Maloya

Parole libre et poings fermés, nappes sonores et beats synthétiques : Sergio Grondin et Kwalud plongent leurs perceuses dans le maloya pour ausculter, sous la surface, la part de nous que porte encore et toujours cette musique.
Après le choc Kok Batay, c’est le retour attendu de Sergio Grondin sur le ring de la créolie. Toujours entouré du metteur en scène David Gauchard et du compositeur électronique Kwalud, l’auteur qui a poussé le conte réunionnais dans le XXIe Siècle invente ici son kabar à lui. Nourri par des entretiens avec les zarboutans du maloya, il plonge dans l’histoire et les contradictions de cette musique devenue symbole, pour mieux interroger notre relation viscérale à nos traditions et à la langue des anciens qui peu à peu disparaît.
Mots qui tapent, hallucinations lumineuses, rythme des machines : entre nostalgie et modernité militantes, un moment de haute intensité artistique pour dire ses tripes, poser les questions qui comptent, et tout remettre en jeu. Ça veut dire quoi aujourd’hui, être créole ? Elever un fils, est-ce forcément trahir un peu son père ? Comment être en même temps respectueux du passé, fidèle à soi et tourné vers l’avenir ? Et si tous ces doutes, tous ces déchirements, toute cette vitalité tenaient en un seul mot : Maloya ?

 

un spectacle de Sergio Grondin, Kwalud & David Gauchard

 

Auteur et interprète : Sergio Grondin
Musique : Kwalud
Mise en scène et scénographie : David Gauchard

Création mai 2018, festival Leu Tempo à St Leu de la Réunion

Production > Karanbolaz

Note d'intention - Sergio Grondin
Je me souviendrais longtemps de la première phrase que j’ai dîte à mon fils à sa naissance, et ce pour une seule raison, cette phrase était en français. Si je n’en ai pris conscience qu’une fois sorti de la maternité, cette phrase est vite devenue pour moi comme une obsession.
Pourquoi était-elle en français et non dans ma langue maternelle le créole?
La langue créole est parlée par près de 98% de la population réunionnaise, si elle est l’objet de multiples débats linguistiques et identitaires (comme toutes les langues dites minoritaires), elle est avant tout une langue vivante, et constitue aujourd’hui un des ferments de l’identité créole. Cette identité insulaire, sa particularité, son universalisme ont toujours occupé une place prépondérante dans mon travail d’auteur. Je n’ai eu de cesse ces dernières années de l’interroger,  de l’affirmer, convaincu qu’elle était le socle indéboulonnable de ce qui me constitue en tant qu’homme, mais également en tant qu’artiste. Plutôt que d’être angoissé par l’exiguïté des 2512 km2 de mon île, j’y ai toujours vu un immense territoire artistique à explorer.
Si comme disait Confiant le monde est créole, mais il ne le sait pas, je pourrais rajouter : la langue créole est son Espéranto même s’il ne le parle pas encore.
Pourquoi alors est-ce que j’étais incapable de parler dans ma langue maternelle à mon fils ?
Cette question m’obsédait, évidemment parce qu’elle soulevait beaucoup de questions en moi, mais surtout par le fait que cette phrase prononcée en français, ce moment, était irréversible.
Comme si la naissance de mon fils était venue m’annoncer la mort de ma langue maternelle.
On peut trouver ces questions surannées, pourquoi encore se soucier du petit sort des langues, des patois, à l’heure du langage numérique et des identités (interchangeables) numériques. Cette question j’y ai depuis longtemps répondu : simplement parce que ma la langue et ma culture, m’importe ! Elles me constituent, et si elles s’effacent, je m’efface avec elle, je perds mon identité.
L’identité, ce mot qui dès qu’on le revendique, dés qu’on essaie de le définir, s’échappe.
L’identité, ce mot à la fois généreux et meurtrier, est-ce que je n’étais pas, au final, fatigué de le prononcer?
Est-ce que ce fils à peine né allait lui aussi avoir la charge de cette obligation d’être : d’une langue, d’une région, d’un peuple, d’un drapeau?
À travers l’écriture de ce spectacle, c’est une cartographie de l’intime et du territoire que j’ai entamé. Engagé et poétique, engagée poétiquement, avec l’envie d’être à l’écoute, de laisser parler cette langue qui m’échappe.
Revue de presse

Blog Le Monde L’arbre aux contes / juillet 2018 / Cristina Marino

A des degrés divers, la plupart des spectacles que j’ai pu voir en ce week-end de juillet dans le « off » du Festival d’Avignon utilisent comme matière de travail, comme source d’inspiration, l’histoire personnelle et familiale de leurs auteur(e)s et interprètes. C’est le cas notamment de plusieurs spectacles de contes qui se sont identifiés comme tels, rattachés sous la nouvelle catégorie créée dans la nomenclature de classification des spectacles du « off » dans le catalogue : « Art du récit » . Sur des thèmes très différents et variés, elles puisent toutes dans des éléments autobiographiques pour nourrir la trame de leur narration.

