Juillet 1845, Henry David Thoreau construit, aidé de ses amis, une cabane près de l’étang de Walden (Concord, Massachusetts). Il a 28 ans. Pendant deux ans, deux mois et deux jours, il s’installe là, et en quasi-autarcie, étudie méthodiquement la nature qui l’environne.

Neuf ans plus tard, il publie, sous le titre Walden ou la vie dans les bois, le récit de cette expérience. A la croisée du roman, du journal intime, de l’essai philosophique et de la revue botaniste, Walden est un véritable pamphlet à l’encontre du mode de vie occidental.

 

Attiré par la puissance littéraire et poétique de ce texte, sa charge concrète et contemplative, libertaire et écologique, son enthousiasme aussi, je souhaite m’appuyer sur certains de ces passages pour interroger avec l’ensemble des acteurs notre rapport au temps (celui que l’on s’impose pour réaliser sa vie, celui que l’on subit, celui auquel on décide parfois d’échapper) et notre rapport à la nature (celle qui, dans notre mode de vie citadin, me manque tant). Notre époque est en pleine transition. De nombreuses initiatives germent pour penser une relation différente au monde, où la productivité n’est plus l’idéal à atteindre.

 

Revenir à Thoreau et penser demain. Nous proposerons collectivement un long poème musical où il s’agira de cesser d’opposer l’homme et son milieu, de retrouver ce qui nous constitue, notre véritable ancrage. Etre des arpenteurs. Marcher, écouter, ressentir, être partie prenante de ce qui advient par la rencontre. Rester sensible, intuitif, construire chemin faisant, sans autre note d’intention que de se faire confiance, laisser venir et ne pas faire ce qui a été préparé. C’est toujours dans le geste et dans l’action que l’on trouve l’origine et la raison des choses.

 

David Gauchard

Idée originale et mise en scène David Gauchard

Librement inspiré de l’oeuvre d’Henry David Thoreau

Avec Nicolas Petisoff, Léonore Chaix, Vincent Mourlon & Sophie Richelieu

Musique live – Système modulaire Verbos Electronics Thomas Poli

Vidéo live Alexandre Machefel

Adaptation du texte « Les hivers de grâce de Henry David Thoreau » de Denis Lavalou

Texte additionnel Samuel Gallet

Chanson originale Laetitia Shériff

Film David Gauchard & Pierre Bellec

avec l’aimable participation de César, Emmanuelle, Hedda & Ulysse

Scénographie David Gauchard & Fabien Teigné

Effets spéciaux et direction technique David Moreau

Création lumière Jérémie Cusenier

Régie lumière Olivier Borde

Création son Denis Malard

Régie son Gildas Gaboriau

Réalisation décor Atelier de l’Opéra de Limoges

Réalisation accessoires de scène Opus Décor – Raphaël Thébault

Bulles de micro paysages Jade Design

Dessin affiche Virginie Garnier

Photos Dan Ramaën & Thierry Laporte

CREATION les 9, 10 octobre 2018 à l’Espace Malraux, scène nationale de Chambéry

Durée > 1h20

Production > L’unijambiste

Partenaires >

Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie / Chambéry

Théâtre de l’Union, centre dramatique national du Limousin / Limoges

Théâtre de St Quentin en Yvelines, scène nationale

Les scènes du Jura, scène nationale

Théâtre de Cornouaille, centre de création musicale, scène nationale de Quimper

Théâtres en Dracénie, scène conventionnée / Draguignan

Espace Jean Legendre, théâtre de Compiègne

Théâtre de la Croix Rousse / Lyon

OARA, Office Artistique de la Région Nouvelle Aquitaine / Bordeaux

La Chapelle Dérézo / Brest

Présentation

Henry David Thoreau est un philosophe, naturaliste et poète américain, né le 12 juillet 1817 à Concord (Massachusetts), où il est mort le 6 mai 1862.

