dimanche d’automne. Suivant les prédications du prêtre de sa paroisse, elle se retrouve à manifester contre la représentions au théâtre de Rennes de la pièce de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu, considérée, comme blasphématoire par certains catholiques ultra, dont font partie les gens de Civitas. Grisée par la foule, par cette communion d’âmes transcendantales, par la présence de beaucoup de notables, elle s’enflamme, s’embrase et devient un pilier de cette France réfractaire, fanatique. Elle est de toutes les manifs contre le mariage pour tous, contre la procréation médicale assistée (PMA), une vraie passionaria de ce relent nauséabond de « cul bénit ».

Mais voilà, elle ne voit pas que son benjamin, lui échappe, qu’il se referme sur lui-même. Il y a bien des indices, une sensibilité et une curiosité plus exacerbées, une amitié particulière, singulière avec Thomas, un de ses camarades. Aveugle, elle refuse de prendre conscience d’une réalité qui la dérange, qui ne va pas dans le beau tableau qu’elle s’est mentalement construite. Son fils est homo. Sa ferveur, son incapacité à gérer de front son instinct de mère face à ses convictions de plus en plus radicales, vont le conduire à la pire des extrémités. Le drame est là en filigrane, il ne demande qu’à éclater.

Face aux déferlements de haine qu’a engendrée le mouvement bien mal nommé la « manif pour tous », et notamment à Rennes, David Gauchard propose, à l’auteure Marine Bachelot Nguyen, d’aller à la rencontre des adolescents du Refuge, association qui recueille les jeunes rejetés par leur famille en raison de leur orientation sexuelle, afin d’essayer de comprendre comme d’aimante, attentionnée, une mère peut céder aux sirènes du fanatisme quitte à pousser la chair de sa chair dans ses derniers retranchements et commettre l’irrémédiable.

De cette matière riche, la jeune dramaturge tire un texte puissant, bouleversant, qui malgré certaines facilités, saisit d’effroi le spectateur, attrape sa conscience. Mêlant habilement confessions intimes et récits impersonnels, elle nous plonge au plus près des errances de cette mère qui perd pied entre croyances et élans de son cœur. Si parfois l’incongruité quelque peu outrancière de certaines de ses réactions prête à sourire, le récit prend aux tripes et montre à quel point l’endoctrinement religieux est un danger, un poison d’une rare violence, d’une barbarie innommable.

Avec justesse, finesse, s’appuyant sur la sobre et ingénieuse mise en scène de David Gauchard, Emmanuelle Hiron insuffle crescendo une profondeur poignante à cette partition en dentelle. Si elle paraît absente au début, ne semblant pas croire les mots qu’elle débite machinalement, elle donne imperceptiblement corps à cette mère en désarroi. Elle ne l’excuse pas, mais montre ses failles, ses fêlures avec une délicatesse troublante.

Construit sur le ton d’une conversation avec le public, Le fils a le mérite de ne pas juger, mais de tenter d’appréhender les mécanismes qui poussent à la radicalisation, à la négation de l’autre, au rejet d’une mère pour son enfant tant aimé, oubliant sans vergogne les sacro-saints principes de la religion catholique.  une belle gageure !

 

Le Monde / 22 mars 2019 / Brigitte Salino

Emmanuelle Hiron, dans la peau d’une pasionaria

Elle est coiffée sagement, elle se tient droite et porte des chaussures plates. Elle, c’est la femme qu’incarne Emmanuelle Hiron, au Théâtre du Rond-Point à Paris : une femme catholique, mère de deux garçons nés au début des années 1990, qui tient avec son mari une pharmacie près de Rennes. Sa vie s’enflamme quand elle se lance dans le combat contre le mariage pour tous et la procréation médicale assistée (PMA). De sage, elle devient pasionaria. Se radicalise dans sa foi…

Comment en arrive-t-on là ? C’est la question que pose avec finesse et fermeté une jeune auteure, Marine Bachelot Nguyen dans Le Fils, un monologue interprété avec une justesse remarquable par Emmanuelle Hiron.

 

Les Inrocks / 20 mars 2019 / Fabienne Arvers

Spectacle à ne pas manquer

Etrange mise en abîme que cette création du Fils de Marine Bachelot Nguyen mis en scène par David Gauchard au théâtre du Rond-Point (du 19 mars au 14 avril). On se souvient dans ce même théâtre d’une représentation sous haute-surveillance policière d’un spectacle de Rodrigo Garcia, Golgota Picnic, en 2011, face aux manifestants de Civitas qui voulaient l’empêcher. Ils avaient fait de même avec un spectacle de Romeo Castellucci au théâtre de la Ville, Sur le concept du visage du fils de DieuLe Fils opère une plongée dans une famille bretonne qui cède aux sirènes nauséabondes de Civitas en suivant l’itinéraire de Catherine, pharmacienne, dont le fils aîné se laisse entraîner au Front National. A travers le monologue de Catherine, interprétée par Emmanuelle Hiron, on la voit suivre un prêtre qui manifeste contre le spectacle de Romeo Castellucci et, de fil en aiguille, se radicaliser. Refuser de vendre des produits contraceptifs, rejoindre la Manif pour tous, pourfendre l’homosexualité. Le drame guette.

 

Théâtral Magazine / mars-avril 2019 / Hélène Chevrier

« Le Fils », une histoire presque vraie

Quand David Gauchard commande le texte du fils à Marine Bachelot Nguyen, il a en tête une histoire qui lui est arrivée.

Il habite Rennes avec sa femme et sa fille. Cette dernière est scolarisée dans l’école en face du Théâtre National de Bretagne. Un jour qu’il va la chercher comme d’habitude, il se heurte à une manifestation visiblement contre le théâtre « Les gens étaient allongés par terre les bras en croix, ou à genoux en train de prier en direction du théâtre pour que le spectacle de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu n’ait pas lieu. Et dans la même semaine, une énorme manifestation a lieu boulevard de la Liberté à Rennes affirmant que la France est chrétienne et elles doit le rester ». Quelques mois plus tard, le spectacle de Rodriguo Garcia Golgotha Picnic s’est lui aussi attiré les foudres des chrétiens intégristes. « Et l’année d’après c’était la manif pour tous dans toutes les villes de France ». De surcroît, un de ses amis le culpabilise de ne pas aller à la contre manif. « Ma façon de protester ce n’est pas forcément de battre le pavé. Mais à force d’y penser, de voir des pharmaciennes qui refusaient de délivrer la pilule du lendemain, j’ai fini par me dire que j’étais aussi concerné même en tant qu’hétérosexuel. J’ai alors décidé de m’engager dans une fiction. » Le choix du personnage de la mère qui bascule imperceptiblement à droite s’impose assez vite. « Je ne voulais pas travailler sur quelqu’un d’ultra. Je voulais au contraire une femme modérée. Je viens d’une famille plutôt de gauche et je sais comment on peut glisser politiquement » Ce sera une pharmacienne « qui avait envie d’une forme d’ascension sociale et ne pas être dans l’ombre de son mari, l’éducation de ses enfants et la boutique » . Cette femme qui n’est pas particulèrement croyante, qui souffre un peu de ne pas avoir d’amis, se laisse entraîner par des femmes de notables qui lui donnent de l’importance et l’impression d’exister. Elle s’en fait des amies, fait siennes leurs idées et leurs combats et se retrouve embringuée dans la manif contre le spectacle de Castellucci puis dans celles contre le mariage homosexuel. Ce faisant, elle ne relève pas le changement d’attitude de son plus jeune fils. Il commence à se détacher d’elle, il ne l’embrasse plus.On soupçonne qu’il est homo et qu’il vit mal l’engagement de sa mère, on pressent l’insupportable…
Seule en scène, c’est la mère qui vient raconter son histoire. Toute en sensibilité. Parce qu’il ne s’agit pas de la stigmatiser, d’en faire une militante d’extrême-droite.
« C’est un texte de réparation. Le théâtre que je fais depuis toujours est très frontal. On s’adresse au spectateur, on veut le bousculer, l’ébranler, qu’il ne soit pas seulement spectateur mais aussi acteur. » C’est autant plus prenant que les événements traversés par cette mère et son fils, nous les avons vécus…

 

Telerama / 6 mars 2019 / Emmanuelle Bouchez

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Succès du Off d’Avignon en 2017, Le Fils met les pieds dans le plat d’une question douloureuse – la radicalisation des points de vue catholique. Complexe et se refusant à toute forme de manichéisme, le spectacle s’adresse à un large public. L’auteure Marine Bachelot Nguyen, a qui le metteur en scène David Gauchard a passé commande, y dénonce les mécanismes de l’embrigadement traditionaliste, mais y dépeint aussi une femme en souffrance. Seule en scène, Emmanuelle Hiron est ainsi la subtile interprète d’une descente aux enfers maternelle. Elle incarne la pharmacienne d’un petit bourg près de Rennes. L’histoire commence avec les manifestations agressives d’associations extrémistes catholiques, à l’automne 2011, contre une pièce de théâtre – pourtant d’une grande intensité spirituelle – qu’elles n’ont même pas vue; Sur le concept du visage du Fils de Dieu, de Roméo Castellucci. La pharmacienne est ensuite invitée par « la femme du chirurgien » à rejoindre des associations anti-avortement. Pendant ce temps, ses deux fils adolescents s’opposent…jusqu’au drame. La mère se débat entre ses convictions et l’amour qu’elle leur porte. Le portrait du jeune fils, claveciniste, est poignant. Pas de happy end, mais l’espoir d’une prise de conscience ?

 

La Terrasse / 28 février 2019 / Anaïs Heluin

Alors que l’islam cristallise tous les débats sur l’extrémisme religieux, David Gauchard et sa compagnie L’Unijambiste s’intéressent à l’intégrisme catholique. Interprété par Emmanuelle Hiron, Le Fils est une passionnante fiction sur les mécanismes de la radicalisation. 

La religion pour elle, c’est d’abord un ensemble de rituels réalisés en famille. Une sorte de ciment entre les générations et une manière de participer à la vie de Châteaugiron, petit village situé près de Rennes où elle vit avec son mari et ses deux enfants. Autrement dit, l’unique protagoniste du Fils est « moyennement praticante ». Certes « à l’aise dans les églises », mais loin de ne jurer que par Dieu. Elle se demande souvent comment elle a glissé « du comptoir de la pharmacie à la morsure froide du pavé. Du perron de l’église au boulevard de la Liberté ». Commandé par David Gauchard à Marine Bachelot Nguyen, portée sur les questions féministes et postcoloniales, cette pièce est la tentative de reconstitution d’une dérive. Le monologue d’une femme tombée dans le radicalisme religieux sans s’en apercevoir. Par faiblesse et désir d’intégration sociale davantage que par conviction. A la hauteur de cette passionnante partition, la comédienne Emmanuelle Hiron incarne la pensée trouble de la protagoniste suite à un drame que le titre laisse présager. Ses labyrinthes et ses failles, qui empêchent l’expression de tout repentir. David Gauchard a l’art de l’intranquillité : ne s’arrêtant jamais sur une idée ni sur un sentiment définitif, le crépuscule du Fils dérange. Il inquiète.

Entre gravité et humour

Seule sur un plateau circulaire en bois clair où est installé un clavecin de la même couleur, la comédienne n’a pourtant a priori rien d’effrayant. Elégante sans être guindée, elle a l’allure neutre d’une femme moderne. Banale. Le basculement idéologique que relate la pièce tient donc presque entièrement dans la parole, à peine interrompue à trois reprises par l’entrée en scène d’un jeune garçon et par le son aigu du clavecin dont il joue sans rien dire. L’air spectral. Le récit oscille entre le « je » et le « elle ». Entre gravité et humour. Avec une lenteur qui traduit l’effort fourni par son personnage pour mettre des mots sur les faits, Emmanuelle Hiron passe d’un type de discours à un autre avec une aisance remarquable. Elle s’adresse parfois au public avant de reprendre le fil de sa méditation confuse, pleine de souvenirs du rassemblement contre le spectacle Sur le concept du visage de Dieu de Roméo Castelluci, de Manifs pour tous et de réunions plus informelles avec les épouses des notables des environs, mais aussi de détails intimes. Car c’est bien connu, le diable se loge dans les détails.

 

Télérama / 21 juillet 2017 / Emmanuelle Bouchez

Avignon 2017 : nos dix coups de coeur du Off

« Mille spectacles, mille émotions » résume le slogan du Off 2017… 1 480 chemins possibles pour arriver au bonheur, devrait-on même préciser. Voici la liste de nos coups de cœur livrée pile avant la dernière semaine de Festival. Le fruit de nos pérégrinations échevelées, de nos fouilles minutieuses, dans ce programme si débordant qu’on aura toujours l’impression de n’avoir rien vu ! Les actrices auront été de formidables ambassadrices cette année : de Lina El Arabi, campant une résistante kurde dans la bataille de Kobané (Mon Ange) au Chêne Noir à Emmanuelle Hiron, dans le rôle d’une mère au bord du gouffre qu’elle s’est elle-même creusé (Le Fils, à La Manufacture)… Mais on a surtout le sentiment que le théâtre, dans le Off comme dans le In, bruisse des malheurs du monde… Migrants, crise économique, dialogue « jeunes-vieux ». De sacrés performeurs, québécois notamment (Dave Saint-Pierre ou la bande du NoShow), viennent aussi à Avignon pour nous secouer les puces…

[…]

Numéro 5 – « Le Fils », amour, famille, tradi

Portée par le texte percutant de Marine Bachelot NGuyen, la pièce de David Gauchard ausculte les mécanismes du glissement vers la radicalisation religieuse d’une femme, pharmacienne de province subtilement incarnée par Emmanuelle Hiron, que ses nouvelles convictions vont peu à peu éloigner de ses propres enfants.

Après sa création par le metteur en scène David Gauchard au Centre Dramatique de Limoges, en février dernier, Le Fils intéresse les pros comme les amateurs d’Avignon. Car il met les pieds dans le plat d’une question douloureuse – la radicalisation des points de vue sur l’évolution des mœurs, renforts religieux à l’appui – en la traitant du côté catholique. Le spectacle frappe fort parce que le texte, complexe et pas d’un « noir ou blanc » qui empêcherait toute nuance, voire toute identification, peut parler à un large public… aux plus ardents défenseurs de la loi Taubira sur le mariage homosexuel comme aux autres, sympathisants occasionnels de la Manif pour tous. Bien joué : à quoi pourrait servir de ne s’adresser qu’aux convaincus ?