Je ne connaissais pas du tout le travail et l’univers de Sergio Grondin et de sa compagnie Karanbolaz. J’ai été voir deux de ses spectacles dans le « off » (Malaya et Kala) en grande partie parce qu’ils parlaient de l’île de La Réunion. Et franchement, ça a été une très agréable découverte, à la fois pour Maloya, spectacle qu’il met en scène avec David Gauchard et qu’il interprète au côté du musicien Kwalud à La Manufacture, et pour Kala, spectacle qu’il a mis en scène, interprété par la conteuse et comédienne Léone Louis (compagnie Baba Sifon), à la Chapelle du verbe incarné. Une fois encore, la dimension intime, personnelle est omniprésente dans ces deux spectacles qui se nourrissent, tout en les dépassant, des existences de ces artistes. Ainsi, le point de départ de Maloya est le sentiment qu’a ressenti Sergio Grondin lui-même en devenant papa et en s’apercevant de la difficulté qu’il éprouvait à s’adresser à son fils nouveau-né en créole (qui est pourtant sa langue maternelle). De cette expérience individuelle, très spécifique, il a su tirer une création à portée universelle, une réflexion d’ordre plus général sur ce qui fonde l’identité même d’un peuple, d’un territoire en collectant les témoignages de membres de sa famille et de personnalités locales autour du maloya, ce genre musical propre à l’île de La Réunion, à la fois chant, musique et danse, inscrit depuis 2009 dans la très sélective liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité certifiée par l’Unesco. J’ai particulièrement aimé la façon dont Sergio Grondin restitue sur scène tous ces témoignages collectés en amont du spectacle, grâce à un astucieux système de traduction quasi simultanée du créole au français et avec des petits cartons où sont indiqués les prénoms des personnes interrogées. C’est le mélange, la fusion de toutes ces paroles individuelles qui parvient à créer une réflexion plus vaste, plus générale sur la disparition ou la préservation d’une langue (le créole) face à la puissance unificatrice d’une autre (le français).

De même, dans Kala, si le point de départ du récit est l’histoire personnelle de Léone Louis et des femmes de sa famille (sa mère et sa grand-mère surtout), le spectacle élargit le propos à une réflexion plus globale sur la place des femmes dans les sociétés patriarcales, sur l’émancipation des femmes d’une génération à l’autre, sur l’héritage que l’on transmet à ses enfants. J’ai trouvé cette comédienne et conteuse, que je connaissais pas du tout, d’une très grande sincérité sur scène, elle ne triche pas avec ses émotions, on a le sentiment que cette histoire vient du plus profond de ses entrailles. Elle incarne avec passion et talent trois figures féminines : la figure mythique réunionnaise de Kala-GranmèrKal, ancienne esclave, femme-oiseau, sorcière ; la figure maternelle de la chanteuse de radio-crochet dans les années 1950, baptisée Madina ; la figure plus contemporaine de la petite fille puis jeune fille qui se libère progressivement du poids du passé familial et de son bégaiement à travers les arts du récit. Au travers de ces trois beaux portraits de femmes auxquels sont associés différents espaces scéniques et ambiances sonores (pour la chanteuse notamment, c’est l’artiste Kaloune qui lui prête sa voix par moments). La mise en scène très réussie convoque d’autres figures mythiques comme la chanteuse Barbara et son inoubliable Aigle noir et mêle habilement musique électro et maloya. Une représentation donnée d’ailleurs en ce dimanche de finale de Coupe du monde devant un public uniquement féminin.

 

Outre-mer la 1ère / juillet 2018 / Patrice Elie-dit-Cosaque

Maloya, enquête d’identité

Commençons par la fin : Le conteur est sur la scène, derrière lui défilent à toute vitesse des mots et des images qui se concluent par le terme MALOYA. Tout au long du spectacle, il a disposé sur le sol des dizaines d’étiquettes où sont inscrits des noms, des prénoms.
Identité réunionnaise
Ceux des grandes figures que Sergio Grondin a rencontrées ou dont il a recueilli la parole ou dont il a remis en lumière les propos lors d’interviews réalisées au préalable. Toutes évoquent le maloya : oui, la tradition, oui, la musique, oui, la danse… Mais avant et surtout, ce maloya qui fonde l’identité créole réunionnaise ; le maloya, la vie. Le maloya, l’âme.
Le maloya en questions
Tour de force orchestré en douceur par le conteur-comédien-auteur Sergio Grondin, avec la complicité du metteur en scène David Gauchard et du compositeur électronique Kwalud : que l’on soit féru de maloya ou néophyte, impossible de ne pas se laisser porter par ce documentaire qui prend sous nos yeux les aspects d’une pièce de théâtre ou d’une conférence intime mise en scène.
La voix de Sergio Grondin
On entend finalement peu de maloya mais on écoute, projetés en fond de scène ou dans la voix de Sergio Grondin, les grands noms – artistes ou spécialistes de ce pan de la culture et du patrimoine de La Réunion – témoigner de ce qui fait le maloya.
Musique de combat
Tour à tour lyriques ou approchant de façon intime de cette question, les intervenants nous font réaliser petit à petit à quel point ce qui était à l’origine une musique de combat et de résistance face à l’oppression (le maloya est né sous l’esclavage) est devenu, en grandissant, un genre musical à part entière et a su exploser ses propres frontières historiques, géographiques, sociologiques et politiques.
 
