Parpaing

Le théâtre est un lieu qui vous arrache à vous même et vous révèle aux autres.

Il m’arrive quelque chose d’improbable. Le jeudi 19 septembre 2017, ma famille biologique me retrouve et je découvre un frère et une sœur. Moi l’enfant unique, qui me définis par une vie déjà chargée en rebondissement, je découvre un passé qui s’est passé sans moi, une mère « fille-mère » forcée à m’abandonner à ma naissance, elle avait 17 ans 1⁄2, elle vivra avec ce poids et cette douleur jusqu’à sa mort.

Mes racines ne sont pas celles que je croyais connaître et l’histoire de ma vie telle que je la connais n’existe pas. Je me suis construit sur des secrets. Tout se bouscule. Et au-delà de mon vécu (celui que je connais mêlé à celui que je découvre), des questions se posent à moi.

Je me prends en pleine figure le «to be or not to be», le «qui suis-je?», le «quel homme je suis devenu et quel homme je veux devenir ? ». D’où me viennent finalement les valeurs que je porte ? L’être humain après lequel je cours et que j’essaie de faire évoluer est bâti sur quoi… concrètement ?

Dans ce travail, je vais questionner la construction personnelle, la recherche de sa propre identité, le rapport entre la vérité que l’on assume et la réalité que l’on découvre. J’aimerais partager avec le monde ces questions qui m’animent et qui me bousculent. Je n’ai plus aucune certitude.

Mon spectacle s‘appelle parpaing, c’est l’histoire d’un parcours, celui de la résilience.

« Deviens ce que tu es. » Nietzsche

Le parpaing est à la fois un poids, un matériau de construction, c’est la fondation ; il me rappelle d’où je viens, une low-middle-class de zone indus, Cora, Flunch, les maisons Phoenix. Ce milieu est le lien, le fil rouge qui relie mes vérités multiples.

 

Conception, écriture, interprétation : Nicolas Petisoff
Collaboration artistique, régie générale-son-lumière : Denis Malard
Direction d’acteur : Emmanuelle Hiron
Composition et interprétation musicale : Guillaume Bertrand
Construction scénographie : François Aubry
Conseil à l’écriture : Ronan Chéneau
Visuel : Raphaël Mathieu / Karosabutkiss
Attachée de presse : Murielle Richard

 

Genre : théâtre
Création : 19, 20 et 21 novembre 2019 – dans le cadre du Festival Art et Déchirure de Rouen

Production > 114 Cie

Production déléguée > CPPC – Centre de Production des Paroles Contemporaines
Coproduction > CDN de Normandie, Rouen – Théâtre l’Aire Libre, St Jacques de la Lande – Compagnie L’unijambiste, Limoges – DSN scène nationale de Dieppe
Soutiens > Couvent des Dominicains de Haute Alsace, Guebwiller – Festival Art et Déchirure, Rouen – Salle Guy Roppartz, Ville de Rennes – Festival Mythos, Rennes

 

Muriel Bordier / Directrice de production (assistée par Adèle Sicre)
muriel.bordier@cppc.fr / +33 6 08 18 69 04

 

Nicolas Petisoff / Conception du projet
cie114@hotmail.fr / +33 6 83 52 11 36

Notes de travail

Au plateau, j’imagine 3 étapes, comme 3 actes, j’ai envie de 3 actions.

Juste un sol, un couloir, comme un chemin à parcourir. C’est du carrelage, celui des maisons Phénix. Y-a-t’il un but au bout de ce couloir ? Quel est l’objectif du chemin parcouru ?

Je propose une visite guidée intérieure. La rencontre avec le mensonge qu’est mon histoire. Dans une ambiance très douce, je me raconte en traversant les évènements qui ont marqués la construction de mon identité (mon adoption, ma famille adoptive, l’alcoolisme et la tentative de suicide de mon père, le mariage pour tous, mon métier, mes ami.e.s, etc…).

Ensuite, je voudrais parler du bouleversement : cette réalité qui me rattrape, cette famille qui me retrouve et qui s’impose comme étant la seule vérité sur ma vie. J’ai été désiré par ma mère qui a été contrainte de m’abandonner, j’ai 3 états-civils, mon identité première est un mensonge, je ne suis plus seul.

Je voudrais, pour finir le spectacle, ouvrir la réflexion sur cette question du rapport personnel et intime à la construction de soi, loin de moi l’idée de moraliser le concept de vérité ou de mensonge, simplement se rendre compte que dans une vie, une vérité peut en chasser une autre, le secret et le non dit sont dans toutes les vies, le seul encrage auquel on puisse se raccrocher est au fond de soi. Je voudrais me faire tatouer dans cette séquence car plus je me marque la peau et plus je me reconnais. Ou je me tatouerais peut-être moi même, en réel ou en trichant… qu’importe ? Où est le vrai et où est le faux dans chacune de nos vies ? En arrière plan, peut être un vidéo-clip de l’environnement dans lequel j’ai grandi, la zone indus, peut être des bribes de moi petit, peut être des moments de vie de ma famille biologique… sans moi, peut être.

Extrait

À qui les secrets de famille font ils du bien ? Je vous le demande. (…)
On est le 18 octobre 2017, ça fait un an que Martine est partie et je découvre qu’elle est véritablement ma mère. Alain ne s’est pas trompé, il m’a trouvé, il l’a fait pour elle, par amour. Je ne suis donc pas enfant unique, je suis le grand frère. Il est loin l’accident de voiture de Bellac. Il est loin le Tsar de Russie. Il est loin le petit fils de pute. Je tourne les pages de mon dossier et je découvre qu’il y a eu une vie avant l’adoption du 16 décembre 1979. Les choses changent chaque fois que je les regarde. Je suis né à Limoges et j’ai 3 états civils établis en 6 mois de début de vie…
État civil n°1 du 23 juin au 24 juin 1979 :
Enfant né sous X à 3h30 à la clinique des Emailleurs, à limoges, poids 3,5kg.
État civil n°2 du 25 juin au 15 décembre 1979 :
Emmanuel Rebier, pupille de la nation, né à Limoges, pris en charge à la pouponnière de la commune d’Isle, candidat à l’adoption.
État civil n°3 du 16 décembre 1979 à aujourd’hui et jusqu’à la fin :
Nicolas Petisoff, né à Bellac, parents, Serge et Michèle Petisoff, et sur les autres lignes, il y a des croix partout.
Si tu me cherches, tu me trouves. (…)
Martine est née le 18 octobre 1961, elle est morte le 18 octobre 2016, et je la rencontre le 18 octobre 2017. La boucle est bouclée. (…)

Le parpaing (lat : perpetaneus, ininterrompu) est à l’origine un élément de maçonnerie taillé qui présente 2 faces lisses afin de réaliser en même temps les deux faces opposées d’un mur.