Le projet de l’auteure Marine Bachelot NGuyen, à qui le metteur en scène a passé commande, est certes de dénoncer les mécanismes de l’embrigadement dans le traditionalisme, mais elle y dépeint aussi une femme en souffrance ne laissant indemne ni le public ni… l’actrice elle-même. Seule en scène – un jeune claveciniste amateur la rejoignant à l’occasion –, la comédienne Emmanuelle Hiron est ainsi la subtile interprète d’une descente aux enfers de l’amour maternel. En chemisier ceinturé dans le jean, elle incarne, pile en bord de scène, la pharmacienne d’un petit bourg des alentours de Rennes. D’une notabilité relative en comparaison avec le chirurgien que son mari « rêverait » de fréquenter…

Le traditionalisme catholique, une nouvelle direction sociale pour celle qui voit ses enfants grandir

Tout commence avec les manifestations très agressives d’associations extrémistes catholiques parties en guerre, à l’automne 2011, contre un spectacle qu’elles n’avaient même pas vu (Sur le concept du visage du Fils de Dieu de Romeo Castellucci, d’abord présenté avec succès dans le In d’Avignon, d’une grande intensité spirituelle). Pratiquante par habitude, voilà la pharmacienne bientôt happée par la ferveur de ces militants et invitée par « la femme du chirurgien » à rejoindre des associations anti-avortement. Une nouvelle direction de sa vie sociale en somme, pour celle qui voit ses enfants grandir… Ses deux fils adolescents, justement, s’opposent de A à Z… C’est par eux que le drame arrive. Etape après étape, le récit raconte l’aveuglement puis la révélation d’une altérité dans la famille. La mère se débat entre convictions et amour immense. Le portrait de son jeune fils dessiné en creux, dont on aperçoit la silhouette fugace en musicien, est poignant. Pas de happy end ici, mais l’espoir d’une conscience nouvelle ? Peut-être…

 

Le masque et la plume – France Inter / 23 juillet 2017

Le conseil de Charlotte Lipinska

J’ai découvert un texte très fort d’une jeune auteure Marine Bachelot Nguyen, c’est Le Fils à La Manufacture. Il s’agit d’une pharmacienne de province en Bretagne qui va à la messe tous les dimanches par tradition ou pour entretenir un rapport social et qui va peu à peu se retrouver sur la pente très dangereuse de l’intégrisme jusqu’à grossir les rangs de la Manif pour Tous. Le texte est incroyable, il démonte les mécanismes psychologiques et sociaux qui font pencher vers l’intégrisme. Alors évidemment comprendre ce n’est pas acquiescer mais le texte donne vraiment aussi de quoi affûter ses armes pour le combat. 
C’est porté par une comédienne merveilleuse Emmanuelle Hiron et c’est à La Manufacture.

 

Théâtre(s) / n°10 – été 2017 / Jean-Pierre Han

David Gauchard a été bien inspiré de demander à Marine Bachelot Nguyen de lui écrire un texte qui mettrait au jour les mécanismes d’aliénation d’une personne au coeur de notre société d’aujourd’hui. Belle commande semée d’embûches dont la jeune auteure qui d’ordinaire s’occupe elle-même de ses propres textes s’acquitte avec efficacité. Il faut dire que l’entente entre elle et son commanditaire a été parfaite, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre d’alliance. Marine Bachelot Nguyen s’est attachée à la vie d’une femme, non pas décrite de l’extérieur mais saisie dans son mouvement intime, et qui est sans nul doute son exact opposé. C’est à dire une personne qui va devenir une militante active de la Manif pour tous. Il lui a fallu faire un travail de recherche et de documentation important, mêlant le tout à ses propres souvenirs vécus de l’autre côté de la barrière. Voilà donc le portrait d’une pharmacienne d’une petite ville de l’Ouest, de ses études au cours desquelles elle rencontre son mari, lui aussi pharmacien, de la naissance de leurs deux garçons aux caractères diamétralement opposés l’un de l’autre, de sa vie quotidienne d’un vide qui se comblera progressivement avec son activité au sein de la Manif pour tous, jusqu’au drame final, à savoir la découverte longtemps refoulée de l’homosexualité de son fils, Le Fils, celui qui sera acculé à la mort. L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à décrire la vie de son personnage sans jugement, de manière quasiment clinique, et en lui donnant la parole : c’est elle qui se raconte, parlant d’elle-même à certains moments à la troisième personne du singulier avec quelques questions posées au public : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? « .

David Gauchard nous restitue le texte dans sa simplicité, épousant à la perfection le rythme de l’écriture avec ses différents tempo. Sur un petit plateau circulaire Emmanuelle Hiron, superbe de tension intérieure, raide de la raideur de ceux qui s’acharnent à refuser ce qui est de l’ordre de la vie réalise une performance de première grandeur seulement ponctuée de quelques brèves interventions musicales au clavecin.

 

Politis / n°1451 – du 27 avril au 3 mai 2017 / Anaïs Heluin

Dérapage catholique

Dans une mise en scène de David Gauchard, Emmanuelle Hiron interprète avec une belle sobriété Le Fils, de Marine Bachelot Nguyen. Un monologue remarquable sur une radicalisation religieuse.

Elle n’a pas vu le beau visage pâle du Christ installé en fond de scène sur une toile immense. Ni le vieil homme malade, diarrhéique et incontinent, qui souille le plateau aux allures d’appartement chic et design. Elle n’a même pas eu l’idée d’aller vérifer par elle-même la véracité des propos tenus par ses amis au sujet de la pièce de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage de Dieu. Épouse du propriétaire de la pharmacie où elle travaille, mère de deux garçons, l’unique personnage du Fils va pourtant manifester à Rennes sur le boulevard de la Liberté.

« Non au blasphème ! Christ caillassé, chrétiens insultés ! Touchez pas à Jésus ! » Au milieu de croix géantes et de crucifix, les slogans émeuvent l’apothicaire, qui se contentait jusque-là d’une pratique religieuse routinière héritée de ses parents. De messe en réunion, une ferveur nouvelle s’empare d’elle, qui débouchera sur un drame.

Alors que, sur scène comme ailleurs, l’islam cristallise tous les débats sur l’extrémisme religieux,

David Gauchard et sa compagnie L’Unijambiste osent s’intéresser à l’intégrisme catholique qui, il n’y a pas si longtemps, se donnait en spectacle pendant la Manif pour tous. Comme l’Allemand Marius Von Mayenburg dans Martyr (2012), une des rares pièces contemporaines consacrées au sujet, le metteur en scène opte pour le récit d’une dérive sectaire par la personne concernée elle- même. Non plus un lycéen mal dans sa peau, mais une femme de la moyenne bourgeoisie bretonne.

Commandé à l’auteure dramatique Marine Bachelot Nguyen, portée sur les questions féministes et postcoloniales, Le Fils offre à la comédienne Emmanuelle Hiron une passionnante partition. Seule sur une scène circulaire en bois clair où se dresse un clavecin de la même couleur, la comédienne commence par s’adresser au public. « Vous le savez, ce que c’est d’être mère ? […] On parle toujours du bonheur d’être mère, rarement des déchirures, ces cicatrices que gravent les enfants dans la chair. »

La folie religieuse s’ancre dans l’intime et se referme dessus. La protagoniste du Fils n’est pas pour autant un esprit avide de dogme, du moins pas de manière explicite. C’est là toute la force du spectacle de David Gauchard. À peine interrompue par quelques airs de clavecin joués par un jeune garçon aux manières fantomatiques, la parole tout en digressions du Fils donne à voir une femme dans ses faiblesses et ses contradictions. Dans sa difficile quête d’amour et d’ancrage social, décisive dans son basculement vers une idéologie fondée sur le rejet de l’Autre.

Emmanuelle Hiron excelle à rendre l’inquiétante banalité de son personnage. Elle oscille entre le«je»et le«elle»,passe de la gravité à l’humour sans changer de ton ou presque. La carrière, l’éducation des enfants, sa relation conjugale… Les inquiétudes qu’elle exprime sont celles de n’importe qui, de même que son jean et sa chemise. Le glissement du Fils est d’autant plus troublant qu’il loge dans les mots et les habits de tous les jours. Derrière les sourires les plus réconfortants.

 

Le Canard Enchaîné / 12 avril 2017 / Mathieu Perez

Comment Catherine, pharmacienne du côté de Rennes, catho, mère de deux garçons, a t-elle sombré dans le fanatisme ? Tout démarre avec la polémique déclenchée par la pièce  » Sur le concept du visage du fils de dieu », de Roméo Castellucci, jugée blasphématoire par les ultras-cathos. Sur les conseils d’un prêtre, Catherine manifeste et découvre alors le militantisme.

Touche pas à mon Christ !

Puis, avec la Manif pour tous, contre la loi Taubira, elle s’investit à fond. Cette femme, c’est Emmanuelle Hiron. Elle est la militante exaltée et narratrice. Calme, vite au bord des larmes, elle est plus vraie que nature, et l’histoire qu’elle nous raconte est rythmée durant 1h20, par des interludes joués au clavecin par un ado.

Ce monologue écrit par Marine Bachelot Nguyen et mis en scène par David Gauchard pourrait être manichéen. Il ne l’est pas. Ce portrait de femme et de mère de famille est complexe. Si sa résurrection dans les bras de Jésus lui donne le sentiment d’y voir plus clair, elle reste aveugle face au virage vers le FN de son fils aîné et à l’homosexualité de son cadet. Elle lui sort, même à lui, tout un baratin pour le convertir à la cause de la Manif pour tous, anti-homos et pleine de FN ! Une fois n’est pas coutume.

 

L’Humanité / 10 avril 2017 / Gérald Rossi

Au nom de la mère, du fils et de l’intégrisme 

David Gauchard dirige Le fils, un texte de Marine Bachelot Nguyen sur une dérive dans les brumes de la droite extrême, avec Emmanuelle Hiron. Saisissant.

Froid comme une chapelle. Propre. Net. Sobre. Un cercle de bois clair, comme pavé, occupe le centre du plateau. Au bord, un clavecin. De bois clair aussi. Et un siège. Et des lumières jaune doré (de Christophe Rouffy) qui délimitent cet espace. Tour à tour, cette piste sera la rue, l’intérieur familial, la pharmacie, l’église, ailleurs. La neutralité est parfaite. Pour résonner de propos qui ne le sont pas.
David Gauchard, qui a commandé le texte à Marine Bachelot Nguyen, a conçu un décor minimal pour cet objet théâtral aux prises avec l’actualité récente et présente. Même si traitée par une microfacette. De celles qui aveuglent le plus, parfois. « Après des années à mettre en scène des oeuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ses haines qui deviennent ordinaires », explique David Gauchard. D’abord, la femme est jeune. Face au public, elle raconte simplement sa vie d’étudiante en pharmacie. La rencontre avec celui qui deviendra son époux. Ses émois sentimentaux, physiques. Pudique. Elle dit « je » et d’autres fois « elle » pour parler d’elle. Tout le temps. Puis la femme devient mère. Deux garçons surviennent. Très vite leurs caractères apparaissent opposés. L’un est doux rêveur, l’autre sportif et bagarreur. Pas de quoi fouetter un garçonnet.

Maintenant, la mère, diplôme en poche, exerce dans l’officine de son époux, dans cette petite ville de la Bretagne profonde. Les notables y forment comme une caste. Dans le milieu catholique. Pratiquant. Elle, la mère, parce que le père est assidu à la messe, l’y suit. Avec les garçons. Des relations se nouent. L’encens a des fragrances d’intégrisme. De plus en plus affirmé. L’heure est à la Manif pour tous. Avec ses nouvelles « copines » (on ne dit pas ainsi entre gens de ce monde), elle participe aux rassemblements « contre le mariage homo, contre la loi Taubira ». La pharmacienne hurle qu’il faut aux enfants « un papa et une maman ». Elle dit aussi que, l’homosexualité, ça doit se soigner. Remugles nauséabonds.

« Mon défi d’auteure, explique Marine Bachelot Nguyen, a été d’entrer dans la logique d’un tel personnage, sans diabolisation ou condamnation préalable, en m’intéressant au processus qui se joue à travers. » Et c’est réussi. Le portrait que défend avec brio Emmanuelle Hiron est crédible de bout en bout. La comédienne ne force jamais le trait, ne perd pas la crédibilité du personnage, et c’est troublant. Car effectivement, à travers elle, c’est tout un processus qui est interpellé. Comment une femme , au départ ordinaire, disons d’une droite quelconque, peut glisser, s’enliser jusqu’à ne plus voir qu’autour d’elle vacille tout un monde, et que ses deux ados sont dans la tourmente. Entre deux « prières de rue avec des veilleurs », le refus de vente de moyens contraceptifs « Oh ! Désolé je n’en ai plus » , les vitupérations répétées contre les pédés, l’avortement, et la banalisation des idées d’extrême droite – « Puisque les Machin votent Le Pen, des gens si bien, c’est que ce que ce doit pas être si mal que cela… » – , la pharmacienne perd pied. Sans en prendre conscience. A la fin, il sera trop tard. La démonstration est implacable. Et seule la mise en scène, ponctuée par de fugaces et jolies interventions au clavier du jeune Séraphim Ruiz, apporte un peu d’humanité et de couleurs d’espoir.

 

Sceneweb.fr / 31 mars 2017/ Stéphane Capron

La nouvelle pièce de Marine Bachelot Nguyen, Le fils, mise en scène par David Gauchard, tombe au bon moment dans cette période de campagne électorale. Elle dénonce la dérive moralisatrice de la France d’aujourd’hui. La pièce est incarnée avec force et finesse par Emmanuelle Hiron.

Plusieurs évènements dans l’actualité ont poussé David Gauchard à passer commande de cette pièce à l’auteure Marine Bachelot Nguyen. Les manifestations des catholiques intégristes contre les représentations de Sur le concept du visage du fils de Dieu de Roméo Castellucci devant le Théâtre National de Bretagne en 2011, la mort d’un jeune homosexuel abandonné par ses parents qui souhaitaient l’exorciser, et la Manif pour Tous contre la loi Taubira. Avec cette matière, Marine Bachelot Nguyen dresse le portrait d’une mère catholique pratiquante, pharmacienne, confrontée à la découverte de l’homosexualité de l’un de ses fils Cyril.