Sergio Grondin a le souci de ne pas perdre ses spectateurs : tout est chapitré, les mots-clés apparaissent en fond de scène, issus du vocable créole ou français propre à l’univers du maloya sur fond de musique électronique qui ne dépareille pas pour autant.
Au nom du fils
Tout l’amour et le respect que porte Sergio Grondin à son pays et à ses défenseurs, se traduit dans cette quête. Car « Maloya » est avant tout une quête… Et voilà qui nous ramène au début du spectacle : c’est parce que son fils Saël est né que s’est posée la question de la façon dont il s’adressait à lui ; le choix des mots, le choix de la langue… Le français ? Le créole ?
Histoire du pays
Ce qui a l’air d’une question toute simple est conditionné par un contexte, par l’Histoire du pays, par l’histoire d’une famille. De toutes ces questions -et les réponses qui en découlent-, Sergio Grondin nous propose ce point de départ : les premiers noms posés sur le sol seront ceux des siens.
Prétextes, raison fondamentale à cette quête, à cette recherche des éléments qui font, qui fondent l’identité d’un homme et des hommes dans un temps et un lieu précis : maintenant et ici, à la Réunion, dans l’Océan Indien et pourtant en France.
Un voyage édifiant
A travers ses questionnements intimes, Sergio Grondin non seulement interroge son histoire – qu’est-ce qu’être père ? Qu’est-ce qu’être artiste ? Qu’est-ce que la transmission ?…-, mais aussi celle de la Réunion multiculturelle – qu’est ce qui fait la spécificité d’un pays ? Sa culture ? Son patrimoine ? Son rayonnement ? – et au passage, au fil de ces histoires, de ce conte, il nous dresse le portrait du maloya et rend un vibrant hommage à ces hommes et ces femmes qui accompagnent, font et sont le maloya… Un voyage édifiant, instructif et émouvant.

 

Pianopanier.com / juillet 2018 / Marie-Hélène Guérin

Maloya, langue-monde

« Est Réunionnais toute personne qui vit à la Réunion quelque soit son pays d’origine »
Le maloya, c’est la musique traditionnelle de l’île de La Réunion. « C’est simple, le maloya, c’est notre parole. ». C’est simple, et c’est complexe, parce que le maloya vient « des tréfonds de l’Histoire » et, comme l’île, est fait d’Afrique, d’Inde, de passé colonial, c’est une musique mais c’est aussi une expression politique, une transmission affective, une fête, un vestige des rituels vaudous malgaches.
Sergio Grondin à la naissance de son fils, Saël – « Saël, c’est un prénom hébraïque qui veut dire conciliant » -, lui a dit « Bienvenue Saël, mon fils. Ta mère et moi, on est heureux de t’accueillir ». Une nuit a passé, et le coup de poing direct au creux de l’estomac : lui le Réunionnais qui parle créole avec ses parents, ses amis, a prononcé les premiers mots pour son fils en français.
« Comme si la naissance de mon fils était venue m’annoncer la mort de ma langue maternelle ».
Qu’est-ce que raconte ce français ? Qu’est-ce que ça raconte du créole, cette interrogation ?
Avec ses complices de longue date – c’est leur troisème création conjointe -, David Gauchard et Kwalud (co-auteurs et respectivement metteur en scène et créateur des musiques), Sergio Grondin, conteur charismatique, compose un spectacle d’une grande force et d’une intelligence sensible. Du théâtre à vertu documentaire, mais surtout du théâtre à vertu humaniste.
Sergio Grondin est allé à la rencontre de ses compatriotes avec toutes ses questions sur le rapport à la langue, sur le créole, sur l’identité réunionnaise. Smartphone à la main et écouteurs aux oreilles, il va se faire passeur de leurs mots.
En fond de scène, une table de mixage, à ses pieds des blocs de bois clair, des tronçons de canne à sucre, 2 seaux de fer blanc. De ces modestes objets, se construira une scénographie graphique, élégante et rythmique, où la parole du conteur a tout l’espace pour se déployer. Sur le mur de fond seront projetés quelques mots clefs – mouramour, veli -, ou une traduction, lorsque la langue se fait trop inacessible pour le public non créole.
La composition électronique, aux sonorités très contemporaines, jouée en direct par Kwalud, tient le folklore à distance, tout en laissant la place aux chants ou aux poèmes de la mémoire familiale ou ancestrale.
« Parler de l’identité d’un peuple, c’est comme sortir un lambi de la mer : on peut l’observer, c’est un beau coquillage, mais c’est un coquillage mort.
La poésie, le mystère, restent au fond de la mer. »
Mais Sergio Grondin, David Gauchard et Kwalud ne font pas que sortir un coquillage de la mer, le retourner entre leurs mains pour le scruter et le porter au regard des autres. Ils ne font pas que fabriquer un outil pour ausculter une parole : « à travers l’écriture de ce spectacle, c’est une cartographie de l’intime et du territoire que j’ai entamée », écrit Grondin. Son intime et son territoire. Pas un coquillage mort : quelque chose où l’on vit, quelque chose que l’on vit. Et dans ce Maloya, la poésie et le mystère ne sont pas restés au fond de la mer : des gouttes d’eau sont remontées avec le coquillage, et leur poésie et leur mystère sont là, bien vivants.
« Nous vivons dans un bouleversement perpétuel où les civilisations s’entrecroisent, des pans entiers de culture basculent et s’entremêlent, où ceux qui s’effraient du métissage deviennent des extrémistes. C’est ce que j’appelle le « chaos-monde ». (…)
Je crois que seules des pensées incertaines de leur puissance, des pensées du tremblement où jouent la peur, l’irrésolu, la crainte, le doute, l’ambiguïté saisissent mieux les bouleversements en cours. Des pensées métisses, des pensées ouvertes, des pensées créoles. » Edouard Glissant, entretien accordé au Monde 2, en 2005.