En 1845, aidé de ses proches, il se fabrique une cabane en bois sur les rives de l’étang de Walden, à moins de trois kilomètres de sa maison natale. Il va y vivre pendant plus de deux ans en menant une expérience de grande simplicité de vie, décrite dans son oeuvre majeure, Walden ou la vie dans les bois, ouvrage qui ne sera publié qu’en 1854. Cette oeuvre traite de la quête du bonheur à travers l’indépendance et la solitude. Thoreau participe activement à la lutte contre les lois esclavagistes. Refusant de payer des impôts pour financer la guerre contre le Mexique, il est arrêté et emprisonné une nuit.

De cette expérience il tirera son oeuvre la plus célèbre, publiée en 1849, Désobéissance civile, qui inspirera notamment Mahatma Gandhi, Léon Tolstoï et Martin Luther King.

Il meurt de la tuberculose à l’âge de 44 ans. Non conformiste, aspirant à une vie transcendantale dans la nature avec laquelle l’homme accorde sa conscience, Henry David Thoreau s’est bâti une éthique basée sur la simplicité volontaire. Son oeuvre a connu un regain de popularité à partir de mai 1968 et a influencé les mouvements environnementalistes ainsi que la contre-culture.

 

La désobéissance civile

Les deux principales actions de désobéissance civile furent :

• les actions non violentes de conduites par Gandhi (1869-1948), avec le mot d’ordre satyagraha (chemin de la vérité) pour dénoncer les lois injustes de l’empire colonial britannique et qui aboutirent à l’indépendance de l’Inde.

• le mouvement des droits civiques dirigé par le pasteur Martin Luther King, aux États-Unis, pour abolir les lois de ségrégation raciale.

Alors que la désobéissance civile est vaine dans un régime autoritaire, beaucoup de théoriciens ou d’acteurs de ce mode d’action y voient une valeur ajoutée à la démocratie en permettant d’éclairer la majorité silencieuse lors de dérives dans son fonctionnement. Ce serait ainsi un moyen de régénérer la démocratie et de la renforcer en revenant à ses principes fondamentaux.

La désobéissance civile est une forme de résistance passive qui consiste à refuser d’obéir aux lois ou aux jugements d’ordre civil. Elle a pour objectif d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le caractère inique ou injuste d’une loi avec l’espoir d’obtenir son abrogation ou son amendement. Ceux qui pratiquent la désobéissance civile sont prêts à encourir les peines, dont l’emprisonnement, qui pourraient leur être infligées pour avoir enfreint la loi.

Les principes de mode d’action ont été exposés pour la première fois par Henry David Thoreau. Selon lui, c’est de l’individu que l’Etat détient son pouvoir.

 

La simplicité volontaire est un mouvement de société qui propose la réduction de la dépendance à l’argent et à la vitesse, dans le but de dégager du temps pour la communauté et d’encourager les attitudes écologiques et respectueuses de la société.

Les sources d’inspiration de la simplicité volontaire sont multiples : Confucius, Epicure, Miguel de Cervantès,

Henry David Thoreau, John Ruskin, Léon Tolstoï , Henri Bergson, Gandhi … Il est particulièrement développé au Canada sous l’influence de Serge Mongeau (écrivain et éditeur, né à Montréal en 1937).

La simplicité volontaire est un choix de vie délibéré, plutôt d’initiative individuelle qu’organisée, qui n’est ni la pauvreté ni le sacrifice. Elle part du constat que la consommation, qui permet de satisfaire des désirs, n’apporte pas le bonheur, mais, au contraire accroît l’aliénation. Les besoins matériels suscités par la société de consommation et qui nécessitent de gagner toujours plus d’argent ne sont en fait jamais satisfaits car ils se renouvellent sans cesse. En consommant moins, on a moins besoin d’argent et on peut donc travailler moins afin de dégager du temps pour ce que l’on considère comme vraiment important pour soi.

«Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d’anciens besoins ne déterminent l’humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s’accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd’hui, c’est une ruée.»

