Le temps est la rivière où je m’en vais pêcher

Création Automne 2018

Juillet 1845, Henry David Thoreau construit, aidé de ses amis, une cabane près de l’étang de Walden (Concord, Massachusetts). Il a 28 ans. Pendant deux ans, deux mois et deux jours, il s’installe là, et en quasi-autarcie, étudie méthodiquement la nature qui l’environne.

Neuf ans plus tard, il publie, sous le titre Walden ou la vie dans les bois, le récit de cette expérience. A la croisée du roman, du journal intime, de l’essai philosophique et de la revue botaniste, Walden est un véritable pamphlet à l’encontre du mode de vie occidental.

 

Attiré par la puissance littéraire et poétique de ce texte, sa charge concrète et contemplative, libertaire et écologique, son enthousiasme aussi, je souhaite m’appuyer sur certains de ces passages pour interroger avec l’ensemble des acteurs notre rapport au temps (celui que l’on s’impose pour réaliser sa vie, celui que l’on subit, celui auquel on décide parfois d’échapper) et notre rapport à la nature (celle qui, dans notre mode de vie citadin, me manque tant). Notre époque est en pleine transition. De nombreuses initiatives germent pour penser une relation différente au monde, où la productivité n’est plus l’idéal à atteindre.

 

Un regard vers le futur est encore possible. Nous proposerons collectivement un long poème musical où il s’agira de cesser d’opposer l’homme et son milieu, de retrouver ce qui nous constitue, notre véritable ancrage. Faire en sorte que la démarche créatrice de ce spectacle autant que l’oeuvre de Thoreau réveillent nos vraies racines et tentent de faire en sorte qu’elles se remettent à pousser.

 

David Gauchard

Forêt ©Dan Ramaën

Mise en scène David Gauchard

Collaboration artistique Emmanuelle Hiron & Denis Lavalou

Avec Vincent Mourlon, Emmanuelle Hiron, Nicolas Petisoff, Léonore Chaix & Sophie Richelieu

Scénographie David Gauchard & Fabien Teigné

Vidéo, graphisme, performance David Moreau & Alexandre Machefel

Musique live Laëtitia Shériff & Thomas Poli

Photos Dan Ramaën

CREATION les 9, 10 octobre 2018 à l’Espace Malraux, scène nationale de Chambéry

Production > L’unijambiste

Partenaires >

Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie / Chambéry

Théâtre de l’Union, centre dramatique national du Limousin / Limoges

Théâtre en Dracénie, scène conventionnée dès l’enfance et pour la danse / Draguignan

OARA, Office Artistique de la Région Aquitaine / Bordeaux

La Chapelle Dérézo / Brest

En recherche de partenaires

Henry David Thoreau

Henry David Thoreau est un philosophe, naturaliste et poète américain, né le 12 juillet 1817 à Concord (Massachusetts), où il est mort le 6 mai 1862.

En 1845, aidé de ses proches, il se fabrique une cabane en bois sur les rives de l’étang de Walden, à moins de trois kilomètres de sa maison natale. Il va y vivre pendant plus de deux ans en menant une expérience de grande simplicité de vie, décrite dans son oeuvre majeure, Walden ou la vie dans les bois, ouvrage qui ne sera publié qu’en 1854. Cette oeuvre traite de la quête du bonheur à travers l’indépendance et la solitude. Thoreau participe activement à la lutte contre les lois esclavagistes. Refusant de payer des impôts pour financer la guerre contre le Mexique, il est arrêté et emprisonné une nuit.

De cette expérience il tirera son oeuvre la plus célèbre, publiée en 1849, Désobéissance civile, qui inspirera notamment Mahatma Gandhi, Léon Tolstoï et Martin Luther King.

Il meurt de la tuberculose à l’âge de 44 ans. Non conformiste, aspirant à une vie transcendantale dans la nature avec laquelle l’homme accorde sa conscience, Henry David Thoreau s’est bâti une éthique basée sur la simplicité volontaire. Son oeuvre a connu un regain de popularité à partir de mai 1968 et a influencé les mouvements environnementalistes ainsi que la contre-culture.

Désobéissance civile

Définition de la désobéissance civile

Les deux principales actions de désobéissance civile furent :

• les actions non violentes de conduites par Gandhi (1869-1948), avec le mot d’ordre satyagraha (chemin de la vérité) pour dénoncer les lois injustes de l’empire colonial britannique et qui aboutirent à l’indépendance de l’Inde.

• le mouvement des droits civiques dirigé par le pasteur Martin Luther King, aux États-Unis, pour abolir les lois de ségrégation raciale.