Sur le plateau circulaire tout en marqueterie, trône un clavecin sur lequel joue de temps en temps un jeune garçon. Emmanuelle Hiron incarne cette femme. Elle est à la fois le personnage et la narratrice de l’histoire – qui par moment s’avance vers public pour le questionner. « Vous y allez à la messe ? », « Vous parlez de sexualité avec vos enfants ? ». Elle est encore plus éblouissante que dans Les Résidents (la précédente création de la compagnie L’Unijambiste), car ici elle incarne la haine dissimulée du discours des pourfendeurs du retour de la morale en France.

Le texte engagé de Marine Bachelot Nguyen est une succession de faits accablants, glaçants, horribles. Les slogans haineux et racistes entendus pendant la Manif pour Tous précipitent le jeune fils vers l’inéluctable. « J’ai engendré un fils anormal » ose dire la mère lorsqu’elle découvre l’histoire d’amour entre Cyril et Thomas. La mise en scène en finesse de David Gauchard (avec des très beaux éclairages de Christophe Rouffy) laisse la plume de Marine Bachelot Nguyen appuyer là où ça fait mal, sans en rajouter. Une écriture nécessaire, éclairante et brillante.

 


Ouest France Normandie / 17 avril 2019 / Laurent Neveu

Emmanuelle Hiron, d’Alençon aux Molières

A 41 ans, la comédienne alençonnaise obtient une belle reconnaissance des professionnels, en étant nommées aux Molières. 
Son parcours a démarré à Alençon, avant de passer par Caen.

Portrait :

« On peut jouer les monstres »
Emmanuelle Hiron le démontre avec brio. Son interprétation saisissante et tout en nuances d’une pharmacienne qui glisse vers la radicalisation catholique lui vaut d’être nommée aux Molières, dans la catégorie seul(e) en scène.
Si elle a joué Le Fils au Théâtre du Rond-Point à Paris depuis la mi-mars et jusqu’au 14 avril, c’est à Alençon qu’a démarré le parcours de cette comédienne de 41 ans. Dans un collège au nom prédestiné : Racine. Avec sa prof de français et ses potes, Emmanuelle, qui jouait, gamine, des saynètes pour les voisins, revisite des sketches des Inconnus ou des exercices de style de Raymond Queneau. « ce qui me plaisait, c’était le jeu, la transformation ».
Le goût de l’interprétation, elle l’approfondit au lycée Marguerite de Navarre, toujours dans la capitale de l’Orne, où le metteur en scène Daniel Pâris propose un atelier théâtre. Il se souvient parfaitement de Manou, comme la surnomment tous ses proches : « Elle n’était encore qu’en seconde mais elle avait décroché le rôle principal d’une pièce d’Obaldia ».
L’enthousiasme de la lycéenne, il l’exploite pour la pièce Marat-Sade (sur l’assassinat du révolutionnaire Marat). A 17 ans, elle se lance dans une exploration de la folie, en interprétant Charlotte Corday. « Elle aimait le travail qui va chercher assez loin », se remémore le metteur en scène, resté en contact avec Emmanuelle Hiron. Elle enchaîne deux années en FAC de lettres modernes et arts du spectacle, à Caen, tout en intégrant le théâtre-école local Actéa, sous la houlette de Jean-Pierre Dupuy. Avant de partir en Limousin :
sous la forme originale d’un contrat de qualification, l’apprentie comédienne intègre la toute nouvelle Académie théâtrale de l’Union du centre dramatique national de Limoges.
Un accélérateur, pour la Normande aux talentueuses prédispositions, qui aime  » prêter (son) corps à un discours ou à des revendications ». Elle y rencontre aussi son compagnon David Gauchard, qui monte à la sortie de l’Académie sa compagnie, L’unijambiste.
Le couple s’installe à Rennes, où il y a une petite Hedda, âgée aujourd’hui de 12 ans, mais sillonne la France au fil des créations théâtrales. L’ornaise recroise un Alençonnais, le musicien Robert Le Magnifique qui compose des bandes-son pour L’unijambiste. En 2015, Emmanuelle Hiron monte un projet qui lui tient particulièrement à coeur. Avec son amie Laure Jouatel, une autre Alençonnaise devenue gériatre, elle s’immerge dans l’univers des maisons de retraite. Qu’elle restitue sur le mode du théâtre documentaire, dans Les Résidents. Sa création, d’une grande sensibilité, lui vaudra une programmation au off d’Avignon.

Des parents surpris et fiers

La cérémonie des Molières ? Jamais l’ancienne de « Margot » n’y avait songé, au sortir de son lycée alençonnais. Sa capacité à « se mouler dans un autre corps, une autre pensée » a pourtant retenu l’attention des 2000 professionnels qui sélectionnent les nommés : « c’est franchement une surprise. On a beaucoup tourné, cela a dû jouer, mais Le fils avait été peu présenté à Paris, avant les votes. »
Cette « enfant de l’école publique » , comme la quadra aux traits encore juvéniles se définit, peu intégrée dans les réseaux qui nouent ou dénouent les renommées, goûte la reconnaissance de la profession. Avec un prix à la clé ?
Qu’importe, pour Christine et Claude, ses parents. Ils suivront avec attention la cérémonie du 13 mai. Sur scène, le couple voit sa fille avant de voir une comédienne. A la fois perplexe et estomaqué par ses incarnations. Lui, le retraité de la mécanique qui avoue « ne pas savoir montrer ses sentiments », a été surpris en apprenant la nomination d’ Emmanuelle : « le théâtre, ce n’est pas tellement notre monde. Les Molières, je les pensais réservés aux stars, aux fils et filles de… On est super contents et fiers qu’elle puisse accéder à ça ».

 

Le Populaire du Centre / 12 mai 2019 / Muriel Mingau

Originaires de Haute-Vienne et de Corrèze, Emmanuelle Hiron et Aurélien Chaussade nommés aux Molières

Tous deux ont été formés à l’Académie, école nationale de théâtre sise en Haute-Vienne. Emmanuelle Hiron et Aurélien Chaussade sont nommés aux Molières. Verdict lundi 13 mai.

Emmanuelle Hiron est nommée pour le Molière du seul en scène avec le monologue Le Fils de Marine Bachelot Nguyen (*), mis en scène par David Gauchard.

Aurélien Chaussade est nommé pour le Molière de la révélation masculine avec Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee, dans une mise en scène de Panchika Velez.

Cette actrice et cet acteur sont bien connus en Limousin, pour y avoir beaucoup joué et s’y être formés au plus haut niveau.

La comédienne Emmanuelle Hiron

Voici 20 ans, elle a fait partie de la toute première promotion de ce qui est devenu aujourd’hui l’Académie de l’Union, école nationale supérieure d’art dramatique, sise à Saint-Priest-Taurion en Haute-Vienne.

Suite à cette formation exigente, elle a joué pour le créateur de cette école et directeur du Centre dramatique national-théâtre de l’Union d’alors, Silviu Purcarete. Le public limousin a pu la voir aussi dans des spectacles de Philippe Labonne et de David Gauchard, qui ont beaucoup créé en région.

Dans Le Fils, elle joue une pharmacienne qui rallie l’idéologie réactionnaire de la Manif pour Tous. Ce monologue a été donné à Limoges, avant le théâtre du Rond-Point à Paris. L’importante tournée se poursuivra la saison prochaine avec une quarantaine de dates.

Le comédien Aurélien Chaussade 

Né et ayant grandi à Brive, il est lui aussi un ancien « Académicien », de la promotion dit Séquence 4 (2003-2005). Elle a donné naissance à la Compagnie Jackar, dont il fut.

Cette troupe s’est longtemps fait remarquer en région pour son talent et son inventivité. Avec elle, Aurélien Chaussade a été en résidence d’artiste pour trois ans au théâre de Brive.

Dans Qui a peur de Virginia Woof, il incarne un jeune universitaire arriviste. La pièce a été jouée au Théâtre 14 à Paris. Cet été, elle sera donnée tous les jours au Théâtre des Trois Soleils à Avignon. Actuellement, l’acteur répète une adaptation de Titus Adronicus de Shakespeare, avant la création de la pièce en région parisienne.

Comme Emmanuel Noblet Molière 2017 ?

Emmanuelle Hiron et Aurélien Chaussade seront-ils lauréats des Molières comme Emmanuel Noblet en 2017 ? Lui aussi est un ancien Académicien…

 

Ouest-France / 3 avril 2019

[…] Pour le Molière du seul en scène, la pièce Le Fils , avec Emmanuelle Hiron, et de l’auteure rennaise Marine Bachelot Nguyen, sur une mise en scène de David Gauchard, (Cie L’Unijambiste) est en lice. Une pièce forte autour du processus de radicalisation avec une comédienne Emmanuelle Hiron, tout en nuance. […]


Le Populaire du Centre / 7 mai 2019 / Jade Babaudou

Des lycéens de Limoges votent pour le prix Sony Labou Tansi

Le Prix Sony Labou Tansi des lycéens, était de retour, ce jeudi, pour une 17ème année consécutive. 1.200 lycéens à travers la France et le monde ont pu participer.

Créé il y a 17 ans à Limoges, le prix Sony Labou Tansi des lycéens « a une résonance internationale et devient un peu plus important chaque année », explique Renaud Frugier, metteur en scène de la compagnie Méthylène Théâtre.
Ce prix a pour objectif, de faire voir, entendre et lire du théâtre contemporain d’expression française.

Tout au long de l’année, « les lycéens étudient, lisent et discutent à propos des cinq œuvres suggérées », confie Renaud. Pour les lycées de l’Académie de Limoges (qui sont majoritaires), les artistes de la Compagnie Méthylène viennent dans les classes lire et débattre sur des extraits des œuvres au programme.

« Ce qui est important dans ce prix, c’est que les adultes interviennent très peu, on laisse aux jeunes libre court à leur imagination »

À la fin de la journée, ils votent pour élire le lauréat 2019. Les autres participants, pour des raisons évidentes de budget, votent par correspondance, comme le lycée Blaise Pascal du Gabon ou encore celui Pierre Poivre de la Réunion.
Cette année, c’est Marine Bachelot Nguyen qui a gagné le Prix Sony Labou Tansi pour son livre Le fils aux éditions Lansman.

Il sera présenté le 1er octobre lors du festival des Francophonies 2019. Marine Bachelot Nguyen sera présente avec un petit groupe de lycéens, qui viendront pour réaliser une lecture théâtralisé d’un extrait, du livre Le Fils.


Ouest-France / 7 mai 2019 / F.G.

Le fils, là où ça fait mal

Spectacle puissant de la Cie l’Unijambiste, Le Fils livre la confession d’une mère si enfermée dans un carcan idéologique qu’elle ignore la souffrance de son fils.

Une femme, mère de deux garçons, livre un drame intime : sa radicalisation idéologique au côté de militants extrémistes. Par souci d’intégration et d’élévation sociale, elle s’est mise à fréquenter des catholiques traditionalistes, attirée par leur discours radical. Elle se rend assidûment à la messe, s’engage contre des spectacles dits blasphématoires, milite dans des groupes anti-avortement et anti-mariage pour tous. Elle tente d’embrigader ses proches et ses enfants, sans percevoir le drame qui arrive. C’est l’histoire de son glissement, de ce qu’elle considère comme « l’aventure la plus excitante de sa vie ».

Exaltée et aveugle

Mis en scène par David Gauchard, Le Fils, spectacle puissant, ne laisse personne indifférent. « Vous le savez, ce que c’est d’être mère ? » Avec Philippe, son mari, tous deux pharmaciens dans l’agglomération rennaise, ils fréquentent les notables, ça compte pour eux. Leurs fils, Anthony et Cyril, ne se ressemblent pas : l’aîné est baraqué, le cadet délicat. Déjà grands, ils continuent à aller à l’église chaque dimanche. Elle restera aveugle au harcèlement subi par son jeune fils…

L’autrice, Marine Bachelot-Nguyen, réussit le défi de se « glisser dans la peau et la parole de cette femme, sans jugement, sans indulgence non plus ». Seule en scène, l’actrice, Emmanuelle Hiron incarne, particulièrement habitée, cette bourgeoise devenue une militante exaltée. En donnant « chair à ses égarements et impasses », mais en évitant tout manichéisme, elle fait comprendre son chemin de souffrance.

 

ManiThéa / Avril 2019

C’est l’histoire d’une chute, d’une dérive. C’est l’histoire d’une femme « bien sous tout rapport », une femme qui s’ennuie un peu et qui se cherche.
Peu valorisée dans son rôle de pharmacienne « reviens vite travailler, les clients demandent de tes nouvelles, ton sourire leur manque », et peu aidée dans son activité de mère « tu sais mieux faire que moi, puisque tu es une femme ». Mais elle va, enfin, trouver un sens à sa vie, une motivation, une raison de se passionner et d’utiliser toute sa force et son énergie au service d’une « bonne » cause.
C’est la lutte contre la loi Taubira, son engagement contre le mariage gay et l’homoparentalité. Défendre la morale, et les valeurs auxquelles elle s’accroche comme à un radeau. C’est donc l’histoire de sa transformation.  Influencée par son modèle, Ludivine, la femme du pharmacien, qu’elle envie et admire, elle se sent enfin comprise, incluse et valorisée. Elle est métamorphosée, elle revit enfin, s’anime et milite. « Bleu, blanc, rose », elle a enfin une identité, un rôle à jouer et elle avance fièrement dans son engagement, sans prendre conscience de ce qui se trame autour d’elle au sein même de sa famille.

Parce que le drame est là, dès le début on le sent, ce gâchis attendu, ce désastre inéluctable. On l’attend, et on se doute bien que cette lente dérive à la recherche d’elle même va la briser en plein vol.

Deux voix , à la première et à la troisième personne, se succèdent pour raconter cette histoire, elles sont employées tour à tour par la comédienne comme pour s’efforcer de mettre un peu de distance, de prendre un peu de recul, d’être le plus objectif possible.