 

Madinin’Art / critiques culturelles de Martinique / juillet 2018

Maloya : un superbe road movie identitaire

Toujours dans la veine inépuisable du théâtre documentaire, en provenance de La Réunion, la Compagnie Karanbolaz de Sergio Grondin offre au public avignonais un petit bijou : Maloya.

Le cadre est fixé dès la scène d’exposition. « Il y a deux ans à la naissance de mon fils […] Saël, un prénom hébraïque que veut dire conciliant […] je lui ai dit Bienvenue Saël, ta maman et moi on est heureux de te voir. […] Je n’ai pas tout de suite réalisé que je lui avais parlé en français (Sergio parle quotidiennement à sa famille en créole ), comme si la naissance de son fils était venue lui annoncer la mort de sa langue maternelle.

Un trouble inexorable s’installe. Le défenseur de la créolité, élément fondamental de son identité, est submergé par un flot d’interrogations qui le traversent. Le trouble est d’autant plus grand que Sergio Grondin partage la position « Glissantienne » de la mondialité (Edouard Glissant) , inverse de la mondialisation qui met en évidence la relation et la diversité des cultures. Cette adresse en français de quoi est-elle le signe ? De quelle trahison est-elle porteuse ? De quelle menace d’uniformisation, de standardisation, de normalisation est-elle l’annonciatrice ?

Sergio Grondin va herser le champ mille fois labouré de la recherche des identités plurielles. La longue énumération des noms et prénoms soulignera la multiplicité des origines, leurs croisements et les fécondités gigognes dont elles sont issues. Il n’est de langue vivante que langue en devenir, en croisement, en gestation permanente par l’usage qui résulte de sa pratique dans l’immédiateté des faits et des évènements qu’elle tente de cerner sans pouvoir ni vouloir les enfermer. Prénoms sur cartons dessinent au sol une toponymie réunionnaise marquée d’un impossible enferment autour d’un drapeau, d’un état. Richesse d’un éclectisme autour d’une langue commune qui se présente comme le premier élément tangible d’une communauté.

Sergio Grondin par une présence sur scène d’une rare intensité donne vie à la multiplicité des origines et des échanges qu’elles entretiennent. Bouleversant d’authenticité il bouscule et touche au plus profond un public qui s’en va le coeur au bord des lèvres.

 

Le Quotidien (La Réunion) / juin 2018 / Florence Labache

Une parole libre, un regard poétique

« Sé in regar su out psi su out lang. Fo nou vey alu ek amour », confie Sergio Grondin avant d’entrer sur la scène du K,dans le cadre du Leu Tempo Festival.
Le conteur, comédien et auteur de la Cie Karanbolaz, qui s’est déjà illustré auprès de David Gauchard et Kwalud,  dans « Les chiens de Bucarest » ou dans « Kok Batay », livre là un spectacle qui interroge la parole Maloya. Il s’avance sur scène dans une sorte de Kabar futuriste, qui se rattache au théâtre documentaire.
Smartphone en main, écouteur à l’oreille, le rakontèr déroule façon « road-movie » ce qu’est l’esprit Maloya.  Le style laisse place à une parole naturelle et sereine. Annie Grondin, Danyèl Waro,Véronique Insa, Stéphane Négrin, Stéphane Grondin alias Boné, Eno Zangoun…ce sont eux qu’on entend à travers la bouche de Sergio Grondin.