Alors que la désobéissance civile est vaine dans un régime autoritaire, beaucoup de théoriciens ou d’acteurs de ce mode d’action y voient une valeur ajoutée à la démocratie en permettant d’éclairer la majorité silencieuse lors de dérives dans son fonctionnement. Ce serait ainsi un moyen de régénérer la démocratie et de la renforcer en revenant à ses principes fondamentaux.

La désobéissance civile est une forme de résistance passive qui consiste à refuser d’obéir aux lois ou aux jugements d’ordre civil. Elle a pour objectif d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le caractère inique ou injuste d’une loi avec l’espoir d’obtenir son abrogation ou son amendement. Ceux qui pratiquent la désobéissance civile sont prêts à encourir les peines, dont l’emprisonnement, qui pourraient leur être infligées pour avoir enfreint la loi.

Les principes de mode d’action ont été exposés pour la première fois par Henry David Thoreau. Selon lui, c’est de l’individu que l’Etat détient son pouvoir.

La simplicité volontaire

La simplicité volontaire est un mouvement de société qui propose la réduction de la dépendance à l’argent et à la vitesse, dans le but de dégager du temps pour la communauté et d’encourager les attitudes écologiques et respectueuses de la société.

Les sources d’inspiration de la simplicité volontaire sont multiples : Confucius, Epicure, Miguel de Cervantès,

Henry David Thoreau, John Ruskin, Léon Tolstoï , Henri Bergson, Gandhi … Il est particulièrement développé au Canada sous l’influence de Serge Mongeau (écrivain et éditeur, né à Montréal en 1937).

La simplicité volontaire est un choix de vie délibéré, plutôt d’initiative individuelle qu’organisée, qui n’est ni la pauvreté ni le sacrifice. Elle part du constat que la consommation, qui permet de satisfaire des désirs, n’apporte pas le bonheur, mais, au contraire accroît l’aliénation. Les besoins matériels suscités par la société de consommation et qui nécessitent de gagner toujours plus d’argent ne sont en fait jamais satisfaits car ils se renouvellent sans cesse. En consommant moins, on a moins besoin d’argent et on peut donc travailler moins afin de dégager du temps pour ce que l’on considère comme vraiment important pour soi.

«Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d’anciens besoins ne déterminent l’humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s’accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd’hui, c’est une ruée.»

Henri Bergson – Les deux sources de la morale et de la religion – 1932

D’un point de vue écologique, la simplicité volontaire, en réduisant la consommation de biens matériels, permet de ralentir la destruction des ressources naturelles et de préserver l’environnement. Elle est aussi un moyen d’action contre certains maux de notre société : endettement, stress professionnel, absence parentale…

Ceux qui s’engagent dans la simplicité volontaire choisissent de :

• vivre mieux avec moins

• alléger la vie de tout ce qui l’encombre

• réapprendre à s’alimenter

• réaliser des économies d’eau, d’énergie

• recourir davantage aux moyens collectifs

• privilégier les relations sociales et non la recherche de biens matériels, la communauté plutôt que l’individualisme, l’activité citoyenne plutôt que la consommation passive

Correspondance du 6 février 2017

“Cher David,

Thoreau ne flâne pas, il part, il fait route vers l’ouest, comme s’il ne devait jamais revenir.

Il marche et sa pensée s’active autant que son corps s’active. Il ne s’agit pas pour lui de s’«oxygéner», il s’agit de vivre en totale symbiose avec son milieu, de partager le rythme de la terre qui tourne, d’être en adéquation avec le monde, de véritablement «faire partie», tout en travaillant sur ce qui l’anime, l’enthousiasme le plus, l’écriture. Jamais il n’a été si actif.

En deux ans, il va recenser toutes les espèces animales et végétales de la région, écrire son premier livre : Sept jours sur le fleuve, relation historique, philosophique, sociologique et écologique d’une virée en bateau faite avec son frère aîné, décédé par la suite du tétanos.

Ils avaient construit le bateau ensemble et sont descendus le long des rivières Concord et Merrimak. Il se fait arrêter un matin parce qu’il a refusé de payer ses impôts et, furieux de sortir de prison le lendemain parce que sa tante a payé les arriérés, il se met à écrire la fameuse conférence qui va devenir la désobéïssance civile. Il participe à des réunions anti-esclavagistes (sa mère et sa soeur ont créé la première association anti-esclavagiste féminine) et fait passer des esclaves fugitifs vers le Canada qui a aboli l’esclavage en 1830.

Cela s’appelle la ligne de chemin de fer souterrain. Il fait aussi une première excursion d’une semaine dans les forêts du Maine accompagné par un guide indien. Un autre livre sortira par la suite à ce sujet à partir de trois de ses excursions dans les forêts du Maine dont l’une a bien failli mal tourner parce qu’il s’était véritablement perdu.