Pourtant, même quand elle emploie le « je », rien n’est omis, rien n’est dissimulé. Elle explique simplement, sans jugement le long processus qui a conduit au drame.
La voix est calme, quasi neutre, elle décrit, honnêtement, sans excès.
Son trouble n’est presque visible que dans l’agitation de ses mains et de ses bras. Un condensé d’émotions : tensions, revendications, exaltations, tristesse, laisser-aller, tout passe par cette partie de son corps. Et puis parfois c’est un trop-plein de douleur ou d’enthousiasme, et alors c’est la voix qui s’anime ou qui craque jusqu’à ne plus pouvoir continuer.
Et après une légère pause, elle reprend…parce qu’on le sait, elle racontera jusqu’au bout, même si c’est dur, même si c’est insupportable.

Une confession ponctuée par ces magnifiques questions au public :
« et vous ? Qu’auriez vous fait ? » Et vous, cela vous est-il déjà arrivé de…? » « et vous… ?»
Un appel à l’aide, comme à la recherche d’une absolution, d’un peu de compréhension, de compassion de notre part.

La comédienne transmet ce texte tout en sobriété et en finesse, on la sent tour à tour perdue, fragile, forte, reconnue, avant le glissement final où tout se mélange : douleur, incompréhension, culpabilité, doutes et grande solitude.

Une interprétation exceptionnelle pour un texte passionnant.
Et vous ? Comment auriez vous réagi ?
Rien n’est jamais aussi simple qu’on ne le pense…

 

Atlantico / 6 avril 2019 / Rodolphe de Saint Hilaire

Le fils, un grand moment d’émotion partagée

Le sujet est très délicat, mais il est traité sans pathos, sans parti-pris ni sensiblerie, avec le ton et l’émotion qu’il faut. Le dénouement est exceptionnel et l’interprétation d’Emmanuelle Hiron bouleversante de vérité. Un spectacle au Top.

Elle est là, seule sur scène et maintenant dans la vie, cette femme presque banale, à qui le bonheur dont rêve a priori toutes les femmes était promis ; épouse heureuse, mère de deux enfants, d’un bon milieu social avec une activité professionnelle enviable (elle est pharmacienne, ce qui n’est pas neutre pour la suite de l’histoire), elle a tout ; bien sûr, l’accouchement de son deuxième garçon, Cyril, a été difficile (césarienne puis mis en couveuse). Il est très maigre, elle l’a couverte de son sang. elle culpabilise… d’autant que pour son mari, rigoriste un rien macho, « l’enfantement doit se faire par les voies naturelles »! (rires dans la salle).

Puis, peu à peu, les enfants grandissent. Philippe, le mari, lui aussi pharmacien, est, de congrès en congrès, souvent absent, en tout bien tout honneur bien entendu.. Alors elle se sent délaissée, un peu oubliée, elle aspire à « plus d’existence », elle éprouve le besoin de s’affirmer. Elle est écartelée entre deux grands garçons de 17 ans pour Cyril, si beau si fragile, et de 20 ans, style skin head et blouson de cuir pour Anthony, Ils sont si différents et lui échappent, elle se sent dépérir. Rien que de très banal, tout cela.

Tiens, tiens… on est à Chateaugiron, gros bourg près de Rennes, en 2011/2013 (ce n’est pas un hasard). Alors, à la messe, on fait des rencontres, on parle avec des notables très bcbg, très catho intégristes, si vous voyez ce que je veux dire. Et là elle plonge. La loi Taubira s’annonce, les marches contre le mariage pour tous s’organisent. Notre maman modèle s’investit avec violence, avec rage, elle participe à toutes les manifestations, monte à Paris,: « Nous sommes tous des enfants d’hétéros », « Taubira ne passera pas »… Elle se bat, elle s’élève, du moins en a-t-elle le sentiment. Hélas, la chute sera dure, très dure, mortelle ! 17 mai 2013, la loi Taubira est adoptée. La France est le 14ème pays à autoriser le mariage gay. Trop tard !. Le drame est consommé. Il est inspiré de faits réels qui se sont déroulés à Rennes,  qui ont interpelé le metteur en scène et l’ont incité à solliciter l’auteure.

POINTS FORTS

– Le sujet et son traitement. On est tous concerné, de quelque bord que l’on soit, croyant ou non ; c’est un problème de société qui affecte nos structures, touche notre sensibilité, concerne les fondements de la famille. Traité sans pathos ni prétention, sans parti pris ni sensiblerie,  juste avec le ton et l’émotion qu’il faut

– La force et le dépouillement du texte. L’uppercut, le « direct » du droit que l’on prend en pleine figure lors du dénouement

– L’interprétation, et le « off « . Emmanuelle Hiron, seule en scène. Elle est remarquable de sobriété et de crédibilité. C’est bien une mère dévastée, mais avant tout une femme fragile, aimante jusqu’à la folie, ébranlée dans ses convictions intimes allant jusqu’à l’autodestruction. Un moment particulièrement pathétique, quand elle essaye paradoxalement, avec la foi du charbonnier, de rallier Cyril à sa propre cause, malgré tout. Et Cyril qu’on ne voit pas, mais qu’on entend à quelques occasions, appelle sa maman à son secours, sans espoir, il le sait. Elle implorera son pardon. En vain. A ce niveau là de talent il ne s’agit plus de « jeu » ni de performance d’actrice mais tout simplement, je crois, d’un des exercices les plus abouti du théâtre vérité. Bouleversant.

POINTS FAIBLES

Y a- t-il une morale à cette triste histoire? Non. Des pistes de réflexion sur la radicalisation d’un côté et la théorie du genre de l’autre ? Pas davantage. On se retrouve un peu démuni, livré à notre conscience, effrayé par cette fracture de notre société, par la haine et la violence qu’elle suscite. Et les autres, Philippe, Anthony, Thomas… coupables, non coupables ? On aurait aimé les entendre, même en « off »

EN DEUX MOTS

Nous atteignons avec « le Fils » les sommets de l’émotion partagée. Certains pleureront à l’unisson de cette mère aveuglée, au bord des larmes, et beaucoup se lèveront dix fois pour bisser Emmanuelle Hiron en communion avec une salle comble.

Le credo de Jean Michel Ribes :  « On ne vous empêche pas de croire, vous ne nous empêcherez pas de penser », prend tout son sens, ces jours ci, salle Tardieu.  Personne n’est obligé de rejoindre Médiapart qui salue « Le Fils » comme « une pièce de progrès » mais nous suivons Gauchard lorsqu’il parle d’un texte de « réparation ».

UN EXTRAIT

Ou plutôt quatre:

« On parle toujours du bonheur d’être mère, on parle rarement de l’amertume”

(Interpellant le public)

« Et vous, vous parlez sexualité avec vos enfants ? »                                                                                                         

« J’ai engendré un fils anormal, ça ne vous arrive jamais, vous, de craquer ? »

« Et vous, vous avez des amis ? Et si je vous invitais chez moi, vous viendriez ? (finale)

L’AUTRICE

Marine Bachelot Nguyen est une auteure engagée, doublement engagée.

Pour la cause des femmes d’abord.  Après des études de lettres et d’arts du spectacle, elle enseigne au lycée – option théâtre – et s’investit dans la recherche universitaire sur le théâtre politique. Ses travaux se concrétisent avec son œuvre majeure qui la caractérise bien : le projet « féministes », cycle de recherches et de création consacré aux féminismes. Par exemple « Histoires de femmes et de lessives », spectacle déambulatoire en plein air, puis « La femme, ce continent noir » en solo , des lectures débats comme « Cheval de batailles/Combats féministes ».

Deuxième engagement : son combat en faveur des minorités, ethniques et surtout sexuelles : pour « La Place du chien » et son projet « Les Ombres et les Lèvres » (sur la communauté LGBT au Vietnam), elle obtient aides, bourses et palmes, notamment de la SACD Beaumarchais et du Centre National du Livre.

La Bretagne et Rennes en particulier sont les réceptacles de ses créations : Théâtre National de Bretagne, Maison du théâtre de Brest, Centre culturel de Cession Sévigné dont elle est artiste associée ; « Le Fils » est une pièce de commande initiée par David Gauchard, le metteur en scène, témoin des faits réels. Où ? A Rennes! Quand ? En 2011. Départ de la manif pour tous !

 

Move-On Magazine / Avril 2019 / Paul Rasat

Le fils, une « pièce » importante dans le puzzle social, religieux, politique

David Gauchard, le sujet de la pièce que vous mettez en scène est l’intégrisme catholique.
Il y a en fait plusieurs sujets. On peut la lire sous cet angle mais il y en a bien d’autres possibles suivant qui on est, qui on a envie de défendre ou même d’attaquer. 
« Le fils » est l’histoire d’une femme qui va à la rencontre de personnes qui vont insensiblement la faire glisser dans la manif pour tous, vers une idéologie qui n’est pas la sienne mais qu’elle va épouser : le militantisme contre le mariage pour tous. 
Elle ne s’aperçoit pas que l’un de ses fils se radicalise et devient violent et que l’autre est homosexuel. 

Vous dites qu’il y a plusieurs lectures, on peut donc penser que d’autres intégrismes sont évoqués ? 
Bien sûr. La pièce a été écrite dans un contexte d’intégrisme jihadiste. Le radicalisme peut être pluriel. Mais la question est aussi de savoir comment on dévie, comment on glisse tout doucement vers certaines idéologies qui se durcissent ; comment on passe en une dizaine d’années de Chirac à Sarkozy et à Marine le Pen. 
Parler de la loi concernant le mariage pour tous est intéressant, tout comme voir comment on s’engage dans le militantisme. Ce qu’ont été les manifs de droite, les revendications de ces gens qui n’ont pas l’habitude de manifester et qui se sont rassemblés au slogan de « Un papa, une maman »… 
Le point de départ du spectacle est une anecdote de ma vie personnelle. Un jour à Rennes, je vais chercher ma fille à l’école maternelle qui se trouve en face du théâtre national de Bretagne. La rue est bloquée par des catholiques intégristes allongés en croix sur la route pour dénoncer le spectacle qui a lieu le soir, « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo Castellucci. Pendant cette période beaucoup de spectacles ont été interdits ou perturbés par des manifestations. 

C’est donc vous qui avez eu l’idée du spectacle et Marine Bachelot Nguyen qui en a écrit le texte. 
Je savais qu’elle est une autrice très militante. Elle est engagée sur la parité hommes/femmes chez HF, sur la déracisation des arts, chez LGBT. Que elle-même est homosexuelle. Je savais qu’elle serait la bonne personne pour écrire sur ce sujet. 
Cette histoire qu’elle a écrite et que je mets en scène est faite de plein d’histoires vraies. 

Vous donnez davantage à réfléchir et à comprendre que vous ne jugez les choses et les gens ? 
Oui, c’est l’idée. Il ne s’agit pas d’un pamphlet politique. Les choses ne sont pas blanches ou noires. Nous posons beaucoup de questions à partir de situations vraies, vécues pour que les spectateurs entrent en empathie avec le personnage qui est dans une perte de relation à la réalité de sa famille. Ce n’est pas un spectacle destiné à remettre de l’huile sur le feu mais à toucher le public dans une sorte de réconciliation. Il faut comprendre ensemble ce qui s’est passé, sans généraliser, sans caricaturer mais en partant de consultations, de documents, de nos expériences de vie. 

Le sujet n’est d’ailleurs pas totalement derrière nous, il resurgit de temps à autre. 
Au-delà de nos frontières, au Brésil ou ailleurs. Au moment où j’ai créé la pièce, on ne savait pas si François Fillon serait élu. Du mandat Hollande on peut dire qu’il restera la loi Taubira. 

Vous mettez en scène un seul personnage, joué par une actrice. 
La pièce s’appelle « Le fils » mais c’est la mère qui s’incarne dans un seule en scène car c’est elle qui se raconte, au présent, mais aussi comme si elle avait pris du recul sur ce qui s’est passé. Emmanuelle Hiron joue tous les personnages, ses fils, son mari, des amis. Ce parti pris l’isole mais dramatise davantage la situation et lui donne plus de puissance. Toute l’énergie du texte est concentrée dans son interprétation qui permet une relation très frontale, face public auquel elle pose des questions insidieuses. : « De vos enfants, êtes-vous fiers… ? » 
Chacun peut y trouver matière à réfléchir. 

 

Site du Syndicat National des Enseignements de Second degré / 25 mars 2019 / Francis Dubois

Elle est pharmacienne. Elle a connu son mari sur les bancs de la faculté et ils tiennent ensemble l’officine dont les murs leur appartiennent. Ils se sont mariés hors de l’emportement de la passion mais semblent ne rien attendre de la vie que ce qu’elle leur a apporté. La naissance de leurs deux garçons est venue compléter le tableau d’une famille conforme à l’image.

Catholique pratiquante, adepte comme les autres membres de la famille de la messe du dimanche, elle entre en lutte contre les représentations de «  Sur le concept du visage du fils de Dieu  » de Romeo Castellucci spectacle dont elle ne sait rien mais à propos duquel le bruit court en ville qu’il est un blasphème, une insulte au Christ et la voilà qui emboîte le pas des intégristes religieux avant de rejoindre, sans trop s’interroger, un peu plus tard, les rangs de« la manif pour tous ».

Dans la foulée de la révélation de ses convictions elle refuse de vendre la pilule contraceptive dans l’officine, se laisse convaincre que l’homosexualité ça se soigne et que Marine Le Pen n’est pas le diable.

Ses activités au sein du mouvement de droite lui permettent d’intégrer, ce qu’elle n’était pas parvenue à faire jusque-là, le cercle fermé de la bourgeoisie provinciale et de devenir une proche de la très convoitée épouse d’un grand patron de clinique.

Mais qu’adviendra-t-il de la belle image d’Épinal et des convictions de cette mère sans failles, quand elle découvrira que son cadet est homosexuel…

Le texte de Marine Bachelot Nguyen est d’une justesse et d’une délicatesse confondantes quand il dresse le portrait d’une mère de famille parfaite en tous points, catholique pratiquante, dévouée à sa famille, pharmacienne accueillante dans son officine, bonne mère, bonne épouse mais socialement frustrée quand elle n’a jamais pu jusque-là pénétrer le cercle la bourgeoisie locale.

Quand elle entre en militantisme, c’est avec la ferveur de ceux à qui la vie n’a jamais donné l’occasion de douter, teintée de cette candeur qui met à l’abri de tout risque d’excès.