« Je suis allé collecter la parole d’acteurs culturels, d’acteurs du Maloya. Sé kwé le maloya pou ou ? Je leur ai posé cette question. J’ai écouté, beaucoup écouté. Et je transmets à mon tour toute la richesse qui est ressortie de ce collectage. Annie m’a parlé de la graphie KWZ. Boné m’a parlé de l’histoire du communisme à la Réunion par exemple. »

Maloya offre un regard poétique sur la langue créole, l’identité réunionnaise et l’héritage du Maloya.
Il interroge, n’apporte pas une réponse, mais bien plusieurs questionnements.
Dans un procédé scénographie délicatement amené et signé David Gauchard, Sergio Grondin donne cette parole qui nourrit l’âme.
A ses côtés Kwalud construit en live une parole musicale qui vient épouser les mots de Sergio.

« On parle de l’esprit Maloya. Il y a le combat pour la langue créole qu’il faut continuer, pour qu’elle ne disparaisse pas. Mais ce spectacle n’est pas un lieu de combat. Ma langue n’est pas un drapeau. C’est un appel à la liberté de parole. Quand mon fils Saël est né il y a 2 ans, je me suis interrogé sur la question de la transmission de la langue. Notre rôle d’artiste est d’interroger. Saël signifie conciliant. Ce spectacle est un spectacle de conciliation » dit-il.

Sergio Grondin évoque ainsi les zarboutan Maloya : Gramoun et madame Lélé, Danyèl Waro, Céline et Firmin Viry, Simon Lagarrigue, Franwsa Sintomer… Les frissons nous gagnent à l’évocation de ses noms. Il égrène également les noms des artistes issus de cette nouvelle génération qui perpétue la culture Maloya. Sergio Grondin réussit à nous embarquer dans un spectacle où la culture créole se montre là, sincère et authentique. On apprécie.

 

Journal de l’île de la Réunion / mai 2018 / Marine Dusigne

Sergio, le coup de coeur du Leu Tempo !

Chaque année, il y en a un pour éclairer le festival d’une flamme originale assortie d’un supplément d’âme.
Cette fois c’est Sergio Grondin qui, au K fait battre les coeurs et les mains, tout à la fois, pour son ode au Maloya.

La création péi annoncée a toujours un effet particulier d’enthousiasme et de crainte mêlés, quand elle concerne un artiste que l’on aime. 
D’autant quand il s’attaque à l’un des sujets sacrés d’une histoire dont il est lui même l’héritier et que ses pairs vont scruter, prêts à s’embraser s’il y a crime de lèse-majesté.

Soyez rassuré, Sergio signe « un Maloya » de mémoire, parfaitement jubilatoire où notre raconter préféré a lâché ses chiens pour laisser parler comme toujours, avec sa fougueuse nature, tout l’amour de son île, des ses rythmes et de sa culture.

Livre de joie

Avec les coups de langue goûtus de son causer « couillu » de poète exacerbé, le maître de Karanbolaz livre tout simplement le plus puissant des hommages à ceux qui aujourd’hui et bien avant lui font rutiler le Maloya devenu désormais livre de joie dont il tourne les pages avec les dalons de choix qui ont éclairé sa propre voie. Tout en mettant des points bien sentis sur le terrain « risky » militant et politique.
Un travail dont l’infinie simplicité, nimbée d’intensité, traduit l’immensité du travail accompli pour que son fonnker inédit rayonne avec autant d’authenticité que d’harmonie.
L’esprit tapageur et grand ouvert, avec toute la saveur dont il pétrit le verbe, dominant certainement, ses peurs tout autant que ses ambitions, c’est une sorte de culte, de prière à sa manière et à l’unisson des trésors de pensée de mentors conne le chantre de Ravanne et disciple d’Emmaüs, Bernard Grondin, qu’il met en l’air, bien qu’athée, avec un petit côté divin, leur parole dont il est le plus fier.
Des mots avec lesquels il a grandi et dont il sert ici la grandeur avec l’art d’un « grand faiseur » comme on disait dans le temps, des référents.
Bref ! … Ce Sergio-là est un cadeau qu’il faudra se hâter de déballer ailleurs et bientôt pour savourer la portée de ce propos ne faisant qu’esquisser les tonalités d’un tableau mis en musique et en image par le couple kwalud / David Gauchard avec autant de délicatesse que de tendresse.

 

Le Quotidien (La Réunion) / mai 2018 / Florence Labache

Une parole libre, un regard poétique.