Henri Bergson – Les deux sources de la morale et de la religion – 1932

D’un point de vue écologique, la simplicité volontaire, en réduisant la consommation de biens matériels, permet de ralentir la destruction des ressources naturelles et de préserver l’environnement. Elle est aussi un moyen d’action contre certains maux de notre société : endettement, stress professionnel, absence parentale…

Ceux qui s’engagent dans la simplicité volontaire choisissent de :

• vivre mieux avec moins

• alléger la vie de tout ce qui l’encombre

• réapprendre à s’alimenter

• réaliser des économies d’eau, d’énergie

• recourir davantage aux moyens collectifs

• privilégier les relations sociales et non la recherche de biens matériels, la communauté plutôt que l’individualisme, l’activité citoyenne plutôt que la consommation passive

 

Filmographie

• Film documentaire En quête de sens, Un voyage au delà de nos croyances de Nathanaël Coste & Marc De la Ménardière (2014)

Nathanaël et Marc, amis d’enfance se retrouvent après 10 ans. Surpris comme tout les oppose maintenant, ils décident de prendre la route pour questionner la marche du monde.

• Film fiction Printemps, été, automne, hiver … et printemps de Kim Ki-duk (2004)

En Corée du Sud. Un temple, ottant sur un lac, est installé dans la solitude de grandes montagnes. Là, un vieux moine vit en quasi-ermite avec un enfant pour seul compagnon. Chaque saison qui passe est l’occasion pour le garçon d’en apprendre un peu plus sur la vie et le monde qui l’entoure.

• Film basé sur une histoire vraie Into the wild de Sean Penn (2007)

Christopher McCandless, jeune diplômé américain, décide de tout plaquer pour prendre la route : il atteindra finalement son but ultime, la solitude en totale communion avec la nature en Alaska. 

• Film fiction Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

Ben et sa femme décident de vivre en autarcie dans une forêt du nord-ouest américain. Rattrapé par la maladie de leur mère, les 6 enfants et leur père doivent affronter le monde extérieur, loin de leur mode de vie proche de la nature.

• Film documentaire Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent

A partir des expériences les plus abouties dans tous les domaines (agriculture, énergie, habitat, économie…) Cyril, Mélanie et leur équipe font émerger ce que pourrait être le monde de demain. “Partout dans le monde des solutions existent.”

Dates de tournées
17

représentations

CREATION

9 et 10 octobre 2018 Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry et de la Savoie


 

DIFFUSION

Saison 18-19

16 octobre 2018 Espace Jean Legendre, Théâtre de Compiègne

11 décembre 2018 Théâtre de Lons-le-Saunier, Les scènes du Jura, Scène nationale

14 et 15 mars 2019 Théâtre de Cornouaille, Centre de création musicale, Scène nationale de Quimper

3 et 4 avril 2019 Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin, Limoges

16, 17 et 18 mai 2019 Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, Scène nationale

21/25 mai 2019 Théâtre de la Croix Rousse, Lyon

28 mai 2019 Théâtres en Dracénie, Scène conventionnée de Draguignan

L'affiche
Teasers

Le clip

Photos du spectacle
  • Thumbnail title

    Thumbnail description

Revue de presse
Mytoc.fr / 23 mai 2019 / Philippe Brunet-Lecomte

« Il faut lâcher prise ! »

«La Rivière» de David Gauchard au Théâtre de la Croix-Rousse est une balade surprenante, jalonnée de longs silences et de gestes lents. Une expérience !

Un grand bassin, des feuilles d’autonome qui flottent, un filet d’eau, un ponton en bois. Et un écran où est inscrit un texte, un mot surtout : contemplation. Contemplation de la nature qu’il faut «regarder avec attention et longuement».