Mais là où Marine Bachelot Nguyen excelle en dehors du trait fin avec lequel elle dessine son personnage, c’est dans la peinture en filigrane de la province favorisée, de ses cercles jaloux de ses privilèges, le carcan de ses rituels et de ses certitudes..

Le risque était grand avec ce type de personnage et le traitement de ce sujet, de tomber dans la caricature mais le talent d’orfèvre de l’auteur, son écriture ciselée, la justesse d’observation, la mise en scène discrète de David Gauchard et surtout l’immense talent d’Emmanuelle Hiron à la fois conteuse et interprète toute en nuances, écartent dès les premières moments tout danger de débordement.

Il faut courir au Théâtre du Rond-Point applaudir ce spectacle drôle, dramatique, si doucement subversif..

 

Théâtr’Elle / 24 mars 2019 / Verobeno

Et délivre nous du mal…

La scène est quasi vide. Seul un piano trône au centre, ainsi qu’une lampe en fond de scène. La femme qui entre alors est peu maquillée. Les cheveux attachés, elle porte un jean droit, une chemise claire, des derbies noires. Aucun signe particulier, elle pourrait être votre voisine, votre sœur, votre amie. Elle pourrait presque être… vous, aussi. Une femme somme toute banale, ordinaire. Elle est pharmacienne et vit en province. En Bretagne précisément, mais elle pourrait vivre partout. Elle est pharmacienne, a deux enfants, un mari. Pour s’intégrer, pour aider son mari dans sa carrière (il est pharmacien, comme elle) elle se rapproche de la femme d’un chirurgien, devient son amie, partage ses sorties. Comme souvent les notables de provinces, il faut se montrer le dimanche à la messe. Son mari est croyant, plus qu’elle, alors elle l’accompagne, écoute les homélies, se rapproche encore plus de son amie. La religion prend petit à petit plus de place dans sa vie. Ca ne fait aucun mal, la religion, ça lui fait même du bien, alors cette femme y plonge de plus en plus, commence à participer à des réunions, des manifestations : la ferveur la porte, la ferveur l’emporte. Jusqu’à la dérive, jusqu’à l’intolérance, jusqu’à la Manif pour tous, jusqu’à l’aveuglement.

Le style de Marine Bachelot Nguyen est simple, sans emphase ; à coup de petites phrases, de petites anecdotes, la déclivité de sa dérive devient de plus en plus pentue, dangereuse et tout au long du récit, le public suit et accompagne cette femme dans sa plongée vers l’extrémisme religieux. La force du texte réside aussi dans son absence de jugement, de condamnation : cette dérive arrive insidieusement et pourrait – presque ? – arriver à tout le monde. Pour paraphraser une autre phrase célèbre, on ne nait pas extrémiste et homophobe, on le devient : c’est ce que Marine Bachelot Nguyen démontre avec talent.

Si le texte est édifiant, il est magnifié et servi avec un talent remarquable par la comédienne Emmanuelle Hiron qui s’en empare avec ce qu’il faut de distance et d’imprégnation. D’une grande justesse, elle parvient à entraîner le public dans le sillage de cette femme somme toute normale, somme toute banale, le river à ses gestes, ses regards, l’hypnotiser par ses mots, et faire de lui le témoin muet d’une chute terrifiante qui le laisse pétrifié.

 

Théâtre Actu / 23 mars 2019 / Alec Petit

Quand endoctrinement religieux rime avec perte d’humanité…

C’est par une salve d’applaudissements nourris que s’achève Le Fils, spectacle mis en scène par David Gauchard au Théâtre du Rond-Point. Une réponse unanime des spectateurs à ce seul en scène interprété avec justesse et émotions par Emmanuelle Hiron. En guise de scénographie, un simple clavecin en bois sur lequel la comédienne joue quelques accords. Un décor épuré qui met en avant le texte de Marine Bachelot Nguyen, efficace et savamment construit, relatant une sombre narration familiale, et au-delà de celle-ci, une réflexion sur les dérives et les influences des religions intégristes sur la société actuelle. Ce sont les jeux de lumière, sous forme de flashs, symboles d’ellipses temporelles, qui engagent le spectateur à suivre Catherine et son histoire dans la Bretagne d’aujourd’hui.

Pharmacienne, mère de famille, femme… le personnage se met à nu face à son auditoire grâce à un subtil va-et-vient entre un « elle » du narrateur et un « je » qui implique davantage les spectateurs. Plantée sur ses deux pieds face à l’auditoire, la comédienne, au jeu minimaliste mais fort en émotions et en nuances marquées, confesse la succession d’événements qui conduisent cette femme au profil scientifique à embrasser des croyances religieuses toujours plus radicales, allant jusqu’à s’élever contre le « Mariage pour tous ». En parallèle, l’histoire de ses deux fils – reflet du mythe d’Abel et Caïn. S’émancipant dans la radicalité de ses croyances et de ses actes, aveuglée, fière d’un certain statut social ainsi obtenu, Catherine perd pied et ne peut empêcher qu’ils s’affrontent lorsque le cadet – dont la voix résonne en off – annoncera son homosexualité.

Déchirée entre amour maternel et peur de la perte de ses acquis, la comédienne interprète magnifiquement cette mère en larmes qui, l’esprit embrumé par des principes religieux toujours plus enracinés, sera incapable d’écouter et de rassurer réellement son enfant, le conduisant à sa perte… à leur perte à tous. Une interprétation fine et juste ponctuée de questions rhétoriques à l’adresse du public, s’achevant sur une dernière interrogation qui ne laissera pas l’auditoire indifférent et l’invitera à méditer sur la place de tolérance dans notre société contemporaine face aux dogmes et autres principes religieux poussés à l’extrême. Un spectacle subtilement fort, comme un sursaut face à l’actualité et à la recrudescence de l’intolérance d’aujourd’hui.

 

Je n’ai qu’une vie / 20 mars 2019 / GAF

Un très beau texte, lourd, dans une mise en scène épurée. Dans une petite ville de province, Cyril essaye de vivre son homosexualité, sa mère s’enferme dans un radicalisme religieux.

Un cercle de parquet, un clavecin de bois blanc, quelques luminaires comme on en trouve dans les caves.

Emmanuelle Hiron rentre en scène, s’arrête. Raconte. L’histoire de Catherine, étudiante en pharmacie, sa rencontre avec Philippe, il a deux années de plus qu’elle, ils se marient, ils reprennent une pharmacie dans un petite ville proche de Rennes, elle aime y travailler, elle obtient son diplôme avant d’accoucher. Anthony, l’ainé, sa naissance lui laisse quelques points de suture. Cyril, le second, mal positionné, l’obstétricien impose la césarienne à Philippe.

Les années passent, Anthony est fort, sportif, il joue au foot, Cyril a la tête du Petit Prince, il se fait un petit coin pour travailler, lire, dans la pharmacie, une pharmacie est ouverte le samedi. Philippe est croyant, tout le monde va à la messe le dimanche, c’est important, dans cette petite ville de Bretagne, d’être vu à l’église.

Une pièce blasphématoire se donne à Rennes, Catherine et Anthony vont veiller sur le boulevard de la Liberté, l’occasion aussi de se lier avec la femme du chirurgien, celui dont Philippe voudrait tant faire connaissance. Cyril, lui, va voir la pièce, il invite sa mère à aller la voir avant de la juger.

Catherine va petit à petit se radicaliser, vraie foi ou effet d’entrainement, manifester à Rennes, à Paris, contre la loi Taubira, contre le mariage pour tous. Cyril va rencontrer Thomas, la violence des autres, un jour dire à sa mère qu’il sort avec lui. Serait-il l’épreuve que Dieu leur envoie, celui qui, homosexuel, pourrait aller, avec elle, dire combien il est contre le mariage pour tous ? Non.

Le sujet est lourd, il est traité de façon chirurgicale.

Il y a la radicalisation de Catherine, qui commence comme une envie de s’intégrer à un groupe, qui se poursuit en en faisant plus, encore plus. Il y a l’isolement de Cyril, quand ça mère lui dit qu’elle l’aime comme il est, c’est pour ce qu’il n’est pas.

Il y a quelques traits tranchants, la vie sexuelle de Catherine, proprette puis inexistante, avec un retour de flamme au retour d’une manifestation.

Le texte de Marine Bachelot Nguyen est beau, il se suffit à lui même, la mise en scène de David Gauchard est épurée, elle laisse toute la place au texte, évite le piège des grands mouvements qui n’apporteraient rien. Il est parfois à la première personne, parfois à la troisième personne, comme si, parfois, Catherine arrivait à prendre un peu de recul, à sortir de son enfermement. Emmanuelle Hiron le dit presque sans faire un pas, quelques gestes, des regards, un peu de son pour renforcer certains effets. De la lumière.

Le texte n’est pas manichéen. J’ai évidemment été touché par Cyril, par son destin, par son isolement. J’ai été aussi touché par Catherine, par la mécanique qui la conduit à adopter un comportement dont au fond on ne sait pas si il correspond à ce qu’elle est ou à une volonté de se conformer à ce qu’on attend d’elle pour l’intégrer dans un groupe. Le conformisme radical et religieux, pharmaciens dans une petite ville de province, c’est la Manif pour tous, un environnement différent conduirait ailleurs, conduit de la même façon à l’écrasement de ceux qui sont différents.

Wolfman Jack passait parfois Once You Understand dans ses émissions. Il désannonçait le titre par un long silence, suivi des mots « Heavy Song ». Le fils m’a fait le même effet. Une pièce qui vous chope le cœur, le serre petit à petit jusqu’à une fin inéluctable, et vous laisse sans voix.

 

Lille Actu / 12 janvier 2019 /Jean-Michel Stievenard

C’est un dernier cadeau laissé par Didier Thibaut qui quitte la direction de La Rose des vents en cette fin du mois de janvier : la pièce de théâtre Le Fils est jouée en ce moment et jusqu’au vendredi 18 janvier 2019 à Villeneuve d’Ascq (Nord). Une création théâtrale découverte au théâtre de la Manufacture pendant le festival d’Avignon 2017, alors qu’il produisait dans le même lieu une pièce d’Antoine Lemaire mise en scène par Sophie Rousseau. Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant ?

C’est son histoire à Elle. On ne connaîtra pas son prénom et au fond, il nous importe peu. Pharmacienne de province, plutôt contente de son parcours, de sa réussite dans les études, puis dans le développement de son officine, épanouie dans sa vie conjugale, mère de deux fils qui font sa fierté, va-t-elle finir par connaître l’ennui ? Sans qu’elle le devine, il lui manque un nouvel horizon, des nouveaux défis. Elle les trouve dans une mobilisation contre une pièce de théâtre de Castellucci, jugée blasphématoire, qui prélude les batailles contre la loi sur le mariage pour tous, et lui permet de fréquenter les couches supérieures de sa province jusqu’alors interdites d’accès.

La dérive intégriste, l’engagement militant avec ses périodes d’enthousiasme, ses réussites ses déceptions mais aussi ses naïvetés servent de toile de fond à un drame plus personnel. Son impossibilité à comprendre qu’un de ses fils est homosexuel et tente de lui faire admettre. Le fossé entre les deux mondes est si grand qu’elle ne peut le combler.

 « J’ai engendré un fil anormal, une erreur de la nature. »

Elle le laisse s’éloigner jusqu’à son suicide, dans la pharmacie familiale où il puise des doses mortelles de médicaments dans les rayons.

S’agit-il du drame d’une mère et de son fils « vous le savez ce que c’est d’être mère », questionne-t-elle le public ? S’agit-il de la montée en puissance d’un mouvement d’opinion décrit sans jugement ? Ou celle d’une dérive intégriste conjuguée à une ascension sociale ?

Seule sur scène ou presque (à l’exception de quelques intermèdes musicaux joués par un jeune claveciniste), la comédienne Emmanuelle Hibon tient l’assistance en haleine pendant 70 minutes. Par la seule puissance des mots en l’absence presque totale de décor et d’effets de scène. Émouvant.

 

Bretagne Actuelle / 7 juin 2018 / Gilles Cervera

Le fils se lit d’un coup car on le prend comme un coup. On l’a vécu. On a tous été de ce théâtre social récent, de ces rues boursouflées par la manif pour tous, de drapeaux aux fenêtres, d’autocollants sur les murs ou au cul des monospaces. On a tous été ébahis par cette réaction réactionnaire. Dans nos villes d’ouest mais à Paris aussi, on a vu ces colonnes d’autocars vomir des foules endimanchées et ragaillardies. Un peuple sorti des messes et des sacristies, ourdi d’un royalisme mal digéré, dont Christiane Taubira devenait la figure noire, femme, ministre et facile bouc-émissaire.

Le fils est au cœur de ce théâtre sociétal qui nous a fait penser, réagir et ce texte s’enracine dans ce théâtre. Le monologue de Marine Bachelot-Nguyen est chaud-brûlant.
Le point de vue est d’une mère pharmacienne dans un gros bourg actif et ventru, infesté de certitudes tues où soudain l’événement fait retour de refoulé. Une chouannerie qui était à bas bruit s’autorise. La pharmacienne a un mari pharmacien et deux fils. L’un est l’un et l’autre homo.
Là que se noue la crise, le pétage de plomb. Seule la mère comprend, voit, perçoit. Le père ne comprend rien, n’entend rien, il est hors champ. La mère est dans le cri plus que dans le chant. Elle rage contre son fils qu’elle a tant aimé et qui ne correspond plus. Rappel, nous sommes au XXI ème siècle, et ce fils s’avère porteur d’une autre force, d’un autre mouvement. Son pénis ne porte pas le désir dans la bonne direction !!
Nous sommes cent ans après Gide, cinquante ans après Hervé Guibert ou Michel Foucault, peu importe. Christine and the Queens a un succès mondial, peu importe ! Nous en sommes là, au croisement entre les tenants d’un dieu normatif, peu charitable et le sacré du fils. Ce dernier, on dirait l’antique, est sacrifié.
La mère pardonne. Le fils se tait. Se suicide. Cela a lieu dans l’officine, pile où il lisait en boule lorsqu’il était enfant tout près des jupes de sa mère. Le texte, cette parole qui par moment interroge le spectateur, le soumet à la question, lamine. D’abord tranché par les clichés, le monologue s’avère tranchant, à vif.
Il y avait eu, à la sortie du je vous salue Marie godardien des manifestations crypto-catholiques devant l’Arvor, à Rennes. Nous nous en souvenons. Il y a eu devant le TNB les prières de rue, ce déni d’art obscurantiste issu de la peur et du désenchantement. Nous avons vécu cela. Un des deux fils était dedans, l’autre priait dehors ou donnait du coup de poing à la sortie des boîtes homos. L’un, dans la salle Vilar, face à la face du Christ de Roméo Castellucci, et dehors, sa mère agenouillée. Panurge entraîne ses brebis dans un bêlement collectif où l’isolée est moins seule et le crédule plus nul ! Cet événement de la rue Saint-Hélier, à Rennes, est le point de départ de Marine Bachelot-Nguyen. Elle signe un texte travaillé par la crise identitaire qu’on traverse. Il est politique. Il est éthique. Il est critique.
Il nous force à ne pas nous taire. Il déterre des cadavres à peine enterrés. Il ouvre des placards où la société enferme des fantômes désormais si vivants.
Nous !