« Sé in regar porté su nout péyi su nout lang » , confie Sergio Grondin avant d’entrer sur la scène du K, dans le cadre du Leu Tempo Festival.
Le conteur, comédien et auteur de la Cie Karanbolaz, qui s’est déjà illustré auprès de David Gauchard et Kwalud, dans « Les chiens de Bucarest » ou dans « Kok Batay », livre là un spectacle qui interroge la parole Maloya. Il s’avance sur scène dans une sorte de Kabar futuriste, qui se rattache authéâtre documentaire. Smartphone en main, écouteur à l’oreille, le rakontèr déroule façon « road-movie » ce qu’est l’esprit Maloya. Le style laisse place à une parole naturelle et sereine. Annie Grondin, Danyèl Waro, Véronique Insa, Stéphane Négrin, Stéphane Grondin alias Boné, Eno Zangoun… ce sont eux qu’on entend à travers la bouche de Sergio Grondin.

« Je suis allé collecter la parole d’acteurs culturels, d’acteurs du Maloya. Sé kwé le maloya pou ou ? Je leur ai posé cette question. J’ai écouté, beaucoup écouté. Et je transmets à mon tour toute la richesse qui est ressortie de ce collectage. Annie m’a parlé de la graphie KWZ. Boné m’a parlé de l’histoire du communisme à la Réunion par exemple. »

Maloya offre un regard poétique sur la langue créole, l’identité réunionnaise et l’héritage du Maloya. Il interroge, n’apporte pas une réponse, mais bien plusieurs questionnements.

Dans un procédé scénographique délicatement amené et signé David Gauchard, aux côtés du sensible musicien Kwalud qui vient épouser en live les mots du conteur, Sergio Grondin distille cette parole qui nourrit l’âme.

« On parle de l’esprit Maloya. De la vigilance pour perpétrer la langue créole afin qu’elle ne disparaisse pas. Mais ce spectacle n’est pas un lieu de combat. Ma langue n’est pas un drapeau. C’est un appel à la liberté de parole. Quand mon fils Saël est né il y a 2 ans, je me suis interrogé sur la question de la transmission de la langue. Notre rôle d’artiste est d’interroger. Saël signifie conciliant. Ce spectacle est un spectacle de conciliation » dit-il.

Sergio Grondin évoque ainsi les zarboutan Maloya : Gramoun et madame Lélé, Danyèl Waro, Céline et Firmin Viry, Simon Lagarrigue, Franwsa Sintomer… Les frissons nous gagnent à l’évocation de ses noms. Il égrène également les noms des artistes issus de cette nouvelle génération qui perpétue la culture Maloya. Sergio Grondin réussit à nous embarquer dans un spectacle où la culture créole se montre là, sincère et authentique. 
On apprécie.

 

Bongou.re / avril 2018 / Zerbinette

Maloya. Le spectacle made in Reunion dont la gestation faisait trembler. D’abord parce qu’il s’annonçait comme un objet théâtral non identifié. Ensuite parce qu’il touchait à un patrimoine sensible sur cette île. Enfin parce qu’il marquait le retour sur  scène de Sergio Grondin après deux ans d’absence. Qu’importe. La première au K fut un succès. Dissection dans ce papier.

Pour touiller la marmite identitaire réunionnaise , voilà un trio qui  risquait le fiasco. À votre gauche, Kwalud.  Maestro de l’électro éclectique. Accessoirement un grand tacite. Déraciné mais non dépossédé.

À votre droite le yab Grondin, colmatant ses failles généalogiques de sa gouaille analgésique.  Enraciné sans être enfermé. À la mise en scène, David Gauchard, métro toujours sur le départ. Entre deux îles, entre  deux hommes, celui dont l’identité n’a nul besoin d’être localisée.

Deux zoreys et un yab, tous co-auteurs. S’emparant d’une question, mais est-elle la leur.  « Qu’est-ce qui fonde l’identité créole ? »Pour être risquée, l’entreprise n’est pas sans saveur.

Ne prends pas peur. Les auteurs aiment la maïeutique bien plus que la politique.

Au commencement, l’outrage. Grondin est papa. Lorsqu’il se penche sur le berceau, de vilaines fées font fourcher ses mots. Il parle à son fils en français. L’anathème est jeté. Le yab a trahi, son âme est damnée, Grondin va-t-il trancher la gorge de son identité ? Non. Mais ton voyage vient de commencer.

Il se joue à rebours, sous forme de collectage. Pour tenter de comprendre ce qui fait qu’on se pense réunionnais, lorsque la langue de bec se sent abandonnée, il convoque le Maloya. Merveilleuse métaphore de l’identité créole, qu’il suffirait d’interroger. Au passage, c’est souvent drôle. Quand Grondin prête sa voix aux piliers de la créolité, la parodie est musclée. Côté signature sonore, Kwalud ne verse pas dans la facilité. Que les inconditionnels du traditionnel passent leur chemin, cette musique-là ne leur dira rien. Et pour cause.

Le Maloya résiste à l’épreuve du « je ». Grondin a beau convoquer tous ses dalons, le Maloya repousse l’unicité d’une définition. Le conteur est forcé de  multiplier les questions. Qui a raison ? La création se refuse à toute affirmation. Que c’est bon.

Alors la constellation créole peut déployer ses bataillons, et Grondin étaler des prénoms. Déposer les étiquettes  de tous ceux qui ont parlé de leur Réunion. Ça sent Babel plus que l’union.