Le ton a été donné. Impossible de plonger dans cette «Rivière» tête la première. En espérant un discours musclé, des répliques magistrales, des rebondissements… 
Pendant une heure, cette rivière là va couler au fil des saisons. Lente, douce et paisible.
Une méditation inspirée du philosophe et poète américain Henry David Thoreau qui, après s’être battu toute sa vie contre l’esclavage, s’est retiré au bord d’un lac dans une petite cabane pour commettre son oeuvre majeure : «Walden ou la vie dans les bois».
Superbe scénographie d’abord. Très esthétique, soignée dans le moindre détail. Un véritable tableau. Et pendant une demi heure, silence total. Pas un mot mais simplement un homme en combinaison noire qui ramasse les feuilles dans le bassin. Rejoint par une jeune femme. Gestes mesurés, musique planante. Puis il se déshabille et plonge dans une baignoire ronde, se lave et se sèche. A l’écran des images : herbes et fleurs en mouvement. Et tout à coup, une fumée blanche qui enveloppe la scène alors qu’une danseuse va proposer une chorégraphie intimiste. 
«Un des attraits de la vie dans les bois, c’est que j’ai l’occasion assister à l’arrivée du printemps…», lance un deuxième homme. Long monologue où il va notamment plaider pour «le génie de la balade» en soulignant : «Sans espoir de retour, tu es alors un homme libre et tu es prêt à marcher». Dans les forêts lointaines et les vallées profondes. Loin des villes, de ses artifices, «acier» et «plastique», du stress qui impose ses règles : courir, entreprendre, posséder… Un manifeste naturaliste. Sauvage mais sans agressivité. «Il y a dans la nature un magnétisme subtil qui nous conduit sur la bonne voie». 
Un joli final avec un mot, «simplify», pour aller à l’essentiel. Tissé de fil rouge sur l’écran qui éclaire de spectacle. Et l’eau coule à nouveau dans le bassin, accompagné d’une voix claire.
Belle démonstration. Parfois déroutante. «Il faut lâcher prise !»,  avait averti le metteur en scène en ouverture. Indispensable. Une expérience !

 

Le Populaire du Centre / avril 2019 / Muriel Mingau

Beau et nécessaire

Inspiré par l’oeuvre de l’américain Henry David Thoreau (1817-1862), David Gauchard a présenté au CDN-Théâtre de l’Union une forme envoûtante. Ce poème théâtral, haïku scénique en autre saisons, est une ode à la nature, au vivant. A la croisée des arts visuels, de la musique, du chant, de la danse et du texte, elle fait accéder à un état contemplatif délicieux. Le metteur en scène le fait grâce à de fines et élégantes audaces. Sur scène, les comédiens, comédiennes, chanteuse, danseuse-yogi, musicien et vidéaste excellent dans leur art. Il arrive aussi qu’ils ne fassent rien ou si peu. Ce peu est le théâtre ramené à une simplicité en accord avec les conceptions de Thoreau. Les interprètes se fondent alors dans l’esthétique, comme l’homme dans la nature, tel que le rêvait Thoreau. De cet ensemble naît une beauté. Evocatrice de celle du monde…
Ce spectacle renouvelle l’art théâtral, moins par l’usage de la technologie, support à sa beauté, que par l’expérience méditative à laquelle il invite. Suscitant un grand plaisir de théâtre, il permet à la pensée de Thoreau, qui est aussi celle de David Gauchard, de toucher les sens, l’âme et le coeur. De par son inventivité qui peut surprendre, ce poème théâtral est un pari. Gagné. Le spectateur le reçoit comme une nécessité. Il apparait aussi comme l’un des feux que certains allument partout sur la planète, pour s’engager face à l’urgence à revoir notre rapport au vivant. De ce fait, ce spectacle est aussi espoir. Il fait du bien. C’est sans doute pourquoi la salle quasi comble l’a reçu à Limoges avec une si belle écoute, de si chaleureux applaudissements. Avec ce spectacle, David Gauchard place en effet le théâtre, son théâtre, en un endroit très juste dans la cité.

 

Le Télégrame / 15 mars 2019 / Eliane Faucon-Dumont

« Ode à la nature.
Une très belle pièce, tout en poésie, de David Gauchard »

S’inspirant de l’expérience de Henri David Thoreau, l’un des premiers écologistes, qui a vécu en autonomie durant plus de deux ans dans les bois, le metteur en scène dresse ici une ode vibrante à la nature.

Sur scène, un bassin dans lequel flottent des feuilles mortes. L’automne les a colorées de rouge, de rouille, de jaune. Sur l’écran, placé au-dessus, apparaissent des images mouvantes, live. Un homme en tenue de travail entre en scène, il s’arme d’une sorte de balai à feuilles et entre dans le bassin. Bientôt, une jeune femme le rejoint. À eux deux, ils ont tôt fait de débarrasser le petit plan d’eau de ses feuilles. La musique live de Thomas Poli donne beaucoup de douceur à la scène. Et lorsqu’elle accompagne l’hiver, saison où la nature s’endort, elle se fait encore plus douce, presque tendre, et prend les couleurs d’un vent frais balayant la terre. Le temps est au yoga. Au milieu du bassin d’eau recouvert d’un drap de fumée, une autre femme, en position du lotus, semble recueillir les derniers rayons d’un pâle soleil.