 

Carnet d’art .com / 9 juillet 2017

Comme une empathie envers autrui.

David Gauchard prend en charge un sujet sensible, celui de l’interrogation sur l’autre dans ses différences et ses contradictions.

Ce spectacle actuellement programmé à La Manufacture dans le festival Off d’Avignon 2017 confronte les spectateurs à une expérience intime.

De quelle manière arrive-t-on à entrer en empathie avec autrui ? telle est une des questions soulevée… Comment une parole portée par une femme ayant des affinités avec La Manif pour tous arriverait-elle à nous toucher ?

En assistant à Le Fils, toutes les idées reçues sont mises à mal. Dans un premier temps, nous sommes embarqués dans l’histoire de cette femme. Elle n’a rien d’extraordinaire. Elle est tout simplement une femme qui a épousé un pharmacien et qui s’est retrouvée propulser dans la gestion d’une des pharmacies de la ville. Elle est comme dans un refuge, comme dans une chapelle à défendre qui lui appartient. Cette femme est d’une banalité ordinaire, faisant les choses bien, telles que l’on a pu lui inculquer, elle a des valeurs mais et se demande encore comment leur donner sens…

C’est lors d’un dîner avec des amis que tout bascule. Se joue alors à Rennes Sur le concept du fils de Dieu par Romeo Castellucci, une pièce qui fit scandale et l’objet de manifestations de la part d’intégristes chrétiens (car contre tout ce que l’on peut dessiner aujourd’hui l’intégrisme religieux n’est pas le fait d’une seule croyance). Cette pièce, au combien donc controversée, reflète un Christ magnifié selon les dires du fils de cette femme, protagoniste principale. Mais cette femme n’a jamais assisté aux représentations, elle se base seulement sur les dires de ses nouveaux amis et nouvelles idéologies auxquelles elle adhère. Dans la pensée chrétienne, un papa, une maman, c’est bien, c’est un reflet idéal des mœurs d’une société qui a évidemment évoluée avec son temps.

En France, nous avons un décalage par rapport à d’autres pays européens vis-à-vis du mariage homosexuel, nous avons encore du chemin à faire vis-à-vis de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes… toutes ses voies d’équité sont loin d’être évidentes et sont loin d’être gagnées d’avance… Cela nous renvoie au combat personnel de cette femme, à sa preuve d’existence que peut être le ralliement à Sens commun, prônant des idéologies complètement déconnectées de la réalité de familles homoparentales, par exemple.

Cela n’empêche – malgré toutes les contradictions personnelles envers de telles idéologies – que cette proposition théâtrale emmène vers un rapport plus profond, et qui arrive à nous surprendre nous-mêmes, d’empathie avec cette femme qui partage son intime. Comment arrive-t-on à remettre en cause ses convictions pour lesquelles on ressent un sentiment d’épanouissement ? Comment faire la part des choses quand en tant que mère, un sentiment d’échec jaillit alors qu’on a tout bien fait, comme on se le plaît croire ? Comment concilier le bonheur d’être mère et d’aimer dans un amour inconditionnel la chair de sa chair malgré le fait que son enfant apporte une certaine part de désillusion, de contradiction ?

À la question : « et vous, est-ce que si je vous invitais chez moi, est-ce que vous viendriez ? ». On répondrait oui, sans hésiter car les différents points de vue méritent nécessairement des échanges et des remises en question de part et d’autre d’une barrière qui est loin d’être infranchissable. Il nous appartient de créer des zones où le dialogue demeure possible même si chacun est emprunt d’idéologies différentes voire opposées. Et c’est en cela, la réelle force de cette proposition théâtrale où, l’on a une claire envie de crier au monde « et vous que feriez-vous de tout cela ? ». Notre société évolue mais les mentalités ont parfois du mal à suivre il nous faut donc faire preuve d’une vigilance critique et prendre part aux débats.

 

LEBRUITDUOFF.COM / 11 juillet 2017 / Pierre Salles

C’est sous l’impulsion du metteur en scène David Gauchard que Marine Bachelot Nguyen écrit ce texte au confluent de trois axes. Le premier axe est l’intolérance religieuse vis-à-vis de l’Art avec, comme point d’orgue en France, les manifestations suite au spectacle « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo Castelluci. Comme second axe le metteur en scène voulait mettre en avant cette ferveur jusqu’au boutiste révélée par le mouvement de la manif pour tous et enfin le dernier axe concerne le suicide des adolescents.

« Le fils » c’est l’histoire de cette femme de pharmacien, issue d’une petite bourgeoisie provinciale, qui va intégrer peu à peu des milieux catholiques intégristes et qui va trouver là une reconnaissance sociale et un nouveau but à sa vie. Au milieu de cette frénésie grandissante prônant un retour archaïque, la tragédie va casser toutes les certitudes de cette mère aveugle et pourtant aimante.

La comédienne Emmanuelle Hiron interprète avec une infinie délicatesse cette femme brisée par ses choix et ses certitudes et qui alterne la première et la troisième personne, comme pour mieux se distancier de son passé de mère intégriste et de l’abomination de ses actes. Les mots nous prennent à témoin comme pour nous impliquer dans ses décisions.

Qu’aurions nous fait à sa place? Serions-nous tellement meilleurs qu’elle dans de telles circonstances? Le récit est troublant et l’incarnation opérée par la comédienne ne l’est pas moins. Au milieu de la scène, juste un clavecin posé sobrement dans un cercle de moquette, une chambre d’enfant, lieu où la poésie de l’enfant et l’amour de sa mère peuvent peut-être reprendre vie. Le spectateur oscille entre la tragédie pure et ces petits riens gênants qui font rire dans l’immédiat mais qui mettent mal à l’aise l’instant d’après.

Ne passez pas à coté de cette pièce à la mise en scène délicate, sur des sujets si difficiles donc forcément essentiels et pour Emmanuelle Hiron cette formidable comédienne qui parvient à nous faire douter à chaque instant de nos propres certitudes en nous plaçant au centre du sujet mais en sachant nous épargner à temps de l’horreur de la situation pour nous permettre de mieux l’appréhender.

 

PLUSDEOFF / 21 juillet 2017 / Walter Géhin

Dans la sélection contemporaine de PLUSDEOFF

Une vie où le roboratif le dispute au rébarbatif. Épouse, mère de deux garçons, pharmacienne dans l’officine de son mari, le contentement s’est installé, et avec lui l’ennui. Dans sa petite ville de Bretagne, les notables vont à la messe. Elle y suit son mari, en devient assidue, lie connaissance. Des gens bien, puisque de son milieu, s’engagent contre l’avortement, contre le mariage homo, sont séduits par les idées d’extrême-droite. Elle les suit et trouve l’exaltation en vociférant des slogans lors de la Manif pour tous. Le rance et l’archaïque lui inspirent une nouvelle jeunesse, une forme de plénitude dont elle veut auréoler sa famille. C’est alors qu’elle découvre l’homosexualité de l’un de ses fils…

Le texte de Marine Bachelot Nguyen s’applique à examiner, avec patience, le processus de radicalisation. On ne se réveille pas un matin dans la peau d’un extrémiste. Il ne s’agit pas d’un brusque basculement. La conversion s’opère au fil d’un glissement progressif, une contamination lancinante, par petites touches. Chaque nouvelle marche, un peu plus basse, permet d’atteindre la suivante sans avoir l’impression de chuter. David Gauchard dirige, dans une sobriété indispensable au propos, Emmanuelle Hiron, brillante de bout en bout, jusqu’au dérèglement total de la logique et de l’humanité.

 

Témoignage Chrétien / 13 avril 2017 / Jean-Pierre Han

De sa conception à sa réalisation, ce spectacle signé David Gauchard sur un texte de Marine Bachelot Nguyen est sinon exemplaire du moins d’une grande justesse. Justesse de la réponse de l’auteure (qui est également en d’autres occasions metteure en scène, comme pour les Ombres et les lèvres, sa dernière création) à la commande très précise de David Gauchard lui demandant de décrire un phénomène d’aliénation s’emparant d’une personne au cœur de notre société. Ce qu’a très scrupuleusement respecté Marine Bachelot Nguyen dont la pièce, Le Fils, raconte l’histoire d’une femme prise au fil des jours et des nuits dans un engrenage infernal, celui que lui a imposé les circonstances, celui du militantisme des mouvements catholiques traditionalistes, des opposants au mariage pour tous, anti IVG, etc. Pour ce faire elle a effectué un travail documentaire considérable, revenant sur les manifestations qu’elle a connues à Rennes, la ville où elle réside, notamment contre les représentations du spectacle de Romeo Castellucci qui firent scandale, Sur le concept du visage du fils de Dieu. À partir de là, elle a écrit le parcours d’une pharmaciennes, de ses études au cours desquelles elle fait la connaissance de son mari, lui aussi pharmacien, de leur union, de la naissance des enfants (deux garçons qui s’avéreront être très différents l’un de l’autre), de la vie quotidienne au magasin dans une petite ville de province où tout son militantisme, dans un premier temps, consiste à refuser de vendre des contraceptifs, pour cause de rupture de stock, avant d’être littéralement happée par la machine de l’activisme pur et dur. Ainsi pense-t-elle être parfaitement intégrée à la société bien pensante de sa petite ville… L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à ne pas forcer le trait, à décrire de manière quasiment clinique la vie de son personnage qui se raconte et passe aussi parfois à un récit à la troisième personne du singulier, apostrophant parfois le public en lui posant des question du genre de : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? »… L’écriture de Marine Bachelot Nguyen est d’une belle clarté, apparemment simple, en tout cas d’une réelle efficacité. Présente lors des répétitions, elle a pu voir l’évolution de son personnage adhérant parfaitement à la vision qu’en donne la comédienne Emmanuelle Hiron, seule sur scène dans la belle scénographie conçue par le metteur en scène (un plateau en bois circulaire), superbe de retenue dans la tension dramatique qui monte petit à petit jusqu’au drame final. Corps droit et tendu jusqu’à son effondrement final. Un jeune claveciniste vient parfois ponctuer de quelques notes les propos de la femme nous offrant ainsi un temps de respiration. On admirera le travail de grande précision de David Gauchard orchestrant le texte de Marine Bachelot Nguyen comme une partition musicale avec ses différents tempo, tranquille, modéré, vif, rapide… Un spectacle qui en dit bien plus que les lourdes charges frontales si courantes de nos jours. Et avec une redoutable efficacité.

 

Qui veut le programme ? Pour une culture plus vivante à l’école ! / 27 juillet 2017 / Brigitte Gornet

# Avignon OFF 2017 : “Le Fils”, un drame familial sur fond d’actualité, dérangeant et nécessaire…

Joué à la Manufacture, Le fils est un drame familial. Spectacle dérangeant qui raconte comment une bourgeoise de province glisse vers un extrémisme catholique, homophobe et intégriste. Dans cette longue descente dans la conscience de ce personnage, David Gauchard met en scène un texte simple et poignant incarné superbement par Emmanuelle Hiron. De quoi nous faire réfléchir sur notre actualité. C’était joué à la Manufacture… Nous espérons que ce spectacle aura une belle tournée !

Récit d’un épisode de la vie d’une femme, petite bourgeoise de province, pharmacienne comme son mari. Cette mère de deux garçons a pour le plus jeune, Cyril (“le fils”), plus sensible, un amour fusionnel. Ce personnage éponyme est la cause du drame que vit cette femme. Manifestant contre le “mariage homo”, elle découvre qu’il est homosexuel. Ses réactions, d’abord violentes puis empathiques, ne parviennent pas à convaincre qu’elle l’accepte comme il est. Elles provoquent la fin tragique qui aura pour cadre ce petit coin de la pharmacie où, enfant, Cyril aimait venir jouer.

L’argument est très simple, très actuel. Ce récit aurait pu être ennuyeux s’il n’était porté par un texte magnifique. Et le spectateur, grâce au jeu tout en nuances d’Emmanuelle Hiron, entre dans la manière de penser de cette femme, comprend comment son passé, sa vie, ses relations avec son mari et ses fils peuvent expliquer qu’elle s’engage avec enthousiasme dans la résistance des catholiques intégristes contre l’avortement et la loi pour le mariage pour tous. Loin d’adhérer à son discours, nous plaignons ce personnage que nous parvenons à comprendre. Le drame qu’elle vit, et que l’actrice nous fait partager avec une grande pudeur et beaucoup d’émotion, nous laisse espérer qu’elle pourra comprendre où se situe la vérité des êtres.

Simple, la scénographie est d’une belle efficacité : un grand tapis rond de couleur crème sur lequel est posé un clavecin au bois blond. La lumière rythme le récit, avec une alternance de noirs et d’éclairages brutaux du personnage (comme des coups de tonnerre) qui marquent le passage d’une scène à l’autre.

Un enfant claveciniste, le fils musicien, vient jouer trois fois dans le spectacle et ces beaux moments où la mère écoute avec tendresse son fils jouer ajoutent à l’horreur de la situation.

La voix du fils se fait entendre lors de dialogues avec sa mère. Une voix posée, douce et grave qui traduit son sérieux, son amour pour elle mais aussi sa grande solitude.