Tu comprends, il ne s’agit aucunement de s’arrêter pour réfléchir, mais de faire exactement ce qu’il a envie de faire dans la plus grande liberté d’être et d’agir, sans autres contraintes que celles de la température et des saisons, et dans la plus grande adéquation avec les rythmes naturels. Mais il s’agit aussi de prouver qu’en consacrant à peu près 6 semaines par an pour «gagner» monétairement de quoi s’acheter le nécessaire, il s’en sort. Walden ou la vie dans les bois est le premier manifeste de la simplicité volontaire. Il s’insurge contre les contraintes du travail obligatoire, de la religion, du conformisme social et familial, et il agit autant qu’il réfléchit (voir à ce sujet son essai : La vie sans principe). Les deux sont indissociables, c’est exactement le mens sana in corpore sano des romains : un esprit sain dans un corps sain. Bien sûr, il y a des moments où il s’arrête et prend des notes pour décrire le mieux possible le soleil couchant, la quiétude du crépuscule, mais il est arrêté précisément par cette quiétude avec laquelle il se met à l’unisson.

Selon moi, à partir de l’oeuvre de Thoreau et à travers elle, il serait plus pertinent d’aller à la recherche d’un éveil – d’un réveil – que de s’en tenir à la contemplation, offerte dans bien d’autres plateformes.

Le travail de Thoreau peut se résumer en une série de doubles verbes : réagir/agir – Observer/repartir – Dénoncer/construire, etc.

De plus, la nature qu’il aime est tout sauf la nature domestiquée par l’homme. C’est une nature de bêtes sauvages, dont il déplore la disparition, de forêts primaires profondes, impénétrables, de chutes d’eau infranchissables, d’excès climatiques, une nature virile comme les êtres humains, hommes et femmes, n’auraient jamais dû cesser de l’être. Une nature où parfois, avoue-t-il, tout végétarien qu’il est devenu, il voudrait croquer l’animal vivant avec ses dents. Mais l’esprit, cependant, doit être aussi plein que les muscles. Muscler son savoir comme ses pensées et son corps au contact de cette nature pleine et entière, tel est son programme et son entraînement de chaque jour à Walden.

En toute amitié.”

Denis Lavalou, dramaturge

De la marche

“A quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier? Vous devez tracer des sentiers vers l’inconnu. Je ne suis pas moi, qui le sera?” Inspiré par Ralph Waldo Emerson et son livre, Nature, Henry David Thoreau (1817 – 1906) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans une forêt, près du lac Walden. Installé dans une cabane de 1845 à 1847, il ne marche pas moins de quatre heure par jour… Pour l’auteur de la Désobéissance civile, farouchement épris de liberté, c’est bien dans la vie sauvage – sans contrainte – que réside la philosophie. par cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l’apologie de la valeur suprême de l’individu.

Conférence donnée en 1851, De la Marche constitue un bréviaire indispensable de l’éveil à soi par la communion avec la nature.

Filmographie

• Film documentaire En quête de sens, Un voyage au delà de nos croyances de Nathanaël Coste & Marc De la Ménardière (2014)

Nathanaël et Marc, amis d’enfance se retrouvent après 10 ans. Surpris comme tout les oppose maintenant, ils décident de prendre la route pour questionner la marche du monde.

• Film entre documentaire et fiction Route One / USA de Robert Kramer (1989)

La route One est la première grande route des Etats-Unis : 5 000 kilomètres le long de la côte atlantique. Robert Kramer, accompagné de Doc, un personnage fictif, la parcourt pour retracer l’Histoire de son pays et sonder sa société.

• Film basé sur une histoire vraie Into the wild de Sean Penn (2007)

Christopher McCandless, jeune diplômé américain, décide de tout plaquer pour prendre la route : il atteindra finalement son but ultime, la solitude en totale communion avec la nature en Alaska. 

• Film fiction Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

Ben et sa femme décident de vivre en autarcie dans une forêt du nord-ouest américain. Rattrapé par la maladie de leur mère, les 6 enfants et leur père doivent affronter le monde extérieur, loin de leur mode de vie proche de la nature.

• Film documentaire Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent

A partir des expériences les plus abouties dans tous les domaines (agriculture, énergie, habitat, économie…) Cyril, Mélanie et leur équipe font émerger ce que pourrait être le monde de demain. “Partout dans le monde des solutions existent.”

« Le temps est la rivière où je m’en vais pêcher. Je bois son eau, je vois le fond et vois comme il est peu profond. Son faible courant entraîne toutes choses, mais l’éternité, elle, demeure. J’aimerais boire plus profond, pêcher dans le ciel, dont le fond caillouteux est parsemé d’étoiles.»

Walden ou la vie dans les bois, 1854

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