La mise en scène, souligne avec une vigueur subtile l’impossibilité d’enfermer ce Maloya dans une langue, fut-elle de bois. De receptacles de bambou s’échappent de bouillonnantes fumées, forces vives de la parole en fusion. Sur un écran qui servait à la traduction, les phrases se bousculent à reculons. ” Je crois que seules des pensées incertaines de leur puissance, des pensées du tremblement où joue la peur, l’irrésolu, la crainte, le doute, l’ambiguité saisissent mieux les bouleversements en cours. Des pensées métisses, des pensées ouvertes, des pensées créoles. ” Edouard Glissant en sage marraine a parlé. En français. Et qu’importe.

Kwalud, Gauchard et Grondin ont accouché d’un sacré bébé.

 

L’Imprimerie Nocturne / avril 2018 / Suliane

A la recherche de l’esprit Maloya

Une présentation, une esquisse, des bases de réflexions ; une phrase que Sergio dit à son fils tout neuf pour lui souhaiter la bienvenue chez ses parents : « Ta maman et moi on est heureux de te rencontrer… » Une phrase, à sa grande surprise (et impuissance), qu’il n’a pas prononcée dans sa langue maternelle, mais en français, la « langue de l’éducation ».
Troublé, l’auteur va mener l’enquête à partir de cette étincelle, et nous parler de ses questions, ses sensations, ses contradictions, ses doutes, son cœur et sa tête. Ne pas pouvoir effacer ce moment-là, celui de la venue au monde de ce petit bout d’homme, c’est ce qui le taraude, on le sent, il le dit.

« Suis-je acculturé ? Que vais-je transmettre à mon fils ? Qu’il doit lutter pour parler créole ? Est-ce si important ? » 

L’héritage de violence léguée par son père à lui, il a l’impression de l’avoir réglé (on pense en effet à Kok Batay, présenté à Mythos en 2013, aux Chiens de Bucarest présenté, lui, en 2015). 
Mais aujourd’hui, il est propulsé dans cette question neuve, soudaine, prenant une importance symbolique : son fils. 

La langue est un espace de mutation perpétuel, dit Grondin : « À vouloir trop définir une langue, est-ce qu’on ne la tue pas en la figeant ? Suis-je responsable de la mort du créole quand je parle français ? »
Sur ces questions très personnelles et en même temps très universelles, Grondin et son équipe nous emmènent à la recherche de l’essence du maloya – tout à la fois musique, chant et danse créole réunionnais – par le biais de subtiles interviews. On entend les voix des hommes et des femmes du maloya. On est bercé des sonorités créoles portant en elles tout un panel d’émotions, de faits historiques, de joies, de souffrances. Et puis on reçoit des images, baignées de sucre, de canne à sucre. « Tout l’horizon est vert et rose. […] La fleur de cette misère, ces hommes-là en ont fait de la poésie ».
On y aborde la culture, l’héritage, l’identité, la honte ou la fierté de sa langue, sans oublier, donc, la beauté et la poésie. 
La parole, les chansons et les images naissent tantôt de la voix et la présence du conteur, tantôt des outils numériques qu’il tient, regarde, déplace, pose sur la scène. Les interviews se répondent comme dans un débat, les ingrédients sont disséminés au fur et à mesure sur le plateau, liés par les sons de Kwalud derrière ses potars, nous guidant pour surfer sur toute cette matière numérique mais bel et bien vivante. Sergio, Kwalud, et David Gauchard convoquent tout doucement tout un peuple qui se dessine sur la scène à l’aide de petits papiers déposés à même le sol.

Maloya, un ancrage dans la chair, le corps, la langue, les chemins de vie, l’histoire de l’Homme, en somme, comme « saudade » au Brésil : plus qu’une musique, une nostalgie, un état d’esprit. Le maloya c’est une parole. C’est aussi un outil de lutte et de libération évoluant au fil des époques. Libération de l’esclavage, puis celui plus moderne des travailleurs de l’industrialisation, par la politique, le communisme ; et aujourd’hui, parole de libération d’un engagement politique, écologique ou enjeu commercial. Ne garder que la poésie, qui est la seule qui libère. Même si, certes, « elle ne donne pas à manger »…

Maintenant, il ne reste plus qu’à patienter jusqu’à ce que ces 3 hommes de la scène aient compilé toute cette matière, pour découvrir dans une version finale, affinée, l’aspect graphique du spectacle en prime.

Rdv à La Réunion pour les plus chanceux les 10 & 11 mai à Leu Tempo Festival pour la création et séance de rattrapage pour les autres cet été à la Manufacture lors du Festival d’Avignon 2018.

 

Azenda / juin 2017 / Zerbinette

Maloya
Quelle place a occupé le créole dans ton adolescence ?