Le très beau texte de Marine Bachelot-Nguyen est incarné par Emmanuelle Hiron tout en tension et en émotion. Elle s’exprime alternativement à la première et à la troisième personne : ce procédé crée une distance entre la subjectivité du personnage et son histoire jugée par un narrateur extérieur et très proche. Cette femme, seule, nous interpelle de temps en temps, nous  renvoyant à nos propres sentiments, nos propres croyances et contradictions. Ce qui est source de questionnements et ce qui rend ce spectacle dérangeant et nécessaire.

Un texte, une mise en scène, une scénographie et un jeu qui montrent une situation sans jamais juger et les larmes que nous versons sont la réponse à cet immense gâchis créé par toutes les intolérances.

 

L’envolée culturelle / 20 juillet 2017 /  Jérémy Engler

La déchéance d’une mère dans « Le Fils »

Du 6 au 26 juillet 2017, à 13h10, le festival Off d’Avignon et la Manufacture nous invitent à découvrir à quel point il est difficile d’être mère et femme lorsqu’on se découvre une nouvelle passion avec Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, de la compagnie L’Unijambiste, mis en scène par David Gauchard et interprété par Emmanuelle Hiron.

Un seul en scène poignant !

La pièce est construite autour de plusieurs récits de la vie d’une mère. On commence par l’accouchement, puis par l’enfance des deux fils, Anthony et Cyril pour s’arrêter sur l’adolescence. Bien que la pièce s’appelle Le Fils, c’est bien le point de vue de la mère qui est abordé et expliqué. Évidemment, elle analyse l’évolution de ses rapports avec son fils. Les récits sont assez traditionnels et racontent la vie d’une femme devenue mère, mais chacun se termine sur un sentiment de détresse et un coup de stroboscope pour effacer ce sentiment et reprendre le récit originel. La narration est très particulière, car la personne qui raconte ne semble pas être la mère et utilise le pronom personnel « elle » pour la désigner, mais parfois le pronom « je » revient, bouleversant nos repères ou semblant montrer qu’elle a des difficultés à assumer ce qu’il s’est passé. Pourtant, chaque fois qu’une décision ou qu’une réflexion un peu sérieuse est faite, la narratrice interpelle le public pour lui demander comment il aurait agi dans pareille situation. Cette adresse frontale inclut le public dans l’histoire et l’amène à réfléchir sur ses agissements et sur ce qu’elle a vécu et parfois la réponse est étonnante. Ce faisant, elle cherche à justifier des actes dont les remords sont saisissants.

Plus l’histoire avance et plus les indices affluent et nous font comprendre qu’un problème est survenu avec son plus jeune fils. La tension qui naît entre enfant et parent à l’adolescence est bien retranscrite dans ce texte qu’Emmanuelle Hiron interprète magistralement. Elle nous fait ressentir la complexité de ses émotions, partagées entre son devoir de mère, son amour maternel, son envie de vivre sa propre vie, son envie d’être femme et de conserver un lien avec ses enfants. Ce fils apparaît sur scène ponctuellement, il représente la nostalgie qu’elle éprouve vis-à-vis de l’enfance de ce dernier. Il apparaît très jeune et joue du clavecin comme pour évoquer avec mélancolie un temps révolu, un temps béni où le fils et sa mère était encore complice, ou ce dernier jouait encore de la musique pour sa mère.

Quand l’idéologie intégriste rythme et régit une vie…

Bien que chrétienne, elle n’était pas pratiquante, mais son mari un peu plus et ils allaient tous les dimanches à la messe. Petit à petit, elle se laisse séduire par ces moments de rassemblement et notamment lors d’une confession de foi où elle tombe en admiration devant cette communion des gens dans la rue. Cela lui permet de fréquenter la haute bourgeoisie rennaise, milieu qu’elle et son mari idolâtrent un peu. Petit à petit, sous l’impulsion de ses nouvelles amies, elle construit sa vie autour de la religion, participant à des groupes de discussion, à des manifestations et s’engageant notamment contre l’avortement et dans la manifestation contre le Mariage pour tous. Elle se sent importante, elle se sent vivre, car passionnée et animée par ce combat, mais en délaisse sa famille et, sans s’en rendre compte, elle commettra des choix aux conséquences dramatiques. Son combat passant avant tout, elle délaisse sa mission de mère et même si elle en a conscience, elle le fait sans sourciller, prétextant un manque de dialogue avec ses fils dû à l’adolescence… Elle raconte ses choix, faisant de nous les témoins de son drame et de son processus de radicalisation.

Cette pièce est très sobre dans sa mise en scène et repose essentiellement sur la capacité d’Emmanuelle Hiron à incarner la complexité et la puissance des sentiments d’une femme/mère habitée par une nouvelle passion.

 

Larevueduspectacle.fr / 6 avril 2017 / Jean Grapin

Parabole contemporaine d’un roman de l’incompréhension

Avec tous les éléments d’un drame de l’incompréhension, le texte est une étude de caractère précis et méthodique qui évite le mélodrame, la caricature ou la charge militante. Par ses silences, il trace en pointillé le cheminement d’une conscience oscillant entre désarroi refoulé et certitudes affichées. En creux se dessine une carte des manques qui tâtonne sans la recherche des causes. Le portrait d’une société refermée sur elle- même.

Le spectateur en entr’ouvre les portes et découvre la monotonie d’une vie mue par des idées simples. Le temps semble s’être figé dans un idéal tranquille réglé et harmonieux, dans la conformité à la religion jamais remise en cause. La quiétude d’une famille, le statut social, le rite.

Dans cette histoire, le miroir de la respectabilité et de la notabilité s’embue au fil des jours. Une forme d’ennui ne se dit pas. Les enfants ont grandi mais restent des enfants aux yeux des parents. Une vie de silences que l’on eût qualifié au dix-neuvième siècle de rêve bourgeois. Provincial.

Sur lequel tombe comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été, la nouvelle d’une proposition artistique jugée (préjugée) blasphématoire par des forces discrètes et puissantes. Des forces qui vont l’enrôler en toute douceur et persuasion dans l’opposition au projet de loi sur le mariage pour tous.

La mère qui ne soupçonnait pas que l’union civile, le mariage du code civil, n’était pas que le sacrement religieux du mariage, se découvre alors une vitalité inconnue. Battant le pavé, criant d’euphorie au sein de la foule. Métamorphosée.

Entre l’expression du « je » et du « elle », elle est étrangement distanciée. Dissociée même.

La comédienne, (Emmanuelle Hiron), qui monte à l’avant-scène avec toute sa jeunesse, se moule dans la voix très posée de son personnage. Et accroît du coup l’effet de distance. Tout se passe comme si cette femme était en recherche de porte-parole, en recherche d’écoute et de connivence. En plaidoirie. N’ayant à l’évidence rien compris du drame que vivait son fils, ni des enjeux politiques qui l’environnent.

Le spectateur dont la conscience intime est sollicitée applaudit la qualité et le tact de ce travail. Face à ce spectacle qui apparaît bien comme une parabole contemporaine, il lui appartient de trouver du sens à la parole biblique. « Ils ont des yeux et ne voient pas ».

 

Ouest France / 10 avril 2017 /  Agnès Le Morvan

Mythos à Rennes : Nos coups de cœur au théâtre

(…) Le Fils, de David Gauchard, pour le sujet, le processus de radicalisation et le jeu de la comédienne Emmanuelle Hiron, tout en nuance.

 

Le Populaire du centre / 26 février 2017 /  Marie-Noëlle Robert

Le fils, ou la mortelle fêlure d’une fidèle embrigadée

Bon milieu tradi, deux enfants montés en graine sous son aile, Catherine la pharmacienne est l’épouse modèle d’un mari qui ne pense qu’à faire du chiffre entre deux messes du dimanche. Son morne horizon se colore graduellement de bleu marine et rose lorsqu’elle rejoint la manif pour tous, sous l’influence des autres douairières de la paroisse. Un papa et une maman, l’abomination de l’homosexualité, l’avortement, cette horreur… D’homélie en défilé, la jeune femme en arrive à prendre le porte-voix pour coasser à l’unisson. Tout semble sous contrôle, fistons compris, jusqu’au précipice. Seule en scène, Emmanuelle Hiron porte haut ce drame intime, tour à tour témoin de la lente glissade et incarnation subtile d’une femme figée au garde-à-vous d’un entrelacs de convictions, qui vacille comme au confessionnal et hasarde ses questionnements vers les spectateurs.
Sur une mise en scène sobrissime de David Gauchard, la comédienne donne du texte sans concessions de Marine Bachelot Nguyen une interprétation aux nuances dentelées, laissant tout deviner des béances de Catherine. Une femme dont la fragilité masquée fait une recrue de choix, une mère aveuglée. Qu’on n’a pas vraiment envie d’absoudre… »

 

Le théâtre du blog / 6 avril 2017 / Mireille Davidovici

Une femme s’adresse au public : « Vous savez ce que c’est d’être mère ? » Et de nous conter par le menu, la naissance de ses fils, son mariage, son métier de pharmacienne tenant boutique avec son époux. Une femme d’aujourd’hui, dans une ville de province, à la vie bien ordonnée entre famille et travail… allant à la messe le dimanche avec mari et enfants… Deux fils qui grandissent, si différents l’un de l’autre. Elle s’engage dans des mouvements catholiques traditionnalistes, et va aux manifestations contre le spectacle de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu puis ira aux marches contre le mariage pour tous. Avec le sentiment d’appartenir à une bonne société bien pensante…
Une adresse simple, factuelle. Tantôt la comédienne dit : je, tantôt elle prend du recul, avec un récit à la troisième personne. Mais banal, le personnage cerné par l’auteure s’avère complexe et cela, dès le début du récit : « Les enfants, elle était envahie par eux. Elle les aimait et les détestait. » Pétrie de contradictions et d’angoisses, elle apostrophe de temps à autre le public, en quête d’approbation : « Et vous vous allez à la messe ? » « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? » …
Au fil du récit, on sent, à la tension du jeu de la comédienne, monter le drame final. La jeune femme ne l’aura pas vu venir car, aveuglée par ses certitudes, elle est persuadée d’être dans le droit chemin, de lutter pour la bonne cause. Sa croisade contre le Mal, au nom de valeurs qui suintent la haine d’autrui, lui vaudra le pire des châtiments.
Rien de moraliste dans cette pièce, commande de la compagnie l’Unijambiste, en réponse à l’essor de l’intégrisme catholique. Une analyse froide et scrupuleuse des mécanismes à l’œuvre dans l’engrenage qui conduit à des engagements politiques nauséabonds, en toute inconscience. « Cette fiction a un fort ancrage documentaire (…) Un travail de recherche sur les mouvements catholiques intégristes en France et sur d’autres mouvements plus policés et ambigus, a accompagné et précédé l’écriture du texte, note l’auteure. »
A la précision et l’efficacité du texte, répond une mise en scène sobre et rigoureuse. Et Emmanuelle Hiron, au jeu d’une grande intensité, tient le public en haleine pendant une heure vingt. La présence d’un jeune claveciniste qui apparaît de temps à autre sur le plateau, apporte un contrechamp, une respiration dans le jeu serré et subtil de la comédienne qui, au plus près du personnage et de ses émotions, sait, en même temps, s’en tenir habilement à distance.
Cette mère de famille ordinaire, qui pourrait être notre sœur ou notre collègue, nous semble, à nous aussi, à la fois familière et lointaine. Du bel ouvrage, sans autre prétention que de nous révéler la face sombre et tragique de la bien-pensance.

 

Alter1fo.com / 5 avril 2017

Parfois, les points de départ à la création d’un spectacle émanent de nos quotidiens. C’est ce qui s’est passé pour David Gauchard, à Rennes justement. « Deux évènements ont déclenché en moi la nécessité de travailler sur ce sujet aujourd’hui : – le jour où il m’a fallu présenter une pièce d’identité pour aller récupérer ma fille à l’école maternelle en face du TNB car la rue était bloquée à cause des manifestations de Civitas à l’occasion des représentations du spectacle de Roméo Castellucci Sur le concept du visage du fils de Dieu. – le suicide en juin 2014 de Peter, jeune gay, membre de l’association Le Refuge. Après des années à mettre en scène des œuvres du répertoire, j’ai ressenti l’urgence de parler des clivages qui sous-tendent notre société, de toutes ces haines qui deviennent ordinaires » confie ainsi le metteur en scène à la Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie.

Il opte donc pour un monologue féminin, qui mettra à jour une dérive, une pente, un penchant. Vers le rose layette glaçant de la Manif pour tous (et autres mouvements pro-life), bien loin des arcs-en-ciel à huit couleurs. Il en confie l’écriture à Marine Bachelot Nguyen, belle auteur de théâtre engagé, chargée de mettre en mots ce glissement idéologique d’une mère de famille, pharmacienne, issue de la petite bourgeoisie provinciale, qui par besoin d’inclusion/ascension sociale, trouve progressivement sa place auprès de catholiques traditionalistes et intégristes, glissant alors vers un militantisme de plus en plus exclusif. Excessif. Dans lequel elle s’épanouit. Avec aussi, peut-être un effondrement, un drame familial, qui tendent encore davantage ce monologue qu’on pressent aussi remuant qu’essentiel. Car le portrait dressé par les paroles de cette femme (apparemment) bien rangée (incarné donc par la si juste Emmanuelle Hiron) dérange. Questionne.

Comment est-ce qu’on bascule ? S’agit-il d’ailleurs d’un basculement ou plutôt d’un glissement ? Avec un texte, une mise en scène, qui montrent mais ne se posent pas en juges, David Gauchard et Marine Bachelot Nguyen essaient de mettre à jour les mécanismes de ce glissement idéologique, font confiance à la salle pour se saisir de ces questions. Volontairement d’ailleurs, en amont/en écho des futures élections. Avec, en plus, comme bien souvent, chez l’Unijambiste, une musique, ici au clavecin, dont la partition a été confiée à Olivier Mellano, qui vient se glisser entre les plis du texte. Rapprochant la pièce de l’actualité électorale, on laissera d’ailleurs les derniers mots au musicien qui concluait sa newsletter d’avril 2017 par ces mots : « Mais, même si l’on doute que ce soit entièrement à la hauteur de nos idéaux, nous essaierons de viser juste, à l’endroit du cœur, en espérant le miracle d’un retournement ou d’un rassemblement qui nous épargnerait le dégradé de haine, d’obscénité, de cynisme en embuscade. Et, plutôt que de se résigner, continuer d’envisager le miracle fût-ce un mirage. »

 

YAGG / 30 mars 2017 / Xavier Heraud

« Le Fils », ou le glissement idéologique d’une mère Manif pour tous

La pièce « Le Fils » donne la parole à une militante de la Manif pour tous. Dans un monologue puissant et empreint d’émotion, cette femme nous explique comment elle est devenue une militante passionnée de tous les combats réactionnaires de l’organisation anti-mariage pour tous. Et le prix qu’elle a payé pour cela.