Le printemps, lui, rend volubile l’un des comédiens qui égraine longuement la pensée de Thoreau. Ses paroles invitent à la marche en pleine nature, détaché de tout. Il faut chaque jour s’imprégner du paysage, savoir ne prendre que le juste nécessaire, et faire confiance à la nature qui finalement n’a pas d’autre fin que de s’occuper de notre bien-être.

Comme un summum, l’été est un chant royal. La scène de l’eau est magnifique. Un feu provoqué par un orage soudain agite les personnages dans le bassin, qui se regroupent sur un radeau, tels des migrants climatiques avant que tout s’endorme à nouveau. Une année est passée. Tout doucement jaillit (du passé ou du futur), une projection où quatre enfants marchent vers l’avenir, solidaires et confiants, chacun une plante entres les bras.

Dans cet univers presque magnifié, les comédiens jouent superbement. Toujours justes, ils s’adaptent à leur saison. Dans la salle, parmi les spectateurs, David Gauchard a installé des plantes sur quatre fauteuils. Presque religieusement, les acteurs, les ramènent sur la scène, et composent avec le tableau final.

Le public applaudit et c’est alors que Dune, sans doute en écho avec la Marche pour le climat, entre sur scène et reprend le discours que fit, à l’âge de 12 ans Severn Suzuki, le 14 juin 1992, dernier jour du Sommet de la Terre organisé par l’ONU à Rio de Janeiro. Ce sera la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un enfant s’adresse aux grands responsables du monde. Dune lit très bien mais on s’interroge comme d’autres spectateurs. Le texte de la pièce était déjà un vibrant plaidoyer pour la terre, fallait-il en rajouter ?

 

Le Télégrame / 3 mars 2019 / Eliane Faucon-Dumont

« J’ai écrit une pièce poétique, méditative »

un poème visuel et poétique de David Gauchard 
inspiré de « Walden ou la vie dans les bois » d’Henry David Thoreau 

EFD: Il y a peu de temps vous avez monté « Le Fils » de Marine Bachelot Nguyen, une pièce très politique. Est-ce à dire que le théâtre politique vous intéresse ?

DG: Oui. C’est un virage dans mon travail, après m’être intéressé à Shakespeare et aux classiques, j’aborde des sujets plus personnels en essayant de poser mon regard sur le monde d’aujourd’hui et d’écrire ma propre partition.

EFD: D’où vous vient ce désir ?

DG: J’ai une petite fille qui a 11 ans. À travers toutes les questions qui agitent actuellement le monde, j’ai envie de faire acte d’auteur. Je suis sensible aux marches pour le climat, je souhaite relayer, appuyer le message, faire poids modestement. La pièce de Thoreau ne parle que de cela : le rapport de l’homme à la nature et au temps. J’ai 46 ans, je suis à la mi-temps de ma vie, je consacre beaucoup à ce métier que j’aime, mais lorsque je peux m’échapper et prendre le temps de m’offrir inopinément une promenade en pleine nature ou quelques instants de baignade, je suis heureux et me dis « aujourd’hui j’ai fait un truc incroyable » !

EFD: D’après vous, les jeunes générations vont-elles changer le monde ?

DG: Elles sont, il me semble, de plus en plus nihilistes. Demain, les plus jeunes serons prêts à vivre avec moins, prêts à organiser différemment leur vie. Chercher un autre chemin pour atteindre la plénitude. Nous sommes la dernière génération à dévaliser le monde.

EFD: Que raconte votre spectacle ?