Un jeudi de juin 2017, 17 heures, PMU de Boucan. Trois hommes scalpent des mousses. À ma gauche, Grondin règle son enregistreur, tournée vers François Gaertner, alors rédacteur en chef de l’Azenda : « Quelle place a occupé le créole dans ton adolescence ? ». Question bateau mais terrain glissant.

Gaertner, un métro qui a grandi dans l’ouest de La Réunion ne s’y méprend pas. Il répond prudemment : « Au début, je vivais le créole plutôt comme une différence. Au collège, il y avait ceux pour qui le créole était une langue naturelle, et les autres… »

En face de moi, David Gauchard, concentré, écoute. Ces questions, les deux hommes les ont posées de nombreuses fois. De Danyel Waro à la « gramoun dan somin ». Les habitants de La Réunion, toutes origines confondues, ont eu voix au chapitre lors d’un road trip identitaire mené micro battant.

Je me terre dans mon coin, pour ne pas être questionnée. Lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’essence d’une identité, le fantôme du colonialisme paralyse ma langue natale du poids de la culpabilité.

Le soleil se sauve et l’équipe remballe. J’ai assisté sans le savoir à l’une des nombreuses séances de collectage audio, prévues pour devenir le corps du nouveau spectacle du trio Grondin/ Gauchard/ Kwalud, intitulé  » Maloya ».

Difficile, avec pareil nom de baptême, de penser que Grondin n’affichera aucun parti pris, dans le vaste débat identitaire qui se profile. D’une part parce que le nom de Maloya porte en soi un symbolisme fort : le genre musical qu’il caractérise est héritier du chant des esclaves. D’autre part parce que le bonhomme est connu pour son implication, dans la défense et la préservation de la langue créole.

Si je parvenais à lui faire avouer que le Maloya qu’il nous prépare est en fait un manifeste identitaire, cela me faciliterait grandement la tâche. L’avantage du cliché, c’est qu’il est rapide à saisir. Mais le problème avec Grondin, c’est qu’il ne les aime guère : « Je n’ai pas tout le temps des choses à défendre » m’assène ce Samson de la créolité réunionnaise, qui avoue tout de même qu’après 10 ans de tournées « dan péi déor », il se sent comme le biblique héros auquel on a coupé les cheveux. « Ces questions d’identité c’est aussi ce qui fait ma force. Je suis né ici, je suis profondément réunionnais. Dans Maloya, j’avais besoin de revenir à ça : je suis né sur un territoire qui se construit et je ne dois pas oublier ça. »

Un projet paradoxal

Soit. À de multiples égards pourtant, la démarche du projet est paradoxale. D’abord parce que pour définir les contours de « l’être » réunionnais, Grondin se plaît à osciller insolemment entre ouverture à l’autre et marquage des territoires. Que penser en effet d’un homme capable d’écrire Zorey, un spectacle dressant trois portraits d’une drôlerie cynique ; pour en convoquer un (de zoreil), David Gauchard, à la codirection du CDOI. Les deux hommes briguant conjointement la direction du Centre Dramatique.

Voilà de quoi faire frémir le plus frileux des indépendantistes, mais le fieffé yab n’en a cure : « David Gauchard est un zorey, mais pas enraciné, il n’est pas ancré, son point de vue est complémentaire. Ca m’intéresse le regard de ce zorey. C’est confortable l’identité mais l’étranger te ramène quelque chose de dérangeant. C’est un chemin à partager. Il y a forcément des choses sur ma propre identité. »

S’ouvrir à l’autre pour mieux revenir à soi semble donc être le chemin proposé par les deux artistes pour comprendre ce que signifie être réunionnais. Une position qui incite à l’ouverture d’esprit et de fait, ne manque pas de noblesse.

Reste que le contenu de cette création appelle bien des questionnements.

Quel est la fonction des artistes dans Maloya puisqu’ils n’y jouent pas leur rôle d’acteurs ? Si Gauchard et Grondin deviennent voyeurs puisque derrière le micro, et que les artistes confient aux réunionnais la mission de définir leur identité, la divergence des points de vue ne risque-t-elle pas de menacer l’unité de sens ? Comment dire et définir « l’ici », et le  » Soi », s’il incombe à tous d’en être propriétaires ?

« Je vais me taire pour une fois et je vais écouter. Plus de monologue. Plus de récit. Ce sera un récit concert ou les gens qui prennent la parole sont des gens du pays. »

Maloya débattu

À l’instar des forums grecs, Maloya propose donc d’ouvrir le débat citoyen au risque peut-être de perturber le ronronnement bien pensant des haines ordinaires. Sans vouloir verser ni dans le candide idéalisme qui masque les différences ni dans l’abject racisme qui les exalte, Grondin semble résolu à poser les limites de son identité sans qu’elles soient pour autant des obstacles pour l’autre.

« J’ai besoin que l’identité soit un pas vers l’autre », conclut-il en une formule qui, en dépit de sa séduisante naïveté, donne terriblement envie d’entrer dans la danse.