Comment des gens « de bonne famille », qui n’avaient jamais manifesté de leur vie, sont-ils et elles devenu.e.s des acharné.e.s de la lutte contre le mariage pour tous ?

C’est ce « glissement idéologique » qu’a voulu décrire l’auteure Marine Bachelot Nguyen avec Le Fils, qui se joue à la Maison des Métallos à Paris jusqu’au 2 avril.3

La pièce, sous forme de monologue, donne la parole à Cathy (incarnée avec beaucoup de justesse et de force par Emmanuelle Hiron), mère de deux enfants et pharmacienne dans une petite bourgade près de Rennes. Elle n’est pas une catholique forcenée, mais s’est mariée à l’Eglise parce que c’était obligatoire pour la famille de son mari. Le dimanche, toute la famille va à la messe, un peu par automatisme, mais aussi parce que se montrer « est bon pour les affaires ». Et puis un beau jour, alors que ses enfants sont grands et qu’elle ne les comprend pas vraiment, elle entend le sermon du prêtre qui les incite à aller manifester contre la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, à Rennes, accusée de blasphème. Elle se rend à la manifestation. L’énergie de l’événement la subjugue. Puis, le mouvement catholique rennais se mobilise contre le mariage pour tous et elle s’engage corps et âme dans les protestations. C’est alors que son second fils, plus renfermé et discret que son aîné, s’éloigne de plus en plus d’elle. Elle va bientôt comprendre pourquoi…

« L’idée de la pièce vient de David Gauchard (metteur en scène et scénographe du Fils), explique l’autrice Marine Bachelot Nguyen. Il voulait faire parler une mère catholique et examiner le « glissement idéologique » qui la conduit à s’engager auprès de la Manif pour tous. Deux événements l’ont inspiré, les protestations contre la pièce de Romeo Castellucci et le suicide d’une jeune gay rejeté par sa famille, rapporté par la presse. »

Ce « glissement », Marine Bachelot Nguyen estime que c’est aux spectateurs/spectatrices de l’analyser. « Dans ce cas, le glissement est assez mince. On a choisi de ne pas la faire aller trop loin. Ce qui nous intéressait, c’était de voir comment cette catho modérée glisse parce qu’à ce moment-là il y a un vide dans sa vie. Avec cet engagement, elle réalise en quelque sorte son épanouissement de femme, presque féministe, et cela la fait bénéficier d’une ascension sociale, puisqu’elle croise désormais des femmes de chirurgiens ou d’autres notables. »

Dans la pièce, l’actrice passe constamment de la troisième à la première personne. « C’était instinctif, répond Marine Bachelot Nguyen. J’avais envie qu’elle dise parfois «je» et parfois qu’elle mette de la distance vis à vis d’elle-même.» Le personnage de Cathy brise également régulièrement le « quatrième mur » en apostrophant directement le public, comme pour dire à cette salle généralement plutôt pro-mariage pour tous, comme le note l’autrice, « êtes-vous si différents de moi? ».

Même si le portrait de cette manifestante anti-mariage pour tous se veut nuancé, il peut faire grincer des dents quelques directeurs de théâtre. L’un d’eux a en effet refusé de jouer la pièce de peur de froisser l’élue manif pour tous locale. « On a essayé de concevoir le spectacle pour qu’il s’adresse à tout le monde », plaide pourtant Marine Bachelot Nguyen, qui en dehors de son travail d’autrice, se définit comme une « militante sur les questions féministes, LGBT et décoloniales ».

Ce dernier aspect lui permet justement de mettre en perspective l’engagement des manifestants anti-mariage pour tous: «La pièce m’a permis de travailler sur la radicalisation côté catholique et côté blanc. Il faut avoir conscience qu’en France, il y a aussi des dérives du côté chrétien».

 

Spectatif.over-blog.com / 30 Mars 2017 / Frédéric Perez

Un temps de théâtre fort, un texte corrosif et digne, une interprétation impressionnante.

Dans une dignité pleine d’émotions, Catherine raconte son histoire, son déchirement irrémédiable, sa faille mortifère.

L’interprétation d’Emmanuelle Hiron est forte, puissante même, nous livrant ce texte comme une confession, un cri, un effondrement. L’émotion, la compassion et la rage nous submergent.

La mise en scène de David Gauchard sobre centre notre attention sur le texte adroit et efficace de Marine Bachelot Nguyen. Le jeu de la comédienne prévaut, accompagné par moments par la musique du jeune claveciniste Séraphin Ruiz présent sur le plateau. La musique d’Olivier Mellano nous fait penser à une forme d’élégance de la tradition, à d’autres temps que le présent, celui d’avant, celui de l’oubli.

Dates de tournées
125

représentations

CRÉATION

14, 15, 16, 17 février 2017 Théâtre de l’Union, CDN du Limousin & Théâtre Expression 7, Limoges


 

DIFFUSION

Saison 19-20

6 septembre 2019 Festival La bèl Parol, Le Séchoir, Scène conventionnée de Saint-Leu, La Réunion

10 septembre 2019 Festival La bèl Parol, Théâtre Luc Donat, Le Tampon, La Réunion

12 septembre 2019 Festival Label Parol, Centre Dramatique National de l’Océan Indien, Saint Denis, La Réunion

8 octobre 2019 Le Kiasma, Castelnau-le-Lez
11 octobre 2019 Le Son du Fresnel – Théâtre des Dames, Les Ponts de Cé
17 > 19 octobre 2019 Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, Scène nationale
5 et 6 novembre 2019 Théâtre Auditorium de Poitiers, Scène nationale
8 novembre 2019 Théâtre des collines, Annecy
26 > 29 novembre 2019 Théâtre de Cornouaille, Centre de création musicale, Scène nationale de Quimper
4 décembre 2019 Centre culturel Athéna, Auray
14 et 15 janvier 2020 Théâtre d’Angoulème, Scène nationale
23 janvier 2020 Le Scénograph, Scène conventionnée Théâtre & Théâtre musical Saint Céré
25 janvier 2020 L’Arsénic, Gindou
12 février 2020 La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois
6 mars 2020 Théâtre Beaumarchais, Amboise
10 et 11 mars 2020 Université de Tours, Salle Thélème
17 mars 2020 Scènes du Golfe, Théâtres Arradon-Vannes
19 mars 2020 Théâtre du Pays de Morlaix, Scène de territoire pour le théâtre
21 mars 2020 Théâtre de la Nacelle, Aubergenville
23 et 24 mars 2020 Le Moulin du Roc, Scène nationale à Niort
3 avril 2020 Centre culturel Jacques Duhamel, Vitré

 

Saison 18-19

7/10 novembre 2018 Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – TnBA

13 novembre 2018 Le Théâtre, Scène conventionnée de Laval

18 novembre 2018 Les Théâtrales Charles Dullin, Espace Culturel Gérard Philipe, Fontenay sous bois

23 novembre 2018 L’intervalle, Centre culturel de Noyal-sur-Vilaine

29 novembre 2018 Le Séchoir, Scène conventionnée de Saint-Leu, La Réunion ANNULE

30 novembre 2018 Festival Label Parol, Théâtre sous les Arbres, Le Port, La Réunion ANNULE

1er décembre 2018 Festival Label Parol, Théâtre Luc Donat, Le Tampon, La Réunion ANNULE

12 et 13 décembre 2018 Théâtre Firmin Gémier / La Piscine, Châtenay-Malabry

18 décembre 2018 Le Quai des Arts, Rumilly

20 décembre 2018 Théâtre du Briançonnais, Scène conventionnée – Pôle régional de développement culturel, Briançon

9/18 janvier 2019 La Rose des Vents, Scène nationale Lille Métropole, Villeneuve d’Ascq

23 janvier 2019 Scènes de Territoire – Agglomération du Bocage Bressuirais, Bressuire

4 et 5 février 2019 Le Tangram, Scène nationale d’Évreux – Louviers

8 février 2019 Festival MOMIX, Espace Tival, Kingersheim

12 février 2019 Théâtre de Lons-le-Saunier, Les Scènes du Jura, Scène nationale

26 février 2019 Théâtre de l’Hôtel de Ville de Saint-Barthélemy-d’Anjou

28 février 2019 Tournée GRAND T / Le Canal, Scène conventionnée pour le Théâtre, Redon

2 mars 2019 Tournée GRAND T / Espace culturel Cœur en Scène, Rouans

5 mars 2019 Théâtre municipal de Coutances

7 mars 2019 Théâtre de Lisieux Pays d’Auge

19 mars/14 avril 2019 Théâtre du Rond-Point, Paris

25 avril 2019 Tournée GRAND T / Espace culturel Sainte-Anne, Saint-Lyphard

27 avril 2019 Les Dominicains de Haute-Alsace, Guebwiller

30 avril 2019 L’Atelier à spectacle, Scène conventionnée de l’Agglo du Pays de Dreux, Vernouillet

9 et 10 mai 2019 La Maison du Théâtre – Finistère, Brest en partenariat avec Le Quartz, Scène nationale de Brest

14 mai 2019 La Ferme de Bel Ebat – Théâtre de Guyancourt

16 mai 2019 Théâtre du Champ au Roy, Guingamp

 

Saison 17-18

30 novembre 2017 Scène Nationale d’Aubusson

24 mai 2018 DSN, Dieppe Scène Nationale

 

Saison 16-17

28 mars-2 avril 2017 La Maison des Métallos, Paris

6 et 7 avril 2017 Festival Mythos, L’Aire Libre Rennes

3, 4, 10, 11, 12, 13 mai 2017 Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry

6-26 juillet 2017 La Manufacture, Avignon festival off

L'affiche
Lettre aux lycéens - PRIX SONY LABOU TANSI DES LYCEENS/THEATRE FRANCOPHONE 2019

Bonjour à toutes et tous,
Je suis fière et honorée de vous présentez ma pièce Le fils. Elle est le fruit d’une collaboration avec un metteur en scène et ami, David Gauchard. En 2014 David arrive avec cette idée : écrire et faire entendre la parole et le glissement idéologique d’une femme, catholique et mère de deux fils – dont l’un va se révéler homosexuel, l’autre évoluer vers l’extrême-droite. Il me raconte certains épisodes de son adolescence dans un petit village : me raconte comment l’ado qu’il était avait parfois failli glisser vers des idéologies un peu limites, par effet de conformisme, de groupe, d’entraînement… Souvent on ne voit pas les choses arriver…
J’ai été marquée par la Manif pour Tous, ces manifestations qui eurent lieu en France pour s’opposer au mariage homosexuel, en 2012-13. Ce fut une période violente, qui libéra et banalisa les discours et les actes homophobes. Etant moi-même lesbienne, j’ai parfois essayé de discuter avec ces personnes, qui manifestaient dans la rue contre nos droits et notre existence. C’était une sensation étrange…
Je me demandais comment des croyants, des chrétien·ne·s adhérant théoriquement aux évangiles et au message du Christ, pouvaient ainsi se dresser contre l’amour, l’égalité des droits, la justice, l’acceptation de chacun et chacune… Cela reste un vrai mystère pour moi.
Il y a eu aussi ces manifestations hallucinantes de catholiques intégristes contre des spectacles de théâtre soit disant blasphématoires. À Rennes là où j’habite, j’ai assisté au spectacle magnifique de Roméo Castellucci, Sur le concept de visage du fils de Dieu, dans un théâtre gardé par des policiers et CRS. Nous sommes dans une France qui se fissure et qui va vers les extrêmes : quand les médias sont obsédés par la radicalisation djihadiste et la diabolisation de l’islam, je souhaitais aller regarder du côté des radicalisations catholiques.
Créer le personnage de cette mère de famille, Cathy, et lui donner voix, permettait d’absorber dans une fiction tous ces éléments de réalité qui m’avaient secouée. Nous avons voulu, avec David et la magnifique Emmanuelle Hiron qui l’interprète, nous glisser en elle, essayer de la regarder et de la comprendre de l’intérieur. Non sans une forme d’empathie.
Car je crois qu’il faut toujours aimer ses personnages, même s’ils sont détestables et à l’opposé de nous. Avant d’être une militante aveuglée, c’est une mère qui doute, c’est une femme qui se débat comme elle peut dans sa vie, qui rêve d’ascension sociale et d’avoir des ami·e·s.
Les rapports parents/adolescents et adolescents/parents sont toujours complexes, faits d’amour, de haine, d’incompréhensions, de proximité ou d’éloignements. Je me souviens de la fragilité et de la force éprouvées à l’adolescence, la sensation d’avoir la vie devant soi, et parfois d’être sur un fil… On entend peu la voix du jeune Cyril dans la pièce, ou bien en creux – et pourtant j’espère qu’elle résonnera pour vous. Tout comme la présence inquiétante de son frère Anthony…
Derrière la banalité des existences, il y a des tragédies qui couvent parfois. En France, l’homophobie (provenant de la famille et de l’entourage) constitue la première cause de suicide chez les adolescents. C’est pour cela que je me suis résolue à raconter cette mort. Mais on aurait pu imaginer un tout autre destin pour Cyril : un destin heureux.

J’espère que vous penserez aussi à cet autre possible.
Et que vous verrez, vivrez ou écrirez ces histoires heureuses…

Bonne lecture à vous.

Marine Bachelot Nguyen

VIDEO - "Le fils" présenté par David Gauchard

VIDEOS - "Le fils" présenté par Marine Bachelot Nguyen

Le fils, la genèse par Marine Bachelot Nguyen

Le fils, le contexte artistique par Marine Bachelot Nguyen

Le fils, présentation par Marine Bachelot Nguyen

Sul concetto di volto nel Figlio di Dio

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