DG: C’est une pièce très musicale et très visuelle qui évoque les quatre saisons. Quatre acteurs/performeurs figurent chacune d’elles. Ce spectacle poétique, méditatif, traverse la pensée du philosophe américain Henry David Thoreau. Il plaide pour un retour à la nature et un autre rapport au temps, il propose un voyage intérieur, une expérience de théâtre, un parcours. Une séance de Yoga et une marche sur les bords de l’Odet accompagneront le spectacle. « les spectateurs » seront comme ceux qui regardent au loin une petite barque posée sur l’océan. A priori, il ne se passe pas grand-chose et pourtant, à l’intérieur, le rameur sue sang eau pour arrivée à bon port.

 

La vie nouvelle / 5 octobre 2018 / Célia Di Girolamo

Ô temps contemplation

Avec sa nouvelle création, David Gauchard propose une balade sauvage de la contemplation à la fureur, du chant au silence et interroge notre rapport au temps et à la nature, pour que chacun puisse poser le regard à un autre endroit et redonner de la valeur à de (tout) petits moments de bonheur.

Avec [Inuk], il s’est heurté à la rude réalité de la banquise, puis s’est questionné sur des thématiques fortes, comme le réchauffement climatique. Avec Le temps est la rivière où je m’en vais pêcher, David Gauchard s’intéresse à la nature et au temps. Et la façon de travailler avec son équipe a été totalement différente. Ensemble, au fil des nombreuses randonnées qu’ils ont effectuées, tous ont pris le temps. Le temps d’observer, de ressentir et de s’émouvoir, face à la beauté de la nature. Le temps de vivre.

DE BOORMAN À THOREAU. S’il s’est d’abord intéressé à Délivrance, le film de John Boorman, David Gauchard n’en a finalement pas eu les droits. « Puis je suis tombé sur Walden ou la vie dans les bois, d’Henry David Thoreau. En me plongeant dans cet essai philosophique, je me suis engouffré dedans ! » Pour cette création, David Gauchard s’inspire de l’un des premiers auteurs américains à avoir une pensée écologiste, et de son expérience de vie en quasi autarcie dans la nature, à un moment où le metteur en scène est à la recherche d’un autre rapport au temps et à la nature. « Ce sont les deux biens les plus précieux à mes yeux, mais ce sont ceux que l’on respecte le moins, regrette-t-il. Il n’y a qu’à regarder : on ne respecte pas sa propre nature, on ne respecte pas la nature de l’autre, on ne respecte pas la mère Nature. Et c’est la même chose pour le temps : on est sans cesse dans le speed dating, l’urgence, la deadline… On vit sans cesse en retard et les plaisirs sont des shoots rapides. Le bonheur ne peut pas arriver ». Ce que compte bien retrouver David Gauchard, c’est cet état de plénitude et de bonheur, mais devenu si rare de nos jours. Et c’est cette quête de simplicité qu’il va tenter d’amorcer. Mais de quelle manière ? En retrouvant l’instant présent. Et pour décrire au mieux ce qu’il compte mettre en lumière, David Gauchard n’hésite pas à reprendre les mots de Thoreau : « Un homme qui se balade toute la journée dans la forêt va être traité de fainéant. Un homme qui se balade toute la journée dans la forêt, mais qui a échafaudé un plan pour la raser et vendre le bois, va être considéré comme un entreprenant ». C’est à partir de cette pensée datant de 1850 que David Gauchard s’est posé la question du temps… et du futur : « Face à l’urgence climatique dans laquelle nous sommes de manière inexorable, qu’allons-nous laisser en héritage à nos enfants ? ».

UNE FABLE DES QUATRE SAISONS… À partir de ces questionnements, David Gauchard va raconter une fable « comme une déclinaison des quatre saisons, à la manière de Vivaldi ou de Poussin, d’une façon très musicale, très picturale ». C’est ainsi que, sur le plateau, le public observe, à son rythme, ce lent changement de saisons: les feuilles qui tombent, l’hiver et sa quête intérieure, le bourgeonnement et la fusion du printemps, et le chant d’une source qui se tarit, l’été, au bruit des cigales, quand déluge, incendie et sécheresse ont tout brûlé. « Puis nous allons laisser à la génération future deux mots en héritage, le mot « temps » et le mot « nature », en leur glissant que la clé d’un futur paisible se trouvera dans ces mots-là. Ce sera à eux de réinvestir ces mots et cette nouvelle saison… », explique-t-il. En travaillant autour de cette question, David Gauchard n’a pas pu s’empêcher de remonter, lui aussi, le temps. Et de replonger en enfance : « Après tout, c’est un peu les fables de Lafontaine que me lisait ma mère lorsque j’étais petit : le riche laboureur qui, sentant sa mort prochaine, dit à ses enfants, qu’il y a un trésor dans son champ. Finalement, ce trésor, c’est sa récolte de blé. Il y a quelque d’assez simple que je trouvais naïf alors. En fait, je pense que ce sont de vrais haïkus qu’il faut savoir lire, écouter, car il y a là beaucoup d’intelligence ».

… À CONTEMPLER. Le spectacle va donc tenter de raconter tout cela… (quasiment) sans texte : « On va travailler sur la contemplation. Une œuvre plastique, peut-être même plus que théâtrale, chercher le point de résistance, pour que le spectateur soit lâche et soi dans l’abandon. Est-il prêt à lâcher quelque chose pour écouter et regarder de manière sensible ? ». C’est le pari osé que fait David Gauchard avec cette création. Pour s’immerger pleinement dans cette réflexion et dans ce travail contemplatif, il a entraîné son équipe avec lui sur les chemins des randonnées : « Si certains tableaux de pleine nature nous paraissaient très statiques, la relativité à l’image se questionne, car, en observant plus précisément, il y a toujours de la vie autour. Mais pour s’en apercevoir, le recul est nécessaire. Nous cherchons à redonner du sens à nos vies. On parle souvent de monde connecté, alors qu’il faudrait se déconnecter pour pouvoir se reconnecter à la nature. C’est fou, car on en a même inversé les choses ». Alors, prendrez-vous, vous aussi, le temps de contempler ces tableaux, ces instants de vie au théâtre, le temps de ce spectacle qui compte bien tous nous revigorer… et peut-être nous empêcher, désormais, de passer à côté des choses les plus simples, mais si indispensables à nos vies.

———————————————————————————————————————————————————————

Pour le premier projet qu’il a porté avec l’Espace Malraux, il est monté dans la montagne et a dansé avec le public. Quand il a créé Le fils, il a souhaité aller en tournée. Pour le projet Mistoufles, il a préféré travailler avec les enfants des Hauts-de-Chambéry. Pour [INUK], il s’est rendu en expédition au Nunavik, sur cette terre inuit, et s’est intéressé à l’Homme. Il n’y a pas de doute à avoir: David Gauchard se plonge à fond dans ce qu’il fait. Depuis plusieurs années, il est aussi papa. Et à 45 ans, « l’âge de la mi-temps, on en a autant devant nous que dans notre rétroviseur. C’est l’occasion de prendre du recul sur ce que l’on a fait de bien, ce que l’on a oublié. Pourquoi avons-nous toutes ces madeleines de Proust? C’est aussi ce temps où nous allions pêcher un poisson ou une grenouille avec un fil rouge ». Autant de petits moments hors temps, qui n’appartiennent qu’à soi, et qu’il compte bien réveiller… tout en attirant l’attention.

 

Théâtre(s) Magazine / Automne 2018 / Tiphaine Le Roy

Les pièces à ne pas manquer

David Gauchard s’inspire de l’oeuvre écrite par Henry David Thoreau suite à son expérience de vie en quasi autarcie dans la nature. Il livre un spectacle pensé comme un poème musical, interrogeant le rapport à la nature et au temps, avec Laetitia Shériff et Thomas Poli à la composition musicale.

« Le temps est la rivière où je m’en vais pêcher. Je bois son eau, je vois le fond et vois comme il est peu profond. Son faible courant entraîne toutes choses, mais l’éternité, elle, demeure. J’aimerais boire plus profond, pêcher dans le ciel, dont le fond caillouteux est parsemé d’étoiles.»

Walden ou la vie dans les bois, 1854

LES ACTUALITÉS DU TEMPS EST LA RIVIERE OU JE M’EN VAIS PECHER